Guérisseur

Guérisseur
De Brian Friel
Mis en scène par Benoit Lavigne
Avec Bérengère Gallot
  • Bérengère Gallot
  • Xavier Gallais
  • Thomas Durand
  • Lucernaire
  • 53, rue Notre-Dame-des-Champs
  • 75006 Paris
  • Notre-Dame-des-Champs (l.12)
Itinéraire
Billets de 19,00 à 32,00
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Le « Fantastique » Frank Hardy, qui guérit par l’imposition de ses mains sillonne les villages reculés d’Écosse et du Pays de Galles.

Avec sa compagne Grace et son imprésario Teddy, il assure chaque soir le spectacle de ses dons exceptionnels, recourant au whisky pour calmer ses angoisses. De retour en Irlande, dans un pub de Ballybeg, la vie de ces trois saltimbanques va soudainement basculer...

Créée en 1986 au Lucernaire par Laurent Terzieff et jamais rejouée depuis, Guérisseur fait de nouveau entendre la voix de Brian Friel, le Tchekhov irlandais dans cette pièce mystérieuse et envoûtante. Mis en scène par Benoît Lavigne, dans l’intimité de la salle Paradis et porté par une magnifique distribution dont Xavier Gallais, c’est un voyage entre mensonges et vérités, rires et larmes, fictions et réalités.

Histoire d’amour et de mort, exploration du pouvoir de l’artiste, récit croisé de trois solitudes, Guérisseur est une œuvre théâtrale poétique et fascinante.

 

Note rapide
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57%
3 critiques
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Toutes les critiques
26 mars 2018
8/10
4 0
La scène est bordée d'une enfilade de chaises métalliques aux couleurs fanées. On se demande si nous n'allons pas être invités à y prendre place un instant. Mais nous ne sommes pas dans une de ces salles de spectacles miteuses où se produisait Francis Hardy, guérisseur de son état mais avant tout artiste. On s'y croirait pourtant.

Assis de trois quarts, l'homme marmonne, ou parle-t-il une langue étrangère ? Il énumère tous les villages reculés d’Écosse et du Pays de Galles en train de mourir où il se produit comme guérisseur. Leurs noms, nous dit-il, ont un pouvoir hypnotique et apporte l'apaisement de leur incantation.

Lui qui se présentait comme le 7ème fils d'un 7ème fils est en fait l'enfant unique d'un sergent. Les initiales de son nom, FH pourrait signifier franc et hardi. On s'apercevra qu'il ment comme un arracheur de dents. Si la franchise n'est pas son fort, il maitrise par contre la hardiesse.

Il pratique la guérison par l'imposition de ses mains et consent, en mimant les gestes qu'il fait sur des gens en proie au désespoir, que oui, de temps en temps ça a marché. Mais neuf fois sur dix il ne se passe rien. Pourtant, avec sa compagne Grace et son imprésario Teddy, il assure chaque soir le spectacle de ses dons exceptionnels, recourant au whisky pour calmer ses angoisses, entre l'absurde et l'essentiel. De retour en Irlande, dans un pub de Ballybeg, la vie de ces trois saltimbanques va soudainement basculer...

Créée en avril 1979 à New York, la pièce a été montée en 1986 au Lucernaire par Laurent Terzieff et jamais rejouée en France depuis cette date. Guérisseur fait de nouveau entendre la voix de Brian Friel, (1929 - 2015), le Tchekhov irlandais dans cette pièce mystérieuse et envoûtante.

Chacun des trois protagonistes viendra nous raconter "sa" version de l'histoire. Le guérisseur, interprété par Xavier Gallais – en alternance avec Thomas Durand, est le premier sur scène. Il m'a parfois fait penser au personnage interprété par Gregory Gadebois, autre grand comédien, dans Mon âme par toi guérie.

On ne sait pas encore si ses paroles sont justes ou déformées. Il semble effondré d'avoir raté la mort de sa mère d'un peu plus d'une heure. Il danse, boit, les chaises se fracassent. Il arrive à l'épisode de l'homme tombé d'un échafaudage et paralysé.

Arrive ensuite sa femme Grace (Bérangère Gallot) qui se lance elle aussi dans l'incantation. Elle est bouleversante dans sa détresse. C'est là que le bébé est enterré, loin de tout, point final. On devine que le pardon n'est pas de mise. Quel talent pour faire mal !

Elle s'en va, revient, et donne sa version d'une guérison avant d'en venir elle aussi au moment où l'homme est arrivé dans son fauteuil roulant. Elle a souffert d'un manque de reconnaissance de son compagnon dont elle aurait tant voulu les mains sur elle ...

L'impresario Teddy (Hervé Jouval) apporte sa joie de vivre en dansant à la manière de Fred Astaire. Il a le goût des formules : Une vie entière dans le show biz fait de vous un philosophe. Mais ses paroles ne sont pas plus claires que celles des deux précédents. Il refuse de travailler avec ses amis : faut pas que tu les mélanges (au boulot) même si ça te démange.

Etait-il ami avec Harry et/ou Grace ? On peut légitimement s'interroger sur la question. Quand Harry revient pour un quatrième monologue on se demande s'ils tous les trois vécu la même chose. Certes non. Mais ce dont personne ne doute c'est que ces trois là sont en manque d’amour et désespérés.

Alain Delahaye a entrepris de traduire toute l’œuvre théâtrale de Brian Friel. Douze volumes ont été publiés à ce jour. On lui doit aussi la version française de nombreux films, dont Le Patient Anglais, Billy Elliot, Looking for Richard, ainsi que de la série Game of Thrones. Il a raison de le souligner. Guérisseur n'offre pas de réelle intrigue, pas de dialogues, et pourtant le spectateur a l’impression d’un théâtre extraordinairement vivant, d’une richesse humaine inépuisable. Mais Dans le détail les récits divergent parfois profondément, et il devient vite impossible de connaître l’exacte vérité à propos du pouvoir mystérieux de cet Irlandais.

Pour Benoît Lavigne la métaphore est claire. Le guérisseur c’est l’artiste qui doit tous les soirs envoûter son public, capter son imagination, et lui faire croire à l’impossible. Brian Friel nous livre ainsi une réflexion inquiète (mais souvent pleine d’humour) sur le rôle de l’artiste, sur la solitude et sur la douleur de vivre. En ce sens Guérisseur est une pièce unique en son genre que Benoît Lavigne a mise en scène avec sobriété et intelligence.

Il est par ailleurs le directeur du Lucernaire, qui est bien plus qu’un théâtre. C’est aussi trois salles de cinéma Art et Essai, un restaurant, un bar, une librairie, une école de théâtre et une galerie d’exposition. Il appartient aux éditions de l’Harmattan. Il fonctionne à plus de 95% en recettes propres et est membre de l’Association de Soutien pour le Théâtre Privé.
1 mars 2018
7/10
6 0
Francis, Grace puis Teddy nous racontent des évènements communs qu'ils ont vécus mais chacun à leur tour, chacun avec son prisme et sa sensibilité. Ils vont venir devant nous, parmis quelques chaises vides, afin de revivre des évènements marquants de leurs tribulations. Un guérisseur, sa femme et leur impressario sillonnent en camionette les petits villages de l'Ecosse et du pays de Galles.

Le premier monologue est celui de Francis/Franck le 'magnifique' guérisseur grace à l'imposition de ses mains, joué ce soir là par Xavier Gallais (en alternance avec Thomas Durand). Quel homme !! A la fois solitaire et adoré par ses deux compères. La proximité avec le comédien est telle dans la salle du paradis du Lucernaire qu'on a envie de lui répondre quand il s'interroge sur ses pérégrinations.
Grace prend la suite (une émouvante Bérangère Gallot) et nous découvrons des variations par rapport à la version de Francis. Enfin, Teddy (l'épatant Hervé Jouval) nous sert une prestation d'impressario passionné avec ses propres vérités.

Le décor constitué d'une dizaine de chaises vides et d'une bannière publicitaire, avec un brin de fumée évoquant le brouillard des landes britanniques nous plonge avec efficacité dans l'ambiance de ces villages isolés et rudes.

Un moment de théâtre fort singulier.
9/10
5 0
Un spectacle à la profondeur envoutante d’un récit passionnant à trois voix. Un personnage fantastique tant il est fanatique. Un texte riche et audacieux, trop peu joué. Je recommande vivement cette perle théâtrale.
7/10
15 0
Le 17/02, 19h, Paris

Ce spectacle met en scène trois personnages, trois solitudes. Nous entendons en effet trois monologues qui relate une même période vécue différemment pour chacun des personnages, reliés par Francis Hardy, guérisseur (interprété par Xavier Gallais – en alternance avec Thomas Durand). Francis Hardy vivait sur les routes avec sa femme Grace (Bérangère Gallot) et son impresario Jerry (Hervé Jouval). Ils passent tous les trois sur le plateau, l’un après l’autre, pour nous raconter comment ils ont vécu un épisode de leur vie commune. Les histoires sont singulières, bien que l’on puisse évidemment trouver des points communs entre les trois récits. Chacun relie ce même événement à un autre plus personnel qu’ils sont seuls à pouvoir évoquer. Jerry (l’impresario) nous raconte comment il a appris la mort de Grace. Cette dernière évoque les mensonges continuels de Francis et son besoin de toujours transformer la réalité.

Quand ils nous parlent tous deux de Francis, nous ressentonsl’amour qu’ils avaient, chacun à sa façon, pour lui. On ressent chez eux l’humanité dont Francis semble manquer.

Le texte est de Brian Friel, surnommé le Tchekhov irlandais. En effet, tel l’auteur russe, il dépeint la vie quotidienne de personnes qui pourraient tout à fait avoir existé.

La mise en scène, de Benoit Lavigne, est assez dépouillée. On voit sur le plateau 13 chaises disposées autour de la scène. Les comédiens jouent avec. Parfois ils parlent à une chaise vide comme si l’un de leurs compagnons de route était là ou alors parfois comme s’il s’agissait d’un client de Francis.

On peut voir ses chaises vides, comme métaphore du vide de leurs vies. La souffrance de leur solitude commune.

La fumée utilisée (avec parcimonie) pendant le spectacle a un réel poids dramaturgique puisqu’elle est essentiellement visible au moment de leur passage en Ecosse. Dans ce pays, la brume est souvent très présente ce qui trouble la vision. La fumée était donc là pour évoquer l’atmosphère écossaise. Nous étions donc dans le même état qu’eux.

Un beau spectacle porté par d’excellent.e.s comédien.ne.s !
14 févr. 2018
5,5/10
33 0
Une question s'est très vite posée à moi, lors de la représentation de la pièce Guérisseur du dramaturge irlandais Brian Friel.

Pourquoi cette pièce, créée en 1986 par Laurent Terzieff, ici-même au Lucernaire, pourquoi cette pièce sans intrigue véritable et sans dialogues n'avait jamais été rejouée depuis ?

Je crois qu'en venir à se poser la question consiste à y répondre.

Cette métaphore de la vie et de la condition d'artiste par le biais de ces quatre monologues de trois personnages, le guérisseur ambulant, sa femme et son imprésario, ne me laissera pas un souvenir impérissable. Et ce, malgré la très bonne volonté de Benoît Lavigne, le metteur en scène et les trois comédiens.

Je n'ai pas trouvé une dimension poétique exaltante dans ces récits assez désabusés.

Il faut toutefois noter la très belle prestation d'Hervé Jouval en agent artistique exalté, bondissant, pathétique, virevoltant et magnifique.
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor