Fantasio

Fantasio
De Jacques Offenbach
Mis en scène par Thomas Jolly
  • Théâtre du Châtelet
  • 1, place du Châtelet
  • 75001 Paris
  • Châtelet ( l 1,4,7,12,14)
Itinéraire
Billets de 16,00 à 120,00
Evénement plus programmé pour le moment

Dans la lignée des Contes d’Hoffmann, la partition d’Offenbach, sur une histoire de Musset, avait en partie disparu dans l’incendie de l’Opéra Comique. Avec une mise en scène signée Thomas Jolly, le spectacle renaît de ses cendres et promet d’être un événement.

Opéra-comique en trois actes sur un livret de Paul de Musset. Créé à l’Opéra Comique en 1872. L’étudiant Fantasio rêve de changer de vie.

Justement, le bouffon du roi vient de mourir : s’il prenait sa place ? Or personne n’aimait plus le défunt que la princesse Elsbeth, promise par son père à une union politique avec le prince de Mantoue. Le jeune bouffon va amener la princesse à écouter son cœur. Jusqu’où se laissera-t-elle séduire ?

Offenbach devait à Musset l’un de ses premiers succès, La Chanson de Fortunio. Un Fantasio remanié par le frère du poète avait de quoi le faire rêver, avec ses couleurs romantiques. Mais la création de 1872 suivait la défaite de Sedan : le public rejeta la prétention d’Offenbach à faire autre chose que de l’opérette. La partition de Fantasio fut recyclée dans Les Contes d’Hoffmann, puis disparut en partie dans l’incendie de l’Opéra Comique.

Reconstituée en 2013, elle est aujourd’hui confiée à Laurent Campellone et Thomas Jolly, dont le travail dramaturgique a été rendu public dès ses prémices en 2015, avec les « Chroniques de Fantasio », encore visibles sur le site internet de l’Opéra Comique. L’Opéra Comique crée Fantasio au Théâtre du Châtelet, qui fermera ensuite pour travaux. Comme les échafaudages, l’esprit collaboratif maintient la jeunesse des institutions… L’Opéra Comique n’a-t-il pas déjà séjourné onze ans sur cette même place du Châtelet, fin XIXe, pour raisons de chantier ? L’histoire continue ! 

 

Note rapide
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2 critiques
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9/10
52 0
Malgré son nom qui sonne gaiement, FANTASIO est une comédie un peu amère.

Pour sceller la paix le Roi de Bavière va marier sa fille Elbeth au Prince de Mantoue. Mais le Prince a mauvaise réputation et devant la mine chafouine de sa fille le Roi hésite : doit-il la sacrifier à la raison d’État ? Quant au Prince il décide de changer de rôle avec le général de son armée pour se faire aimer pour lui-même. Pendant ce temps, au sein du peuple en liesse à l'annonce de la paix, le jeune Fantasio, mélancolique et blasé, tombe amoureux d'Elbeth. Pour l'approcher il endosse le costume de Saint Jean, le bouffon qui vient de décéder.

Dans ce jeu de cache cache se loge beaucoup de mélancolie et de désillusion. Elbeth semble se soumettre à la volonté de son père mais ne peut se résoudre à dire adieu à son insouciante jeunesse. Le Prince de Mantoue, guère courageux, laisse son Général en première ligne et préfère capituler plutôt que d'affronter Fantasio. Quant à ce dernier il utilise le paravent du bouffon pour cacher sa mélancolie et ses désillusions, et c'est en Roi des Fous qu'il joue le trublion avec un plaisir gourmand, semant la zizanie dans les projets du Roi et du Prince.

Après ses mises en scène rock et enthousiasmantes de Henry VI et de Richard III au Festival d'Avignon, après une légère déception créée par Eliogabalo en début de saison à l'Opéra de Paris, Thomas JOLLY prouve une nouvelle fois que l'on peut dépoussiérer le spectacle vivant.

Tout dans ce FANTASIO est une réussite. Le jeune metteur en scène parage avec Laurent CAMPELLONE qui assure la direction musicale, la responsabilité de faire revivre cet opéra si mal reçu lors de sa création qu'il fut retiré de l'affiche au bout de quelques représentations. Un opéra trop sérieux pour une France qui ne s'est pas encore complètement remise de la défaite de Sedan et de la Commune, et pour un public qui n'a pas envie de voir un spectacle où le peuple et son bouffon semblent imposer leur désir au Roi.

Les décors de Thibaut FACK sont magiques, féeriques et romantiques, renforcés par les lumières d'Antoine TRAVERT et Philippe BERTHOME. On retrouve ces échafaudages et escaliers chers à Thomas JOLLY, ces éclairages laser, cette méticulosité dans la scénographie, les mises en ombre et en lumière. Mais loin de lasser ces effets et outils, pas encore des tics, articulent l'espace, nous transposant dans les rues de la ville, dans le palais, dans les jardins. Les costumes de Sylvette Dequest jouent aussi avec les couleurs et les noirs et blanc. L'opéra commence dans une atmosphère sombre, un clair-obscur qui s'éclaire progressivement, notamment avec le lumineux costume de FANTASIO et finir dans une explosion de joies et de couleurs.

Si le jeu des comédiens pouvait parfois sembler faible lors de la première il faut noter la virtuosité et le talent mis en oeuvre pour faire revivre la musique de Jacques OFFENBACH et le livret de Paul de MUSSET (d'après l'oeuvre d'Alfred de MUSSET). Porté par l'Orchestre Philharmonique de Radio France et entouré du choeur formé par l'ensemble Aedes la distribution vocale est admirable.

La mezzo-soprano Marianne CREBASSA est un FANTASIO romantique, un brin sombre, sorte de Pierrot lunaire qui n'est pas à sa place dans son époque. Sa performance se combine à merveille avec celle de Marie-Eve MUNGER, fragile princesse Elbeth. Leurs duos sont virtuoses.
16 févr. 2017
0,5/10
42 1
Très déçu par une mise en scène qui reproduit les codes les plus traditionnels de l'opérette.

Des voix parlées qui déclament d'une façon ridicule et empêchent toute crédibilité à la dimension romantique revendiquée par la production, du disneyland dans les décors, une superbe machinerie pour créer des "fondus" de cinéma mais dont le metteur en scène ne fait rien, une conduite d'acteurs qui ne dépasse pas le niveau conventionnel, accusée encore par des inventions bien ringardes : le voile de mariée, les ballons-dragées qui circulent. L'enterrement du bouffon est à ce titre une scène d'anthologie de ce qu'on peut faire de plus académique au théâtre.

Le plateau vocal, le soir où j'y étais, était consternant de laideur : à l'exception de la très remarquable Fantasio, le reste criaillait dès qu'il y avait de l'aigu : aucune élégance vocale, aucune voix qui passe véritablement la rampe.
Non décidément, cette production, encensée en de nombreux endroits, est d'une platitude consternante, sans intention claire de mise en scène si ce n'est occuper le plateau de subterfuges scéniques superficiels et sans invention véritable.

Fallait-il vraiment sortir ce Fantasio des cartons ? En tout cas la production actuelle n'est pas convaincante.
15 févr. 2017
10/10
92 0
Les musiciens du Philarmonique de Radio-France se sont accordés.
Son chef, Laurent Campellone, salue .
Noir. Ouverture de l'opéra-comique.
Le rideau finit par se lever.

Immédiatement une vraie puissance visuelle vous saute aux yeux. Immédiatement, vous savez où vous êtes.
Vous êtes chez Thomas Jolly !

Un escalier central, des plateaux surélevés avec des structures métalliques de chaque côté, des plateaux roulants, de très fins pinceaux de lumière blanche, et puis surtout la police de caractère des mots « Guerre » puis « Paix » qui seront placardés en rythme avec la musique.

Richard III va-t-il entrer ?
Non, évidemment ! Ce sont les bourgeois munichois qui apparaissent et exposent la situation de départ.
Le roi veut marier sa fille au prince de Mantoue, pour sceller la paix qui règne désormais entre les deux royaumes.

Fantasio, lui, s'ennuie. Il voudrait faire autre chose.
Il apprend la mort du bouffon royal, et va prendre sa place.
C'est de lui dont dépendra le sort de la princesse et du Royaume !

Ainsi donc, Thomas Jolly a exhumé cet opéra-comique créé en 1872, conspué à l'époque, et qui n'avait plus été rejoué depuis.

Ce qu'il nous propose est purement et simplement féérique !
Certes, c'est une (très) grosse production, mais l'on retrouve l'inventivité, la causticité, l'espièglerie, le caractère « rentre-dedans » et « on se lâche on y va » de ce jeune metteur en scène surdoué. De trente-cinq ans.

Ce qu'il nous fait voir est fin, délicat, spirituel, mais également puissant, féroce, cohérent.
Et drôle.

On ne peut oublier après les avoir vus certains tableaux d'une grande beauté artistique et visuelle.
Je pense notamment à la scène du voile de la triste mariée, cet immense voile qui se transforme toile d'araignée.
C'est tout simplement beau. A couper le souffle.

Drôles ces moments « jollyesques » : une arrivée de petites tulipes bleues toutes vibrantes sur le plateau, des accents allemands à couper au couteau pendant certaines parties parlées, une citation « mozartienne », une simple couverture qui tombe pendant une scène de poursuite, avec une flèche indiquant une fausse direction...
Qu'est-ce que j'ai ri !

Thomas Jolly a vraiment su instaurer un esprit de troupe sur le plateau. Ca se voit, ça se sent.
Sur le plateau, ils s'amusent beaucoup, tous ces artistes. Mais pas que, bien évidemment !

La soprano Marie-Eve Munger est une Princesse Elsbeth re-mar-qua-ble. Sa scène des cheveux est une réelle réussite lyrique. Une voix chaude, ronde, intense, qui monte, qui monte...

Coup de chapeau également au baryton Jean-Sébastien Bou, en Prince de Mantoue souvent dépassé par les événements. Un vrai coffre, une vraie puissance vocale. Chapeau !

Loïc Félix, qui incarne son bras droit, le colonel Marinoni, est également irréprochable. Lui aussi est très drôle, en habit rose sur un caleçon à pois verts, avec une démarche parfois hilarante.

Ce qui est très frappant c'est que tous ces chanteurs, grâce à Thomas Jolly sont également de vrais comédiens, dans la veine de ceux de la Piccola Familia, sa compagnie.

Tout ceci est joyeux, dynamique, enlevé, spirituel.
Un vrai vent de folie communicative court souvent sur le plateau.
Une folie totalement maîtrisée par le metteur en scène.

Thomas Jolly a brillamment réussi à donner une seconde vie au chef-d'oeuvre de Jacques Offenbach.
Hier la folie, le bonheur et le plaisir régnaient en maîtres au Châtelet.
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Juste avant la représentation, j'ai eu la possibilité de chanter quelques airs de Fantasio, grâce à un atelier prévu à cet effet, quarante-cinq minutes avant la représentation.

Cet atelier est placé sous la direction de l'excellente, vive et drôlissime Jeanne Dambreville, chef de choeur à la Cité de la Musique.

En une demi-heure, elle réussit à faire chanter, même à de vrais novices, et ce avec une vraie justesse, de l'Offenbach !
C'est remarquable de pédagogie.

Je vous conseille vraiment. Incontournable !

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Tout comme je vous conseille l'interview que m'a accordé Thomas Jolly dans sa loge à l'issue de la représentation.
Ce type est décidément un grand. Un très grand.
Votre critique endiablée
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Musique
Talent des artistes
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor