Enterre-moi mon amour

Enterre-moi mon amour
  • Théâtre Paris-Villette
  • 211, avenue Jean Jaurès
  • 75019 Paris
  • Porte de Pantin (l.5)
Itinéraire
Billets à 16,00
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Décembre 2015. Clea Petrolesi découvre Le voyage d’une migrante syrienne à travers son fil WhatsApp, un article de Lucie Soullier paru dans Le Monde.

Il restitue et met en forme les 250 captures d’écran que la jeune Dana, migrante syrienne alors en route vers l’Allemagne, lui a confiées.

À travers le fil de cette conversation numérique qui la relie à ses proches, se dessinent les angoisses, les doutes et les espoirs de son voyage vers l’asile. Clea Petrolesi s’empare de cette histoire et nous entraine dans un voyage numérique, photographique et théâtral.

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1 oct. 2020
8/10
1
Enterre-moi mon amour est une pièce très intéressante sur le trajet d’un homme et d’une femme entre la Syrie et l’Allemagne. Ils quittent une mère, une femme, des amis pour aller chercher en Allemagne une vie meilleure et plus sûre. L’objectif de la Metteuse en scène est avant tout de nous montrer une approche différente de cette migration. Un autre éclairage que celui que l’on voit habituellement à travers les images télévisuelles de bateaux en surnombre et de noyés dans la Méditerranée.

Ici on découvre des migrants comme vous et moi. Ils ont des portables, Facebook, WhatsApp, ils ne sont pas pauvres, et ont l’argent nécessaire pour leur passage, ils ont aussi des amis qui les attendent en Allemagne, une famille qui suit leur exil depuis la Syrie…

Et même si l’on sent bien que leur voyage n’est pas une partie de plaisir, ce n’est pas ce que cette pièce souhaite mettre en avant. Pendant un peu plus d’une heure, on observe leurs peurs, leurs espoirs, leur ennui (l’attente est longue), leurs petites joies, le tout à travers les échanges qu’ils ont avec familles et amis via WhatsApp.

C’est un témoignage simple et vrai, un reflet de leur vie réelle à travers le prisme de leurs relations amicales et familiales.

C’est un partage de leur expérience avec ceux qu’ils aiment. C’est réel, concret, véridique, c’est simple et vivant comme un coucher de soleil, un verre dans un bar, la décision d’un chemin à prendre, le choix d’un bateau…

L’utilisation de la vidéo, de photos, d’écrans retranscrivant leurs messages rend très concrète leur histoire. Le but n’étant pas d’aller chercher l’horreur pour montrer l’horreur mais juste de témoigner, de partager une histoire vécue par des êtres humains.

Sans donner de réponse, sans juger ni commenter, la pièce montre à voir cette parcelle de vie.
16 sept. 2020
9/10
24
Voyage, voyage,
Plus loin que WhatsApp et les jours...

Fin 2015, la journaliste Lucie Soullier restitue dans les colonnes du Monde un fil WhatsApp très particulier : cette conversation numérique va raconter le voyage de Dana et Kholio, deux damascènes émigrant de Syrie pour rejoindre l'Allemagne.
Toute une famille va correspondre ainsi, de façon numérique, accompagnant les deux migrants, partageant leurs doutes, leurs angoisses, leurs espoirs, découvrant les photographies prises et les sons enregistrés à cette occasion.

La metteuse en scène et dramaturge Cléa Petrolesi va s'emparer de cet article, pour transposer cette histoire sur un plateau.

Ce faisant, elle va nous proposer un remarquable moment de théâtre.
Ce théâtre qui sert à dire et raconter notre monde.
Elle va réussir au delà de toute espérance son entreprise artistique, et ce de deux principales manières : elle parvient d'une part à matérialiser sur le plateau la triste réalité de la migration d'hommes et de femmes, décidés parce que contraints à quitter leur pays et leurs proches.

Et puis surtout, elle réussit pleinement à transposer une écriture contemporaine, en l'occurrence l'écriture numérique, avec son langage propre, ses codes, ses émoticônes, ses lettres répétées, transposer donc, une écriture contemporaine en écriture théâtrale.

Là n'est pas le moindre mérite du spectacle. Bien au contraire.

Ce faisant, Melle Petrolesi, par ces deux parti-pris dramaturgiques, nous embarque véritablement dans ce voyage et dans ce récit actuel.

Sur le plateau, trois artistes.

Deux comédiens, Ava Baya et Benoît Lahoz.
Pour la metteure en scène et auteure, la solution de facilité aurait été de leur faire interpréter les deux personnages principaux.

Non, ici, elle va bien au-delà : les deux interprètes, irréprochables, vont faire en sorte, par bien des moyens, textuels, mais aussi scénographiques, de nous dire, de nous jouer, les messages de tous les membres de la famille.

Je ne vous les détaille pas, tous ces moyens, il vous faudra découvrir par vous mêmes tout ceci.
La scénographie très réussie de Léo Lagarde, Benjamin Gabrié et Matthieu Edet sert pleinement le propos.

Nous ne sommes jamais perdus, nous savons qui s'exprime, qui tape sur son smartphone, où il s'exprime et peut-être surtout quand il s'exprime.

En effet, le texte et la mise en scène de Clara Petrolesi met en relief également le facteur temps du fil WhatsApp.
Parfois les messages arrivent en bordée, parfois, il s'écoule un long moment entre les différents échanges.
Là aussi, totale réussite.

Et puis, c'est aussi un spectacle qui nous parle de l'Image.
Parce qu'avec un smartphone, on peut prendre des photos.

Sur scène, la photographe Caroline Gervay aura un rôle très important, celui de matérialiser les images échangées.
Grâce à une véritable chorégraphie, elle nous les dévoile, ces belles photos, elle les développe même, grâce à des bains de révélateur et de fixatif.

Les belles lumières de Carla Silva mettent subtilement en valeur ces images, fixes ou animées.
Il me faut également mentionner la très belle création sonore de David Couturier, digne d'un reportage radio.

Et puis, des enfants vont poser de vraies questions concernant la triste réalité humaine de ces voyages si souvent dramatiques.
Une petite séquence vidéo a été en effet insérée à très bon escient.

Des collégiens du lycée Lucie Aubrac, de Livry-Gargan, avec qui Cléa Petrolesi a travaillé en ateliers pédagogiques, ces collégiens vont s'exprimer et nous envoyer à la figure bien des interrogations.

Des questions très pertinentes, très justes, parfois drôles aussi, des questions qui nous permettent une mise en abyme et une intense réflexion.
Avec en prime un petit rap épatant !

Il faut donc aller voir ce remarquable spectacle (je répète l'épithète, volontairement ! ) .
Une auteure et metteure en scène nous confronte à la réalité de notre monde actuel, qu'elle soit politique, humaine, cette réalité, ainsi qu'à la contemporanéité de nos langue et écriture.

Elle nous raconte une sacrée tranche d'humanité.
C'est ça aussi et peut-être surtout, le théâtre ! Rendre compte !
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor