Compassion, l'histoire de la mitraillette

Compassion, l'histoire de la mitraillette
De Milo Rau
  • Grande Halle de la Villette
  • 211, avenue Jean Jaurès
  • 75019 Paris
  • Porte de pantin (l.5)
Itinéraire
Billets de 12,00 à 20,00
Evénement plus programmé pour le moment
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Le Suisse Milo Rau convoque la violence du monde sur les plateaux dans des spectacles « coups de poing ».

À travers les destinées de deux femmes, l’une témoin ou l’autre victime des génocides africains, il pointe les contradictions de nos sociétés mondialisées. La compassion peut-elle avoir des frontières ?

Du procès des Ceaucescu à l’« affaire Dutroux », le réel dans son actualité la plus brûlante et la plus violente est au cœur des « spectacles » de Milo Rau et de son International Institute of Political Murder, la société de production qu’il a fondée en 2007. Aujourd’hui, alors que le destin des réfugiés met au défi la cohésion de nos sociétés et leur aptitude à l’empathie, Milo Rau confronte dans Compassion. L’histoire de la mitraillette les destins de deux femmes : la Suisse Ursina Lardi (comédienne de la troupe de la Schaubühne de Berlin) interprète une ancienne membre d’ONG témoin des massacres du Rwanda et du Congo ; la Burundaise Consolate Sipérius, elle, joue pour ainsi dire son propre rôle : celui d’une comédienne survivante du génocide, arrivée tard en Belgique.

Entre immédiateté et distanciation, théâtre documentaire et mise en abyme, ce double monologue, nourri d’interviews de membres d’ONG, de prêtres et de victimes de la guerre, se déroule dans le décor d’un bureau jonché de débris, comme mis à sac : manière de figurer nos sociétés sans dessus dessous dans toute leur duplicité, leur passivité et leur pseudo humanité ? « Alors que notre économie est mondialisée, notre compassion s’arrête aux frontières de la Grèce. La mort d’un enfant aux portes de l’Europe provoque une vague d’empathie mais des milliers de morts en Afrique centrale passent inaperçus », quand bien même l’Europe néocoloniale, poursuit Milo Rau, « commence dès l’Afrique centrale ».

Le théâtre selon Rau, qui fut l’élève de Pierre Bourdieu, semble n’avoir d’autre but que de nous secouer de notre torpeur face au spectacle de la misère du monde.

 

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Le 10/11/17 à Paris

Pourquoi faire du théâtre ? Pour qui faire du théâtre ? Ce sont des questions que l’on peut voir en filigrane dans ce spectacle de Milo Rau.

Comment le théâtre peut-il interagir avec nos vies ? Comment peut-il nous faire prendre conscience de l’état du monde dans lequel nous vivons ?

Le spectacle commence par le témoignage de Consolate Sipérius, survivante du génocide au Burundi en 1993. Elle est fond de la scène et raconte devant une caméra qui projette son image sur le mur du fond du théâtre. Ne serait-ce pas plus fort encore si elle s’adressait directement, sans intermédiaire, au public ?

Ensuite, une comédienne de la Schaubühne, Ursina Lardi, entre en scène. Elle nous parle de notre monde. Elle nous montre une photo du jeune Aylen mort sur la plage de Bodrum. Il n’est jamais nommé, ce qui l’événement, d’une certaine façon, universel.

Accompagnée de ces deux comédiennes, Milo Rau nous livre un spectacle documentaire. Il mêle l’Histoire à l’histoire, sans que nous spectateurs ne pouvons déceler où se trouve la frontière entre l’imaginaire et le réel. Entre ce que chacun des trois participants a pu vivre, ce qu’il s’est réellement passé et ce que Milo Rau a décidé de rajouter pour tenir une dramaturgie.

Comme il est dit au début du spectacle, « c’est facile de faire du théâtre documentaire », mais ce qui est plus difficile c’est de « s’adresser aux masses ». En effet, la plupart des spectateurs présents sont déjà au courant de ce qu’il se passe. Il faut faire en sorte qu’un spectacle comme celui-ci soit vu par le plus de monde possible (il est évident que 5 dates, ce n’est pas suffisant …)

Le public est à l’instant de la représentation, le représentant de la société. Il porte tout ce poids sur ses épaules. Nous sommes donc en position de témoins.

Ce spectacle parle du monde qui nous entoure, à travers une belle métaphore théâtrale : celle d’Oedipe et Antigone. En effet, Oedipe refuse de voir la réalité telle qu’elle est, et finit par se crever les yeux pour ne pas la voir. Alors qu’Antigone est une jeune fille rebelle victime de la société, victime de son oncle. Elle finit par mourir pour avoir combattu les lois. Oedipe est comparé à Ursina Lardi, elle dit d’ailleurs avoir joué ce rôle il y a quelques années, alors de Consolate Sipérius, elle, a joué Antigone.

On ne peut pas s’empecher de penser aux Damnés d’Ivo Van Hove, lorsqu’à la fin du spectacle la comédienne de la Schaubühne s’empare d’une mitraillette et nous met dans le viseur. Et prononce cette phrase : « Le théâtre c’est montrer les massacres »
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor