Critiques pour l'événement Compassion, l'histoire de la mitraillette
Le 10/11/17 à Paris

Pourquoi faire du théâtre ? Pour qui faire du théâtre ? Ce sont des questions que l’on peut voir en filigrane dans ce spectacle de Milo Rau.

Comment le théâtre peut-il interagir avec nos vies ? Comment peut-il nous faire prendre conscience de l’état du monde dans lequel nous vivons ?

Le spectacle commence par le témoignage de Consolate Sipérius, survivante du génocide au Burundi en 1993. Elle est fond de la scène et raconte devant une caméra qui projette son image sur le mur du fond du théâtre. Ne serait-ce pas plus fort encore si elle s’adressait directement, sans intermédiaire, au public ?

Ensuite, une comédienne de la Schaubühne, Ursina Lardi, entre en scène. Elle nous parle de notre monde. Elle nous montre une photo du jeune Aylen mort sur la plage de Bodrum. Il n’est jamais nommé, ce qui l’événement, d’une certaine façon, universel.

Accompagnée de ces deux comédiennes, Milo Rau nous livre un spectacle documentaire. Il mêle l’Histoire à l’histoire, sans que nous spectateurs ne pouvons déceler où se trouve la frontière entre l’imaginaire et le réel. Entre ce que chacun des trois participants a pu vivre, ce qu’il s’est réellement passé et ce que Milo Rau a décidé de rajouter pour tenir une dramaturgie.

Comme il est dit au début du spectacle, « c’est facile de faire du théâtre documentaire », mais ce qui est plus difficile c’est de « s’adresser aux masses ». En effet, la plupart des spectateurs présents sont déjà au courant de ce qu’il se passe. Il faut faire en sorte qu’un spectacle comme celui-ci soit vu par le plus de monde possible (il est évident que 5 dates, ce n’est pas suffisant …)

Le public est à l’instant de la représentation, le représentant de la société. Il porte tout ce poids sur ses épaules. Nous sommes donc en position de témoins.

Ce spectacle parle du monde qui nous entoure, à travers une belle métaphore théâtrale : celle d’Oedipe et Antigone. En effet, Oedipe refuse de voir la réalité telle qu’elle est, et finit par se crever les yeux pour ne pas la voir. Alors qu’Antigone est une jeune fille rebelle victime de la société, victime de son oncle. Elle finit par mourir pour avoir combattu les lois. Oedipe est comparé à Ursina Lardi, elle dit d’ailleurs avoir joué ce rôle il y a quelques années, alors de Consolate Sipérius, elle, a joué Antigone.

On ne peut pas s’empecher de penser aux Damnés d’Ivo Van Hove, lorsqu’à la fin du spectacle la comédienne de la Schaubühne s’empare d’une mitraillette et nous met dans le viseur. Et prononce cette phrase : « Le théâtre c’est montrer les massacres »