A l'abordage

A l'abordage
Mis en scène par Clément Poirée
  • Théâtre de la Tempête
  • Route du Champ-de-Manœuvre
  • 75012 Paris
  • Château de vincennes (l.1)
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L’amour existe. C’est sur ces mots, cette promesse d’éden, que s’achève Arcadie, le roman d’Emmanuelle Bayamack-Tam, autrice à qui Clément Poirée a commandé la réécriture du Triomphe de l’amour de Marivaux y décelant comme une figure inversée d’Arcadie.

D’un côté, l’amour libre à Liberty House, de l’autre l’abstinence moralisatrice. Quel dialogue possible entre ces deux utopies ? Quelle voie choisir pour ces personnages porteurs de désir, qu’ils le clament ou qu’ils le cèlent au plus profond d’eux-mêmes ? L’effraction de Sasha dans ce monde fermé ne fait que le révéler davantage. Elle séduit tout le monde sans exception, comme le héros de Théorème de Pasolini.

L’usage du faux emporte tout, l’amour devient une véritable arme de combat dans ce clash générationnel entre la jeunesse ardente des uns et la frilosité quasi sénile des autres. Emmanuelle Bayamack-Tam propose dans une langue d’aujourd’hui une relecture jubilatoire de l’utopie formulée trois siècles avant, une mise à l’épreuve de la philosophie d’Hermocrate devenu Kinbote. Un triomphe de nos corps désirants, l’amour inconditionnel comme horizon.

À l’abordage ! ou comment conquérir son désir et gagner sa liberté.

Note rapide
Toutes les critiques
12 oct. 2020
9,5/10
3
Voilà un spectacle qui m’a enthousiasmée. J’aurais pu avoir une idée précise de ce qui allait m’attendre si j’avais reconnu l’auteure.

Mais connaissant Emmanuelle Bayamack-Tam sous le nom qu’elle emploie lorsqu’elle publie en littérature jeunesse, à savoir Rebecca Lighieri, je n’avais absolument pas imaginé que c'était elle qui avait écrit la pièce; et pourtant j'ai songé à elle plusieurs fois en raison notamment de la préoccupation écologique exprimée par les personnages. J'avais particulièrement pensé à un de ses derniers romans pour la jeunesse, Eden, paru à l'Ecole des loisirs.

Le dispositif quadrifrontal permet de multiplier par 4 le nombre de premiers rangs et la visibilité est maximale pour davantage de spectateurs. Il est particulièrement adapté à la situation sanitaire parce que, du coup le public n’est pas pénalisé par l’obligation de s’écarter les uns des autres. Je me suis interrogée sur cette disposition. Était-elle intentionnelle pour assurer de meilleures places à plus de personnes ? En tout cas cet espace plus clos est à propos.

Un voile léger occulte pour partie la vue de ce qui se passe sur scène alors que le public entre dans la salle, le plaçant en position de voyeur et lui donnant envie que ces rideaux soient tirés. Je dois dire que, ajouté à la buée qui occulte soudain les lunettes (à cause du masque) Je me suis sentie en plein brouillard ...

Sasha (Louise Grinberg) et Carlie (Elsa Guedj) se sont introduites dans une communauté très fermée où une sorte de gourou impose l’interdiction d’aimer, imposant un voeu de chasteté, la méditation et la permaculture. Seulement voilà, Sasha est immédiatement tombée amoureuse d’un jeune homme, Ayden (David Guez), et elle est prête à tout pour obtenir le droit de l’approcher. Le séduire ne sera ensuite qu’une formalité.

Son amie Carlie est quant à elle totalement épatée par le cadre : Tu sens comme on respire bien ici : le buis, le potager bien tenu, la mousse... Mais Sasha n'écoute pas. Elle est obnubilée par son désir : Je vais leur apprendre l’amour ! À l’abordage ! Et pas de quartier !

Voilà, le cri de guerre est lancé. Et même les multiples clins d'oeil tombent à propos, par exemple l'affirmation "l'amour au premier regard, ça existe" (qui peut faire allusion à l'émission de télé-réalité reprenant cette expression) ou les paroles de la chanson de Mike Brant Laisse-moi t'aimer. Ou encore, et c'est un moment très beau, l'interprétation de Be My Baby (août 1963) écrite par Phil Spector, Jeff Barry et Ellie Greenwich et chantée à l'époque par The Ronettes, qu'Elsa Guedj interprète admirablement.

On se sent en phase avec le parti-pris, fut-il osé. On ne peut que l’approuver : Oui l’avantage de l’amour est que tu deviens expert sur le champ. Autrement dit, aimer donne des ailes. Et quand on aime on ne regarde pas aux moyens. L'amour est un parcours qui s'apparente à une randonnée. Le choix des costumes est donc pertinent. Et on verra combien Hanna Sjödin est inventive dans le domaine.

Les deux jeunes filles sont confrontées à des personnes qui ont une toute autre vision de la vie. Pour qui, l’abstinence n’est pas une mode mais une façon de respecter le temple de nos corps. On comprend qu’on va assister à de multiples échanges de type passing-shots. Et on se délecte d'avance.

L’auteure a une écriture très fluide. Les dialogues sonnent juste. Les double sens font écho aux doubles jeux des personnages sans jamais choquer ou verser dans le ridicule. En toute logique puisque Clément Poirée, le directeur de la Tempête, avait demandé à l'auteure de concevoir sa version du Triomphe de l'amour de Marivaux en en reprenant les grandes figues et les archétypes. A l'exception d'Arlequin (François Chary) qui encouragera d'enterrer nos vies de vieux garçons confinés, les noms des personnages ont été modifiés mais le parallèle est souvent évident.

Et c'est dans une langue d’aujourd’hui qu'Emmanuelle Bayamack-Tam propose une relecture jubilatoire de l’utopie formulée trois siècles avant, une mise à l’épreuve de la philosophie d’Hermocrate devenu Kinbote (Bruno Blairet). Un triomphe de nos corps désirants, l’amour inconditionnel comme horizon. La question étant de comment conquérir son désir et gagner sa liberté. Et c’est une interrogation universelle.

Clément Poirée a raison de dire qu'au final il s'agit du triomphe de la jeunesse, au sein d'un monde qui considère qu'il n'y a pas de salut hors de la mise à l'abri. Je recommande donc d'aller voir ce spectacle en famille... et puis de débattre ensuite de l'existence de l'amour.
13 sept. 2020
3/10
21
Quand les subventions publiques servent à faire l'éloge de la vulgarité.
Je me suis retrouvé dans les mauvaises SITCOM des années 80, sur les chaînes privées....

Et puis franchement, Marivaux n'a pas besoin d'être réécrit pour nous prouver sa confondante modernité.

Un spectacle prétentieux, boursouflé, aux multiples clichés, mauvais tics actuels.
A fuir.
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor