A bout de sueurs

A bout de sueurs
  • Lucernaire
  • 53, rue Notre-Dame-des-Champs
  • 75006 Paris
  • Notre-Dame-des-Champs (l.12)
Itinéraire
Billets à 32,00
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Binta revoit Fifi, son amie d’enfance, après de longues années de séparation. Fifi est allée vivre en France après avoir rencontré Michel sur internet.

Elle initie Binta à cet outil pour la libérer d’une vie conjugale harassante. Binta quitte son mari Bachir pour aller rejoindre un autre homme, sous prétexte d’aller secourir un frère malade en France.

Les mois passent. Bachir met tout en œuvre pour reconquérir Binta, désormais injoignable. Il prend le parti de venir la récupérer à Paris, et abandonne ses enfants. Les enfants décident alors de partir à leur tour avec l’espoir de revoir leur maman.

À bout de sueurs est une tragédie sur le mirage de l’exil, et une longue plongée aux enfers, qui engloutit implacablement une famille entière, femme, mari, enfants.

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29 nov. 2021
8/10
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Dynamique, Poignant, Puissant.

Hakim Bah, né le 1ᵉʳ septembre 1987 à Mamou, est un poète, dramaturge et nouvelliste guinéen. En 2016, il reçoit le prix Théâtre RFI pour Convulsions.
En Aout 1999 en Belgique. Deux adolescents sont retrouvés sans vie dans le train d’atterrissage d’un avion en provenance de Guinée Conakry.
Une lettre justifiant leur exil et leur démarche adressée aux membres responsables de l’Europe.
A bout de sueurs, entre fiction et réalité, s’inspire de ce drame toujours douloureux dans les mémoires.
Texte lauréat de la Troisième édition du Prix Lucernaire - Laurent Terzieff - Pascale de Boysson avec le soutien de la SACD et les Éditions l'Harmattan.

Au détour d’un chemin., Binta rencontre Fifi revenant en visite de France où elle a passé quelques années en compagnie de son époux rencontré sur internet. Fifi va convaincre Binta de suivre son exemple et de s’émanciper.
L’autre côté de la mer est prometteur et attirant….
Fifi va partir quittant mari et enfants. Malheureusement cette aventure prendra vite la couleur d’un drame….

La mise en scène de Hakim Bah, Diane Chavelet est bouillonnante, les tableaux se succèdent tout d’abord légers et assez drolatiques pour parvenir au fond de l’abime noir et tragique. C’est orchestré avec finesse et subtilité.
La musique joue en live par Victor Pitoiset à la guitare électrique, donne force à la parole, les mots viennent nous transpercer le cœur.

Les comédiens de par leurs gestuelles et la justesse de leurs jeux nous entrainent avec fortes émotions dans cette tragédie.
Diarietou Keita (Fifi et Narratrice) nous réjouit par sa vivacité, Vhan Olsen Dombo (Bachir) est impressionnant dans sa colère et son incompréhension, Claudia Mongumu (Binta) rayonne de par sa fragilité et son l’authenticité.
Tous trois jouent avec grand brio, ils nous émeuvent et nous bouleversent.
10 nov. 2021
8,5/10
8
Mirage, Mirage,
Plus loin que les cris et le désamour,
Mirage, Mirage…

Hakim Bah est un griot contemporain.
Celui qui sait raconter, celui qui sait rapporter les histoires.
Celui qui sait dire aux autres les mots et les maux.


Avec cette pièce toute en tension, avec ce texte nécessaire et passionnant, il va nous décrire le mirage.
Le mirage et sa tragédie.

L’espoir de celles et ceux qui doivent quitter leur domicile, leur pays, leur continent, dans le but de trouver un ailleurs et une vie meilleurs.
L’espérance souvent vaine de trouver ce qu’on n’a pas ou plus chez soi, et qui vous pousse à partir coûte que coûte.
Et parfois au péril d’une vie.

Fifi, elle, elle l’a atteint ce but. Elle est parvenue à partir, direction la France.
Elle revient toute fière au pays de la chaleur, de la sueur et des mouches qui désormais l’insupportent.

Dame, c’est qu’elle est persuadées qu’elle est devenue quelqu’un, à Paris !

Elle retrouve une ancienne amie, Binta, qui va lui dire sa triste situation : elle est mariée à Bachir, un homme violent, qui la trompe allègrement.
Binta a deux enfants, Alpha et Biro, 13 et 9 ans.

Fifi va lui révéler le secret de sa supposée réussite : pour quitter le pays, il suffit de se connecter à un site de rencontres, de trouver l’âme plus ou moins sœur, et le tour est joué.

Les événements vont s’enchaîner, jusqu’au drame final.
Ce qui a constitué un triste fait divers chez nous, noyé dans la masse des infos quotidiennes, va se révéler être une tragédie familiale.
Une allégorie de la séparation, de la rupture des liens, une métaphore de ces terribles voyages forcés, souvent à sens unique et qui trouvent une issue dramatique.

L’auteur lui même et Diane Chavelet ont mis en scène ce texte.
Ce qui frappe, dès le début de la pièce, c’est le sentiment de tension, de violence d’abord sous-jacente et puis bien réelle par la suite, qui va régner durant cette heure et vingt minutes.
Nous percevons dès les premiers mots de la narratrice que cette histoire-là ne sera pas de tout repos, et qu’il ne s’agira pas d’un conte de fées.

La violence sera psychologique, mais également physique.
Des affrontements auront lieu, chorégraphiés à la machette, tels une danse brutale.
Parce qu’au pays, une femme ne peut pas partir impunément, comme si de rien était…
Et pourtant, comme dirait Fifi énonçant les mots d’Hakim Ba, « Si le sol te brûle les pieds, c’est que tu ne cours pas assez vite »…



Et puis le résultat d’une autre violence insupportable et révoltante sera montré au moyen d’un très bel artifice scénographique.
Nous entendrons et verrons d’une certaine façon Alpha et Biro. Les enfants.
Je n’en dis pas plus.

Trois excellents comédiens vont incarner les quatre personnages et nous restituer avec un réel engagement ce texte fait de phrases et de mots brutes, âpres, avec beaucoup de répétitions volontaires qui semblent marteler le désespoir.

Diarietou Keita incarne deux rôles : Fifi et la narratrice.
Elle est irrésistible dans le rôle de cette femme qui revient au pays et qui ne cache pas sa supposée supériorité, face à Binta.
Elle chantera fort joliment des complaintes et des mélopées narratives, tristes et elles aussi désespérées.

Binta est interprétée avec une grande finesse par Claudia Mongumu, qui donne à son personnage une réelle épaisseur, passant par de la candeur à une force de caractère peu commune.

Vhan Olsen Dombo est Bachir le violent et l’alcoolique.
Nous n’en menons pas large dans ses scènes de déchaînement physique. On entendrait les mouches tsé-tsé voler.

Le trio fonctionne à la perfection. Une grande cohérence règne durant tout le spectacle.
Tous ensemble, ils nous captivent à nous dire et nous montrer cette histoire d’une famille brisée.
Impossible de les lâcher une seule seconde.

Au lointain, derrière un comptoir semblable à celui des enregistrements des voyageurs dans n’importe quel aéroport, Victor Pitoiset, à la guitare et aux machines numériques, interprète en direct ses compositions.
Les rythmes chaloupés d’origine africaine côtoient des boucles faites de sons étranges et de bruits inquiétants, en adéquation avec ce qui nous est raconté.
Sa participation à la scène du questionnaire du site de rencontre est essentielle !

On l’aura compris, cette histoire mise en forme par Hakim Bah à partir d’un terrible fait divers, cette histoire-là nous confronte à un drame de l’exil, à une tragédie du départ à tout prix, du Sud vers le Nord, de la misère vécue à un supposé Eldorado.
Avec de terribles conséquences associées.

C’est un bien beau moment de théâtre, intense et passionnant.

De ceux qui marquent les esprits et les âmes.
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Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor