Un Chapeau de paille d'Italie

Un Chapeau de paille d'Italie
De Eugène Labiche
  • Lucernaire
  • 53, rue Notre-Dame-des-Champs
  • 75006 Paris
  • Notre-Dame-des-Champs (l.12)
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Fadinard est un jeune parisien sur le point d’épouser Hélène Nonancourt, fille de pépiniéristes de Charentonneau. Le matin de ses noces, le cheval de son fiacre décide de prendre comme petit déjeuner un chapeau de paille d’Italie, appartenant à une femme mariée, perdue dans les bras d’un militaire au bois de Vincennes.

Pour lui porter réparation, Fadinard se lance à cœur perdu dans la quête d’un chapeau identique. Le jour de son mariage…
Cette histoire est tellement absurde que nous allons imaginer… qu’il la rêve !

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AVIS DE LA REDACTION: 8/10.

Fantasme nuptial.

Ah, le mariage ! La fête, les convives, la musique, l'amour de sa vie en costume ou en robe blanche : ce jour tant attendu que l'on dit être le plus beau de notre vie... A moins qu'il ne soit le plus complexe, le plus angoissant, le plus incompréhensible, le plus surréaliste, le plus invivable ?

En effet, il suffit d'un rien pour que tout dérape, ou plutôt il suffit d'un chapeau en paille d'Italie orné de coquelicots, d'une belle-mère et d'un cousin un peu collants, de l'écriture ciselée d'Eugène Labiche, et de l'imagination complètement barrée d'Emmanuel Besnault et Benoît Gruel.

Fadinard doit aujourd'hui épouser Hélène, fille de pépiniéristes. Tout s'annonce pour le mieux, si ce n'est que la mère de la mariée, décrite avec délicatesse par son beau-fils comme un "porc-épic", et son neveu Bobin sont un peu trop... présents dira-t-on. Mais tout va pour le mieux, si seulement le cheval de Fadinard ne s'était pas régalé ce matin même du chapeau d'une dame, en galante compagnie dans le Bois de Vincennes et qui ne peut rentrer chez elle sans risquer la fureur de son mari face à la disparition du-dit chapeau de paille.

La journée de noces se transforme en poursuite chapelière, et le jeune fiancé n'est pas prêt de passer la bague au doigt de son épouse si une coiffe identique n'est pas trouvée pour remplacer l'originale.

La compagnie de l'Eternel Eté s'était déjà fait remarquer avec des créations comme "Fantasio" (dans lequel nous avions beaucoup aimé Benoît Gruel, ici co-metteur en scène), "Les Fourberies de Scapin" ou "La Tempête", spectacles toujours remplis d'une grande inventivité et qui ne manquaient pas de renouveler des textes pourtant archi-connus. Et question renouvellement, nous sommes servis avec ce Chapeau de paille qui répond parfaitement à la définition donnée sur l'affiche : "vaudeville électro-onirique".

D'abord, nous sommes plongés dans ce qui semble être une chambre de bébé au décor moelleux (matelas, couvertures et gros ours en peluche jonchent le sol), et dans laquelle progressent des personnages à mi-chemin entre le nouveau-né et le chamallow humain (on vous laisse le soin de voir la pièce pour leur trouver une identité plus précise).

Les tableaux s'enchaînent ensuite, de l'appartement de Fadinard à l'hôtel particulier d'une baronne en passant par la boutique d'une modiste, toujours dans cet univers fait de douceur, de rondeur et d'accessoires anti-blessures en cas de chute et de cascades, qui sont nombreuses. Labiche au milieu d'un jardin d'enfant : on se demande où l'on est tombé et ce que les metteurs en scène essayent de nous dire. Mais peu à peu, le brouillard se dissipe (quoique), et la dramaturgie maligne et originale du spectacle nous apparaît. Mieux, quand le public entre en jeu et participe activement de la manière la plus réjouissante qui soit (on vous laissera découvrir laquelle), on arrête carrément de se poser des questions et on fonce tête baissée dans ce maelstrom comique et fantasque. La journée de mariage de Fadinard est déjà totalement improbable en soit, alors pourquoi se priver d'encore plus de folie ?

Allons-y sur les costumes hauts en couleurs (magnifiques créations de Magdaléna Calloc'h), les arbres en plastique, les balles rebondissantes et les shows son et lumière (de Benjamin Migneco et Cyril Manetta) qui ravissent la salle et nous emmènent dans une dimension parallèle, à la fois superbe et terrifiante.

La troupe, Guillaume Collignon, Victor Duez (que nous avions apprécié dans "Tout va bien", son seul-en-scène joué l'an dernier à l'Essaïon), Sarah Fuentes, Mélanie Le Duc et Emmanuel Besnault donc, co-metteur en scène et directeur de la compagnie, sont tous géniaux et adaptent Labiche avec brio.

Alors, le mariage, cauchemar ou rêve éveillé ?

Réponse au Lucernaire jusqu'au 17 mars.

Alice Couzinou.

 

 

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17 janv. 2024
10/10
19
« Un chapeau de paille d’Italie » d’Eugène Labiche dans une adaptation de la Compagnie l’éternel été, mis en scène par Emmanuel Besnault et Benoit Gruel sur la scène du théâtre rouge du Lucernaire est un rêve éveillé dans la douceur d’un conte d’enfants.

Si vous avez un doute sur ce que représente un rajeunissement d’une œuvre théâtrale, courez voir celle présentée au Lucernaire, vous n’en croirez pas vos yeux et vos oreilles.

Eugène Labiche a écrit cette comédie en 1851 et a moult reprises été représentée dans le monde entier sous diverses adaptations.
Ce soir c’est une version écourtée pour ne retenir que l’essentiel du propos qui vous est présentée. Mais quelle belle saveur en ont tiré les adaptateurs. On se régale de l’élégance du jeu de cette jeunesse qui dans un rythme effréné nous séduit par tant d’ingéniosité.
La mise en scène très ludique et rythmée d’Emmanuel Besnault et Benoit Gruel est un petit bijou à déguster sans modération.

Le propos est bien connu : Ferdinand, rentier, jeune parisien de son état est sur le point d’épouser Hélène Nonancourt, fille d’un pépiniériste de Charentonneau (interprété dans la pièce par Madame pour une question de parité), qui pour un parti pris de mise en scène n’apparaîtra jamais sur scène, laissant planer ainsi un rêve, omniprésent pendant cette « récréation ».
Mais le ton est donné avec ces répliques :
« Je lui demande la main de sa fille
- Qui êtes-vous ?
- J’ai vingt-deux francs de rente
- Sortez !
- Par jour !
- Asseyez-vous donc ! »

Pas moins de huit fiacres sont nécessaires pour transporter tous les invités de la noce et le malheur a voulu que celui du Ferdinand qui faisait une promenade matinale dans le bois de Vincennes avant d’être lié à vie avec sa promise, a subi de son cheval, en mal de petit déjeuner, la dégustation d’un chapeau de paille d’une jeune femme contant fleurette à son amant, militaire de surcroit et loin d’être commode.
Afin que cette jeune femme ne perde pas la face vis-à-vis de son mari, orageux sur les bords, Ferdinand par tous les moyens se doit de trouver un chapeau de paille qui ressemble en tous points à celui dégusté avec appétit par le cheval.

S’ensuit alors de rebondissements en rebondissements des quiproquos à foison qui emportent le public dans des rires libérateurs d’une tension pour le moins absurde qui s’apparenterait bien à un rêve.

En effet, tout commence par la découverte de chérubins, en phase de réveil éclairée par Benjamin Migneco, emmaillotés et allongés sur des matelas et couettes bien moelleuses sujettes aux jeux les plus enfantins allant de la bataille de polochons au combat de peluches (dont les spectateurs en feront les frais…) ; très nombreuses sur l’espace scénique qui ressemble à un immense lit, dans une scénographie d’Emmanuel Besnault et Benoit Gruel, foyer de toutes les rencontres les plus folles et les plus oniriques, prolongées par une douce musique de Benjamin Migneco, propice à un éveil qui s’annonce très mouvementé. En premier lieu une ronde qui donne le tempo à cette folle journée qui pointe le bout de son nez avec au fur et à mesure l’apparition des protagonistes de la noce, endimanchés du plus bel effet par Magdaléna Calloc’h.

Avant que tout ne glisse dans un trouble rocambolesque, nous pouvons donc nous poser la question : sommes-nous dans un rêve en forme de cartoon qui devient réalité ? Ou bien vivons-nous réellement les turpitudes de Ferdinand à l’approche de son mariage qui prend des allures de cauchemar ?

Pour mener à bien une telle entreprise, il fallait des comédiens chevronnés, tant à l’aise dans la comédie que dans l’acrobatie en passant par la folie du chant : Guillaume Collignon, Victor Duez, Sarah Fuentes, Mélanie Le Duc et Emmanuel Besnault ont relevé haut la main le défi et démontré que l’esprit de troupe peut soulever les montagnes et relever tous les défis, notamment celui d’Eugène Labiche !

Seul l’Amour triomphera, mais dans quelle condition ? A vous de le découvrir.

Une version du Chapeau de paille d’Italie qui décoiffe mais qui fait du bien aux zygomatiques !
13 janv. 2024
8/10
13
Fantasme nuptial

Ah, le mariage ! La fête, les convives, la musique, l'amour de sa vie en costume ou en robe blanche : ce jour tant attendu que l'on dit être le plus beau de notre vie... A moins qu'il ne soit le plus complexe, le plus angoissant, le plus incompréhensible, le plus surréaliste, le plus invivable ? En effet, il suffit d'un rien pour que tout dérape, ou plutôt il suffit d'un chapeau en paille d'Italie orné de coquelicots, d'une belle-mère et d'un cousin un peu collants, de l'écriture ciselée d'Eugène Labiche, et de l'imagination complètement barrée d'Emmanuel Besnault et Benoît Gruel.

Fadinard doit aujourd'hui épouser Hélène, fille de pépiniéristes. Tout s'annonce pour le mieux, si ce n'est que la mère de la mariée, décrite avec délicatesse par son beau-fils comme un "porc-épic", et son neveu Bobin sont un peu trop... présents dira-t-on. Mais tout va pour le mieux, si seulement le cheval de Fadinard ne s'était pas régalé ce matin même du chapeau d'une dame, en galante compagnie dans le Bois de Vincennes et qui ne peut rentrer chez elle sans risquer la fureur de son mari face à la disparition du-dit chapeau de paille. La journée de noces se transforme en poursuite chapelière, et le jeune fiancé n'est pas prêt de passer la bague au doigt de son épouse si une coiffe identique n'est pas trouvée pour remplacer l'originale.

La compagnie de l'Eternel Eté s'était déjà fait remarquer avec des créations comme "Fantasio" (dans lequel nous avions beaucoup aimé Benoît Gruel, ici co-metteur en scène), "Les Fourberies de Scapin" ou "La Tempête", spectacles toujours remplis d'une grande inventivité et qui ne manquaient pas de renouveler des textes pourtant archi-connus. Et question renouvellement, nous sommes servis avec ce Chapeau de paille qui répond parfaitement à la définition donnée sur l'affiche : "vaudeville électro-onirique".
D'abord, nous sommes plongés dans ce qui semble être une chambre de bébé au décor moelleux (matelas, couvertures et gros ours en peluche jonchent le sol), et dans laquelle progressent des personnages à mi-chemin entre le nouveau-né et le chamallow humain (on vous laisse le soin de voir la pièce pour leur trouver une identité plus précise). Les tableaux s'enchaînent ensuite, de l'appartement de Fadinard à l'hôtel particulier d'une baronne en passant par la boutique d'une modiste, toujours dans cet univers fait de douceur, de rondeur et d'accessoires anti-blessures en cas de chute et de cascades, qui sont nombreuses.

Labiche au milieu d'un jardin d'enfant : on se demande où l'on est tombé et ce que les metteurs en scène essayent de nous dire. Mais peu à peu, le brouillard se dissipe (quoique), et la dramaturgie maligne et originale du spectacle nous apparaît. Mieux, quand le public entre en jeu et participe activement de la manière la plus réjouissante qui soit (on vous laissera découvrir laquelle), on arrête carrément de se poser des questions et on fonce tête baissée dans ce maelstrom comique et fantasque. La journée de mariage de Fadinard est déjà totalement improbable en soit, alors pourquoi se priver d'encore plus de folie ? Allons-y sur les costumes hauts en couleurs (magnifiques créations de Magdaléna Calloc'h), les arbres en plastique, les balles rebondissantes et les shows son et lumière (de Benjamin Migneco et Cyril Manetta) qui ravissent la salle et nous emmènent dans une dimension parallèle, à la fois superbe et terrifiante.

La troupe, Guillaume Collignon, Victor Duez (que nous avions apprécié dans "Tout va bien", son seul-en-scène joué l'an dernier à l'Essaïon), Sarah Fuentes, Mélanie Le Duc et Emmanuel Besnault donc, co-metteur en scène et directeur de la compagnie, sont tous géniaux et adaptent Labiche avec brio.

Alors, le mariage, cauchemar ou rêve éveillé ?

Réponse au Lucernaire jusqu'au 17 mars.
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Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor