Critiques pour l'événement Un fil a la patte
10/10
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C’est la troisième fois que nous voyons ce spectacle, c’est la troisième fois que nous en sortons éblouis. Que dis-je éblouis ? Subjugués, tourneboulés, bringuebalés, rincés ! Des pieds à la tête, de l’orteil au petit doigt, le pouls à 150, les mâchoires coincées, les zygomatiques meurtris.

C’est une folie collective dingue, burlesque et débridée qui nous attend là, que nous savourons avec gourmandise et qui restera en bonne place parmi les souvenirs merveilleux. Ceux dont le théâtre sait nous combler les jours fabuleux.

Que cela soit dit une bonne fois pour toutes ! Si la troupe du Français excelle dans la précision de jeux frisant le parfait aux étoiles, Christian Hecq pose problème. Il est fou à lier cet homme, ce n’est pas possible autrement ! Porter ainsi le comique au sublime et qu’on ne voit rien venir, c’est normal ça ? Ah mais, c’est un cas unique à traiter, cet énergumène ! Un cas d’école pour la communauté psychiatrique option théâtre, un sujet d’oral pour les internes en dernière année de spécialisation arts du spectacle !

Cet immense comédien incarne Bouzin comme Georges Feydeau aurait sans doute mérité de le voir. Il joue avec ses partenaires, avec l’adresse juste d’un fourbe sympathique, la poésie d’un Machiavel bienveillant et la féerie d’un clown survolté. Ses séquences sont à passer en boucle dans les écoles de théâtre, les profs peuvent aller prendre un verre sans rougir.

La mise en scène délirante façon allegro con fuoco de Jérôme Deschamps ravage tout sur son passage et permet à la distribution de transcender la pièce et de la porter aux nues. Ils semblent tous heureux les bienheureux et nous le font devenir séance tenante.

Un immense plaisir de théâtre. Merci la troupe ! Chapeau l’Artiste !
11 juil. 2016
8/10
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Un Feydeau comme on les aime avec une belle mise en scène de Jérôme Deschamps.

C'est une comédie burlesque qui séduira l'ensemble de la famille. Les personnages sont tout aussi extravagants les uns que les autres et se complètent très bien. Comme dans toutes les pièces de Feydeau l'histoire est pleine de rebondissements ce qui fait que nous ne voyons pas passer les 2H30.
22 juin 2016
8,5/10
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Avec cette pièce de troupe, nous assistons à un vaudeville classique mais parfaitement maîtrisé. La mise en scène frénétique de Jérôme Deschamps relève avec saveur le sens du burlesque du texte de Feydeau grâce auquel nous rions de bon cœur.

Ce chef-d’œuvre du boulevard est dynamisé par une brillante distribution et repose en partie sur le charisme et le ressort comique illimité du fabuleux Christian Hecq aux mimiques d’un De Funès qui fait mouche à chacune de ses apparitions dans la peau de Bouzin. Il est tout simplement hilarant. Christian Hecq livre une impeccable et formidable interprétation en déployant une folle énergie sur le plateau. Il est merveilleux et vaut à lui seul le déplacement au Français. Son rôle, particulièrement physique et survolté, nous laissera un souvenir impénétrable et mémorable de ses dégringolades dans l’escalier. Pas étonnant que cela lui ait valu le Molière du meilleur comédien en 2011. Mention spéciale également à Coraly Zahonero, savoureuse Lucette en alternance avec Florence Viala, haute en couleurs et très drôle ainsi qu’à Benjamin Lavernhe qui ne cesse de nous étonner par sa grande justesse de jeu. Saluons également le travestissement fort réussi de Christian Gonon en Miss Betting au top, sans oublier la lucide Viviane de Georgia Scalliet qui pense qu’un mari, « c’est une dame de compagnie homme » avec une fraîcheur déconcertante.

Si l’ensemble souffre de quelques longueurs dans l’acte I, les acteurs en magnifiques costumes d’époque, bien dirigés par Jérôme Deschamps, évoluent dans un décor classique mais leurs répliques collégiales lancées à la cantonade qui renforcent un bel esprit de troupe que nous prenons plaisir à retrouver régulièrement en poussant la porte de la Comédie-Française. Ce Fil à la patte, à la fois fou, drôle et brillant, est une performance à couper le souffler pour une réussite totale et dirigée d’une main de maître.

C’est un plaisir décuplé pour faire le plein de bonne humeur et d’humour rassasiant grâce au rythme enjoué et à une justesse de jeu parfaitement dosée. L’occasion de revoir ce triomphe est donnée jusqu’au 24 juillet 2016 alors si vous n’avez pas encore découvert cette bulle de bonheur, précipitez-vous.
17 juin 2016
8/10
340
Eric Ruf, Administrateur de la Comédie Française, avait donc décidé pour sa première véritable saison à ce poste de programmer une nouvelle fois ce Fil à la Patte.
Et il a bien fait !

Il faut tout de suite être clair : pour avoir un bon "Fil à la Patte", il faut avoir sous la main un bon Bouzin.
Comment ne pas penser ici à Robert Hirsch mis en scène par Jacques Charon en 1970...

Ici, encore une fois, pas de changement, c'est l'hilarant Christian Hecq qui s'y colle et qui interprète ce clerc de notaire littérateur et chansonnier à ses heures, moi j'pique des "épingues" et on m'a fait du pied d'cochon truffé.

J'ai déjà vu à trois reprises cette version mise en scène par Jérôme Deschamps, et à chaque fois, je pleure de rire devant l'abattage, la gestuelle extraordinaire, la vis comica de Hecq.

(Petite anecdote personnelle : j'ai eu la chance d'être assis au premier rang, pour la représentation de ce vaudeville, un soir de décembre 2013. A l'entracte, le rideau tiré, Hecq est venu sur scène présenter la traditionnelle tombola pour les anciens comédiens. Il l'a fait dans la peau de Bouzin, avec la diction, les tics, les mimiques du personnage, ainsi qu'en interpellant les spectateurs, dont votre serviteur. Je crois que je n'ai jamais autant ri de ma vie. Ce fut un moment désopilant. Un moment rare.)

Mais je reviens à la pièce.
Jérôme Deschamps a su comme personne mettre en place cette mécanique feydolienne implacable.
Il est en effet très difficile de monter Feydeau. Cet auteur, grâce à un texte où regorgent les bons mots, les quiproquos, les répétitions, grâce à ses didascalies très précises, tend à chaque fois un piège au metteur en scène avec une question difficile à résoudre : comment faire pour trouver un équilibre entre les directives très précises écrites et l'aspect échevelé de l'intrigue ?

Le papa des Deschiens s'en est admirablement sorti : le public a l'impression que tout est simple, facile. Ca coule de source, ça roule tout seul, pourrait-on penser.
Et pourtant, que de travail, que de précision...

Les comédiens français ne sont évidemment pas étrangers à cette précision.
J'ai un faible pour Stéphane Varupenne, en Fernand de Bois d'Enghien, le futur jeune marié. Je crois que j'ai même une petite préférence concernant son interprétation à celle d'Hervé Pierre qui avait créé le rôle dans cette mise en scène.
Celui qui incarne en ce moment Britannicus sur ces mêmes planches, parvient à conjuguer parfaitement dans ce rôle la drôlerie, la fourberie, mais également une certaine forme de désespoir : on est presque ému par ce que doit déployer d'inventivité cet homme. On aurait même parfois envie de l'aider, devant toute cette adversité qu'il a lui-même provoquée.
Chez Feydeau, le désespoir n'est jamais très loin du rire.

Mention spéciale également à Serge Badassarian, en Fontanet "halitosé", qui place admirablement la célèbre réplique "Comme je pus !"
Thierry Hancisse, en général d'opérette, est parfait.

Les filles sont également remarquables, que ce soient Florence Viala et Coraly Zahonero en alternance dans le rôle de Lucette Gauthier, Georgia Scaliet ou Claire de la Rüe du Can en Viviane, ou Clotilde De Bayser, hautaine à souhait, dans le rôle de la Baronne.
Christian Gonon, quant à lui, est une Miss Betting britanniquement haute en couleur.

On l'aura compris, ce spectacle est une autre valeur sûre du Français, qui permet pendant deux heures trente un vrai bon moment de franche hilarité.

Par les temps qui courent, ça n'est pas à dédaigner...
9 sept. 2014
8,5/10
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Très belle mise en scène de Jérôme Deschamps qui insuffle tout au long de la pièce gaité, rires, une pêche d'enfer.
Les situations se succèdent sans trêve, aucun ennui et l'on rit de bout en bout.

Évidemment Christian Hecq est drôlissime (vous ai-je dit que j'aime Christian Hecq ?! ) en Bouzin totalement dépassé, Guillaume Gallienne encore travesti en femme mais tellement drôle (c'était avant Lucrèce), Serge Bagdassarian, Thierry Hancisse, Florence Viala... une distribution de rêve et des comédiens qui jouent en équipe, se passent les répliques comme une balle colorée...

Chouette, chouette, chouette vaudeville...
6 nov. 2013
8/10
575
La joie d'un texte efficace, d'une mise en scène soignée, et d'un jeu d'acteurs sur mesure. On est dans la fureur du Vaudeville : l'époux, l'amante, l'ignorant... Et le Français maitrise à merveille bien des registres, y compris celui, plus inhabituel, d'une belle comédie déjantée. Mention spéciale pour le général mexicain (Thierry Hancisse) et Bouzin (Christina Heck) !