Critiques pour l'événement La Légende d'une vie
23 nov. 2018
8/10
11
J'ai vu La légende d'une vie il y a quelques semaines à peine dans une mise en scène "resserrée" au Lucernaire mais il y a peu de risque à me répéter. Certes, la trame est la même, mais le décor, la richesse des costumes et la mise en scène en feraient presque un spectacle différent.

La version vue cet été se concentrait sur le rapport entre le frère et la soeur Clarissa (Valentine Galey). Exister en tant que fils et artiste est une voie étroite sur laquelle avance Friedrich (Gaël Giraudeau), le fils de l’illustre Franck.

Mais c'est davantage la place de Maria, l'ancienne amie du père, incarnée par Macha Méril qui se présente comme un "fantôme du passé" qui pèse sur le plateau, face à la veuve du poète, Leonor, autoritaire et intransigeante gardienne de l’œuvre poétique de son époux, interprétée par Natalie Dessay. Inutile de se voiler la face, un des plaisirs de la soirée est d'assister à la confrontation entre les deux femmes et tout est mis en oeuvre pour qu'elles en sortent gagnantes l'une comme l'autre.

Rappelons l'intrigue : Vienne, 1919. Un jeune auteur cherche à exister indépendamment du souvenir de son père, poète devenu icône nationale. Le jeune homme étouffe dans la maison familiale où tout est organisé par sa mère, femme autoritaire et intransigeante, autour du culte du grand homme. C’est alors que revient au sérail une femme dont le secret pourrait libérer le jeune homme de son carcan.

Christophe Lidon, le metteur en scène, dit avoir cherché à installer ici l’ambiance incroyablement intense et redoutable d’une famille digne de Faulkner, les obsessions de Treplev dans "La Mouette" de Tchekhov et la puissance d’un Thomas Bernhard… Les thèmes que brasse la pièce sont l’écho fidèle de ce "monde d’hier" au déclin duquel Zweig ne voulut pas survivre: l’incidence des clivages sociaux et du culte du secret, la genèse des drames familiaux, la constitution de l’identité (comment construire sa propre identité face à un si lourd héritage ?), le glissement de la vérité déformée vers le mensonge affirmé, et, bien sûr, le thème central de l’héritage spirituel : Peut-on réécrire la vie de l’autre jusqu’à construire une légende ?

La pièce est un subtil match psychologique où Bürstein (Bernard Alane) le biographe du défunt, et ami de la famille semble maintenir chacun sous influence.
7 nov. 2018
9/10
22
Du bon, du très bon théâtre dans une mise en scène aussi sobre qu'efficace.
Christophe Lidon réunit une distribution exceptionnelle avec un Gaël Giraudeau qui montre une fois de plus qu'il fait partie de la relève du théâtre. Bernard Alane et Macha Méril absolument impeccables dans leur rôle tout comme Valentine Galey.
Petite réserve pour Natalie Dessay qui cherche parfois le bon tempo. On l'excuse, elle vient du lyrique et se glisse avec tant d''humilité dans son nouveau métier de comédienne qu'avec le temps elle sera au top.
Cette légende d'une vie nous concerne tous, c'est à la fois le secret de famille et la figure du père qui étouffe.
L'ambiance de l'époque est très bien restituée. Enfin du bon théâtre dans cette rentrée théâtrale bien terne.
Evidemment c'est du Stefan Zweig !
17 oct. 2018
8/10
11
La pièce commence par une soirée organisée autour de la lecture de poèmes d'un jeune auteur, digne fils de son père, auteur reconnu et célébré. Face à lui, il peine à exister, même après sa mort, car sa mère entretient soigneusement son souvenir, faisant de leur maison un mausolée (ou une maison d'écrivain, visites comprises). Le culte qui lui est voué rend son fils malade d'angoisse tant il se sent écrasé. Arrive alors, et on reconnaît bien là la patte de l'auteur viennois, une femme que tous pensaient morte, et qui va changer la donne, quitte à effriter l'image du grand homme, pour le bien de tous.

Une pièce intéressante et belle à regarder. Intéressante par les thèmes abordés, la difficulté de s'affirmer face à un père écrasant, les fissures derrière la légende d'une personnalité idéalement exemplaire et lisse, le poids du travail acharné de l'artiste sur son entourage proche... Pour aborder ces sujets pudiquement, les comédiens ont un jeu nuancé, très juste, notamment le fils, interprété par Gaël Giraudeau (Nathalie Dessay et Macha Méril n'ont plus de preuves à faire mais sont également bouleversantes). Belle à regarder car la sobriété, l'élégance et le raffinement des costumes sont un délice pour les yeux, de même que la splendeur du décor.

Sur le côté droit de la scène, une haute et large sculpture ventrue dorée, en forme de trophée, prend toute la place et, au fond et sur le côté gauche, des vitraux carrés gris, dorés et argentés confirment l'impression de froideur et d'impersonnalité de ce grand salon sans autre âme que celle du mort.
5 oct. 2018
8/10
9
De bons acteurs au service d'un texte intéressant : j'ai passé une belle soirée en leur compagnie.
Quelques scènes aux répliques parfois un peu longues... mais une pièce à voir à mon avis.
22 sept. 2018
9/10
9
Léonore Frank s’active, elle est très élégante, c’est la soirée de son fils Friedrich. Le Chancelier sera présent, Friedrich, doit lire ses œuvres il est poète comme son père Karl. Mais rien ne se passe comme prévu. Il est conscient que c’est l’ombre de son père qui plane sur cette soirée. Il n’a aucune confiance en lui. Sa sœur Clarissa a laissé mari et enfants pour l’occasion. Ils ont une réelle complicité.

Hermann Bürstein, secrétaire et biographe du grand homme, essaie de tempérer les uns et les autres. Les invités arrivent et parmi eux une mystérieuse femme que Léonore chasse sans ménagement, Friedrich ne comprend pas et offre son bras à Mme Folkenhof, qui est enchantée et émue.

Le grand poète Karl, artiste de renom, avait pourtant une double vie, et les secrets de famille vont sortir de la boite de Pandore. Maria et Léonore, laquelle des deux l’a le mieux aimé ? Léonore a passé sa vie à admirer Karl, lui éviter tout souci d’argent. Elle a construit la légende d’une vie, mais le passé va la rattraper. Maria a vécu les moments difficiles avec lui, et il avait honte d’elle. Les biographies sont-elles toujours crédibles ? Après tout on ne présente que ce que l'on veut au public.

Très beau décor art déco, mise en scène au cordeau de Christophe Lidon. Il dirige une distribution prestigieuse. Bernard Alane campe l’honnête homme et devra choisir son camp, Gaël Giraudeau est parfait en fils tourmenté, Valentine Galey est la fille à qui on demande beaucoup. Macha Méril est une mystérieuse et troublante Maria, Nathalie Dessay est convaincante dans son rôle de femme blessée, elle a été une merveilleuse interprète de Strauss, voilà le lien avec Zweig qui a écrit le livret de «La femme silencieuse ».

Un auteur que j’aime et qui est très bien représenté sur la scène du Montparnasse.
9/10
8
... Une très belle pièce, une distribution convaincante et brillante. Un beau spectacle que je recommande.
16 sept. 2018
9,5/10
39
Dans l'ombre du grand homme !

C'est l'une des pièces les plus attendues de la rentrée , et elle tient toutes ses promesses.
Quand autant de talents se trouvent réunis, le succès devient une évidence !

A travers ce texte magnifique, Zweig dénonce le mensonge de l'idéalisation des "grands hommes", et les effets pervers qu'ils ont sur leurs proches.

Christophe Lidon, dans une mise en scène inspirée, nous plonge dans un décor sublime de la Vienne des années 1900, auquel les lumières donnent un relief grandiose. Quelques meubles bien choisis, et quelques notes de musique savamment distillées complètent le tableau.

Gaël Giraudeau, dans le rôle du "fils de", a des accents de vérité troublants.
Nathalie Dessay, malgré une petite tendance au surjeu, est très crédible en mère intransigeante, Bernard Alane est parfait en ami dévoué.
Quand à Macha Méril, elle a cette grâce incroyable des comédiens qui n'ont plus rien à prouver !

Quelle classe!