Critiques pour l'événement Le Cas Eduard Einstein
11 avr. 2019
8/10
2
Le cas Eduard Einstein, tirée du livre de Laurent Seksik, est basée sur une histoire vraie. Cette pièce nous raconte le drame d’un fils, et de son père de renommée mondiale, Albert Einstein.
Plus axée sur la schizophrénie d’Eduard, elle nous expose l’exil aux USA d’Albert Einstein pendant la période pré-guerre fin des années 30.
Le décor est planté sur fond d’asile psychiatrique, symbolisé par des grilles, où l’on attend un patient pas comme les autres, Eduard Einstein, le fils d’Albert, qui a sombré dans la folie. En parallèle, le bureau de son père.

L’absence et l’impression d’être invisible devant la renommée de celui-ci, laisse à croire que ce fils malheureux, se sent mal-aimé par son père. On ressent toute la détresse et le manque de communication entre ces deux hommes qui s’aiment mais ne se comprennent pas.
Dans ses moments de lucidité, Eduard est extrêmement brillant mais reste bloqué dans ses peurs d’enfant désespéré qui, malgré le soutien de sa mère, ne le quittent pas.
De son côté, Albert, est triste de constater que ce fils ne veut pas le suivre dans son exil, et cherche à comprendre ce qu’il a raté dans son éducation.
Cependant, sa vie mouvementée aux USA, semble lui faire prendre de la distance devant des faits qu’il ne maitrise pas.

Tous les comédiens sont excellents, notamment Pierre Benezit, qui joue le rôle de l’interne en psychiatrie mais l’accent est mis sur Hugo Becker (Eduard Einstein), qui est divin et son père (Albert) interprété par Michel Jonasz.
C’est émouvant et toujours intéressant de découvrir une partie de l’histoire de ce grand homme et ses zones d’ombre que l’on ne connaissait pas.
15 févr. 2019
8/10
17
1932, Zurich, Suisse : Eduard Einstein, le fils du célèbre physicien, doit être interné à l’hôpital psychiatrique. Il souffre de schizophrénie. Albert, son père, vient de Berlin pour le voir une dernière fois avant de s’exiler pour les Etas Unis. Nous assistons au drame intime du génie scientifique sur fond de grande Histoire.

Laurent Seksik nous fait découvrir l’histoire méconnue de ce fils et de ses relations complexes avec son père. Relations, où l’attitude en retrait du père, trouve son explication à la fin de la pièce.

Le plateau est séparé en deux parties pour nous faire partager en alternance les différentes étapes de la vie d’Albert côté cours et celle d’Eduard côté jardin. La mise en scène de Stéphanie Fagadau permet de voir ces deux histoires en parallèle, j’ai apprécié ce dispositif car il est utilisé avec intelligence, la pièce reste fluide, il n’y a pas de cassure quand on passe d’un univers à l’autre. Le déroulé de l’histoire peut sembler lent mais je trouve que ça permet de poser l’ambiance et de mieux appréhender l’évolution d’Eduard.

Les comédiens sont tous très bons mais on va s’attarder sur les deux têtes d’affiche :
Michel Jonasz est bluffant en Albert Einstein, très posé et pourtant prêt à militer pour les droits humains dont on sent le déchirement et la douleur liée à Eduard. C’est un vrai plaisir de le voir.
Hugo Becker, que je connaissais peu, est fantastique. Il est un Eduard très convaincant et particulièrement touchant dans sa folie, c’est une vraie révélation pour moi : comédien à suivre.

Au final, j’ai découvert une histoire touchante, je recommande la soirée !
14 févr. 2019
8/10
34
« C'est pas facile de remonter le temps... Mon père a déjà étudié la question.
Je ne voudrais pas marcher sur ses plate-bandes. »

1932. Zurich. Hôpital psychiatrique de Burghölzli.
Le patient qui prononce les trois phrases ci-dessus n'est pas un patient comme les autres. Son nom est célèbre dans le monde entier.
Einstein. Eduard Einstein.

Le fils du génial scientifique est atteint au plus haut point de schizophrénie, tout comme sa tante.
Ses parents, divorcés, ont du se résoudre à le faire interner.

Dans son roman éponyme, Laurent Seksik a mis en lumière ce fils oublié, ignoré de la plupart d'entre nous.
Il met notamment en évidence les rapports entre Eduard et Albert, les rapports et peut-être surtout les « non-rapports » entre ce père et son fils.

La mise en scène, et la scénographie de Stéphanie Fagadau sont basées sur deux espaces. Deux mondes.
Au lever du rideau, la scène est partagée en deux parties égales, séparées par une cloison d'un fin treillis laissant voir ce qui se passe derrière.

A jardin, c'est l'univers d'Eduard. Un univers contraint. Sa cellule.

Une autre cloison identique descendra même des cintres pour fermer totalement le « quatrième demi-mur »...

A cour, c'est le monde d'Albert. Un appartement cossu des années 30.
Au fur et à mesure, le monde du fils prendra de plus en plus d'importance, d'espace, au détriment de celui du père.
Le subtil procédé dramaturgique est très réussi, et se terminera par un plateau quasi-nu. Et je n'en dis pas plus.

La pièce explore surtout le thème de l'absence paternelle. Le père de la théorie de la relativité ayant du mal à accepter la maladie de son fils, s'en rendant même coupable.
Fuyant la montée du nazisme, il laissera son enfant dans sa geôle suisse. Il ne le reverra plus jamais.

Eduard est interprété par Hugo Becker, que j'avais découvert quant à moi en apprenti espion dans l'hilarante série TV « Au service de la France ».

Il est remarquable en jeune homme psychiquement très malade.
Sa partition est très difficile. Tout l'enjeu consistant à placer un curseur au bon endroit. Ni trop, ni trop peu.
Il est souvent poignant, notamment dans les toutes premières scènes, dans sa camisole.
On lui doit une autre subtile progression. Il s'assagit tout au long de la pièce.

On croit totalement à son personnage.

Albert, c'est Michel Jonasz, qu'on n'attendait pas forcément dans ce rôle-là.
En perruque et moustache blanches, il est totalement crédible, à nous montrer l'ambivalence du personnage, tiraillé par des sentiments contradictoires.

Les deux comédiens n'auront qu'une seule scène en commun. Une scène très intense, très réussie.

Les autres acteurs sont irréprochables, Josiane Stoléru en maman d'Eduard, et l'excellent Pierre Bénézit en surveillant-soignant de l'hôpital psy. J'ai beaucoup aimé leur partition.

Jean-Baptiste Marcenac incarne un agent du FBI, dans les années noires américains du McCarthysme, chargé d'enquêter sur les motivations d'Albert Einstein à devenir citoyen américain.
Amélie Manet est quant à elle la secrétaire particulière du scientifique.

Le rythme assez lent de la mise en scène convient bien à la gravité du propos.
A cet égard, Michel Jonasz donne le tempo, très posément, très calmement, prenant tout son temps.
(Je vous laisse découvrir une allusion très drôle à son autre métier...)

Ce spectacle de grande qualité nous éclaire donc parfaitement sur cet aspect méconnu de la relation entre deux hommes.
Un père. Un fils.
Des applaudissements nourris et mérités viennent très logiquement saluer cette heure et demie de bien beau théâtre.
9 févr. 2019
8/10
13
Il voulait lui dire qu’il l’attend
Et tant pis si il perd son temps
Il l’attend, il l’attend tout le temps
Sans se décourager pourtant …

Dieu qu’elle va être longue l’attente de ce pauvre Eduard. Interminable, même. Du plus profond de sa folie consciente, il n’a de cesse d’espérer un geste d’amour, voire un retour. De qui ? De son illustre père, Albert Einstein. Oui, car Eduard n’est autre que l’enfant de celui que ses contemporains, et encore aujourd’hui, considèrent comme un des plus grands génies de tous les temps. Einstein. Un nom aussi prestigieux que lourd à porter. Eduard en sait quelque chose, lui que, depuis son asile suisse, la schizophrénie empoisonne au quotidien.

Alors que l’on peut s’attendre à un huis-clos entre un père et son fils, « Le cas Eduard Einstein » propose une véritable plongée au cœur de l’Histoire. Dès lors trois destins vont s’entrecroiser : celui d’Eduard, celui d’Albert et celui du monde. Si parfois le rendu peut paraître complexe, engendrant un peu de confusion, le procédé permet de situer pleinement l’action. Pièce bien écrite, le texte s’appuie sur le livre de Laurent Seksik. Si le rythme de la pièce est assez lent, l’alternance des scènes, entre les vies d’Eduard et de son père, se révèle plutôt fluide. Bravo à Stéphanie Fagadau pour son ingénieuse mise en scène exploitant chaque centimètre de la scène.

Autre atout de taille : les comédiens !
La distribution s’avère être de grande qualité. Les « seconds rôles » n’ont pas à souffrir de la présence des deux grands noms figurant en tête d’affiche. Bien au contraire.
Pierre Benezit est glaçant de froideur dans le rôle de l’assistant du docteur. Un professionnel pour lequel l’humain semble être secondaire.
Amélie Manet, quant à elle, incarne la secrétaire américaine d’Albert Einstein, partagée entre une certaine admiration pour son illustre patron et son attachement à son pays.
Jean-Baptiste Marcenac campe un agent du FBI, aux présences furtives, mais remarquées tant il parvient à tenir tête au savant.
Josiane Stoleru incarne une mère omniprésente, prête à mettre sa vie entre parenthèses pour son fils. On ressent bien sa volonté qui, sans essayer d'excuser l'absence du père, essaie de donner l'amour tant réclamé par Eduard.

Michel Jonasz prend les traits d’Albert Einstein. J’avais déjà pu apprécier son talent dans l’émouvante pièce « Les fantômes de la rue Papillon ». Ici, sous un maquillage donnant parfaitement l’illusion, il campe une Einstein crédible, dont les pesants silences viennent aussi exprimer des émotions. Ce qui est le plus frappant dans cette interprétation, c’est finalement la dualité de cet homme tellement enclin à défendre les grandes causes humanistes et pourtant si peu réceptif aux appels désespérés de son fils. A la réflexion, démuni serait un terme plus juste. Pourtant, derrière ce masque impassible, on peut deviner son amour et sa douleur de ne pouvoir le lui dire. Michel Jonasz transmet magnifiquement ce sentiment.

Enfin, autre personnage principal de cette pièce : Eduard Einstein, interprété par Hugo Becker. Quiconque me suit sur les réseaux sociaux sait combien j’aime ce talentueux acteur. Aussi, j’attendais beaucoup de sa prestation. Inutile de dire qu’il ne déçoit pas. Il émane une puissance de son jeu, une colère face à ce père parti qui va se mouvoir peu à peu en une triste résignation au fur et à mesure que la folie s’empare de son esprit. Parvenir à retranscrire sur scène cette lente dégringolade m’a beaucoup impressionné. Chapeau !

Au final, la Comédie des Champs-Élysées propose un drame bouleversant à aller voir. Une histoire vraie qui permet de lever un petit voile de mystère sur un pan de la vie d’Albert Einstein dont on ne sait que peu de choses.

Spectateurs, je voulais vous dire qu’Eduard vous attend
Ce soir, demain, n’importe quand …