Critiques pour l'événement Juste une embellie
17 oct. 2021
8/10
8
Tant qu'il y aura des femmes !

Peut-on vraiment guérir tout à fait d'une histoire d'amour ?
Est ce qu'avoir aimé le même homme crée un lien entre deux femmes ?
La rivalité amoureuse empêche t'elle les confidences ?

La beauté du texte de David Hare est qu'il laisse à chacun le soin de trouver ses réponses.

Et c'est avec une grande élégance que ces deux comédiennes généreuses nous offrent leurs incertitudes et leurs croyances.
Elles sont justes. Elles sont vraies. L'émotion est présente à chaque instant.

Francès, avant de partir, avoue à Madeleine " C'est le premier homme que j'ai aimé. C'est peut être pour cela que je n'arrive pas tout à fait à l'oublier ".
A ce moment là, nous comprenons que nous avons toutes partagé quelque chose d'important.

Le coeur a toujours raison !
2 sept. 2021
8/10
7
Juste une embellie de David Hare.
Mise en scène Christophe Lidon.


Emouvant, Réjouissant.

Ce texte de David Hare est plein de passion, d’amour, de tendresse et ne manque pas d’humour.
Corinne Touzet, Raphaëline Goupilleau nous émeuvent et nous ravissent de par leur talent, leur complicité et la justesse de leur jeu.

John a quitté définitivement Frances épouse et Madeleine sa maitresse pour une jeune américaine. Nous ne le verrons point et pourtant l’histoire tourne autour de lui.
Frances (Corinne Touzet) s’est consacrée à sa famille pendant des années. Trompée une grande partie de son existence par son époux John. Frances se reconstruit en se consacrant à l’écriture de romans de fictions.

Lors de années Flower Power Madeleine (Raphaëline Goupilleau) a lutté contre la guerre du Vietnam, pour les revendications féministes, pour les mouvements indiens et noirs... C’est une femme libre au caractère trempé.
Aujourd’hui nous la retrouvons dans son cottage isolé sur l’Île de Wight Madeleine, éloignée du monde, « ile des veuves » s’amuse-t-elle à dire.
Elle attend la visite de Frances…Mais pourquoi cette visite ?

Ces deux femmes aussi différentes que le jour et la nuit ont aimé le même homme, Autour d’une tasse de thé en compagnie de Miles David, elles confrontent leurs souvenirs intimes. Comme une balle de ping-pong, les questions, les doutes fusent. Les vérités et les secrets divulgués les atteignent, les chavirent et les rapprochent.
Quelle était donc leur place auprès de cet homme ?
Ont-elles été aimés ?

La mise en scène de Christophe Lidon assisté de Alison Demay met en valeur les émotions de par la gestuelle, les silences, les déplacements.
On ne peut imaginer Madeleine dans un autre décor que celui de Sophie Jacod.

Merci à tous
Agréable moment de théâtre
2 sept. 2021
8,5/10
21
Wight is Wight…
Stewart is Stewart…

C’est en effet le titre « Year of the cat », du chanteur écossais Al Stewart qui se rappelle à notre bon souvenir une fois la salle plongée dans le noir.

L’année du chat pour un jeu de la féline et de la souris…

Une maison isolée, sur cette île de la Manche, dans laquelle vit seule Madeleine.
On frappe à la porte. C’est Frances.

Les deux femmes, dont la rencontre était improbable, sont liées par le troisième personnage de la pièce.
Un personnage on ne peut plus important, d’autant que nous ne le verrons jamais.

John. Le mari de Frances, qu’il a trompée naguère avec Madeleine.

Pendant tout une nuit, elle vont mettre en commun dans des confessions plus ou moins intimes leurs souvenirs, leurs places respectives de femmes, d’épouse et de maîtresse dans leur ex-trio amoureux.

Le dramaturge britannique David Hare nous décortique cette rencontre-là, cette confrontation à la fois féroce et délicate, grave et drôle, tellement universelle et pourtant si particulière.

Sans un metteur en scène particulièrement inspiré et deux comédiennes particulièrement talentueuses, ce texte est le type de texte « casse-gueule ».
Rien n’est plus délicat que d’évoquer et de montrer cette sorte de relation.

Ici, ces conditions sont réunies pour nous proposer une heure de théâtre tout en délicates dentelles, tout en intensité et en subtilité.
Le curseur est à son exacte et juste position.

Les deux comédiennes excellent à interpréter ces deux femmes, que tout semble opposer et différencier.
Chacune dans son registre nous dit quelle est la place de son personnage dans cette histoire d’amour partagée.
Deux personnages qui s’attachent à redéfinir leur rôle qui d’épouse, qui de maîtresse, pour mieux renverser la proposition.

Corinne Touzet, l’épouse trompée et Raphaëline Goupilleau, la maîtresse délaissée sont envoûtantes.
Elles nous attrapent pour ne plus nous lâcher. Chacune dans son registre, elles nous subjuguent dans ces rôles très exigeants.
Beaucoup d’émotion émane de leur prestation respective.
Le rugissement de Melle Touzet, les rires un peu désespérés de Melle Goupilleau, tout ceci m’a bouleversé.

Elles sont certes émouvants, mais parviennent parfaitement à faire passer l’humour contenu dans les formules parfois lapidaires de David Hare.

Le metteur en scène a dirigé ses comédiennes avec une grande précision et un vrai sens de l’espace et surtout de la distance qui sépare les deux personnages.
C’est une véritable chorégraphie à laquelle nous assistons.

De plus, une véritable réflexion très pertinente sur l’écriture (Frances est en effet romancière), et sur la place de la fiction dans nos sociétés soi-disant moderne nous questionne fortement.

Je n’aurai garde d’oublier de mentionner le très beau décor de Sophie Jacob, et la très inspirée musique de Cyril Giroux : le compositeur se sert de la grille harmonique de la chanson évoquée plus haut, et de temps en temps nous distille trois notes descendantes au piano…
Ré, si, la, trois petites notes pour trois grands personnages...

Voici donc un très beau moment de théâtre.
L’un de ces moments qui vous confronte à votre propre histoire ou votre propre passé.
L’un de ces moments qui nous fait réfléchir également sur la condition féminine, sur l’évolution, ou supposée évolution, des relations hommes/femmes.
A chacun de se prononcer.

Je suis ressorti quant à moi du Lucernaire en reprenant un peu espoir quant à notre humanité.
Comme une embellie.

Et Miles Davis d’emprunter l’ascenseur pour son échafaud, Kate Bush de nous chanter sa Babooshka et Cindy Lauper de nous rappeler que les filles veulent avant tout s’amuser.

Mais au fait, savez-vous ce que signifient les initiales MQFJC ?
31 août 2021
8/10
4
Juste une embellie représente une rencontre fébrile entre deux femmes qui ont aimé le même homme et qui auraient pu s'être frôlées dans le passé sans jamais se parler. Ce n'est cependant pas une rencontre si banale que ça dans la mesure où leur caractère et leur mode de vie les opposent fortement, ce qui a conduit l'auteur à interroger avec acuité toutes sortes de représentations sociales.

Plusieurs passages évoquent par exemple, avec ironie, l'écriture féminine souvent associée aux romans à l'eau de rose. Cette invention formidable a permis à l'auteur d'enrichir le caractère des deux femmes et de sous-tendre l'action par un second fil conducteur parallèle au "récit de vie". La pièce acquiert par-là une dimension métapoétique.
Les deux femmes, Francès et Madeleine, nouent ainsi un dialogue mordant sans pour autant basculer dans l'excès d'une dispute farcesque : toutes les deux arrivent à garder le sang froid malgré certains propos blessants proférés parfois avec trop de vivacité. Leur sens de la répartie et une certaine propension à la dérision empêchent l'action de verser dans le pathétique. Un subtil équilibre s'impose ainsi pour tempérer la tension émotionnelle.
On retrouve dans les rôles des deux femmes délaissées Corine Touzet et Raphaëline Goupilleau qui s'en emparent avec délicatesse : les comédiennes interprètent leurs personnages avec une profonde sensibilité dosée avec justesse. Leur jeu est excellent sur tous les plans : elles savent varier les postures et rythme tout en créant des personnages cohérents qui touchent les spectateurs.

Juste une embellie est une belle occasion pour les comédiennes de montrer leur talent. La mise en scène de Christophe Lidon les sert parfaitement dans leur interprétation.
31 août 2021
10/10
5
Vu à Avignon

« Juste une embellie » de David Hare, dans une traduction de Michael Stampe et une mise en scène de Christophe Lidon au théâtre des Gémeaux est une décortication d’une histoire d’amour aux pas de deux.

Par un temps maussade où le parapluie est de rigueur, nous assistons à un pas de deux à fleuret moucheté, qui dans ses circonvolutions fait danser, au rythme de la sirène du ferry, Madeleine et Frances autour d’un homme à la fois mari et amant.

Madeleine, l’amante, qui ne manquera pas de nous « évoquer » Proust est une militante acharnée dans l’âme, bien loin du train-train quotidien, qui ne s’embarrasse d’un poste de télévision pour rester connectée au monde sur son île de Wight, en Angleterre, son île aux veuves comme elle aime la nommer affectueusement.
Une île sur laquelle on ne vient pas par hasard…

Chercheuse dans un musée, qui aime tracer l’origine des choses, elle affectionne la lecture oui mais pas celle des romans à l’eau de rose comme Frances, écrivaine à succès, peut en remplir son activité quotidienne. Des romans de fiction qui par définition ne sont pas le reflet de la vraie vie, tout ce que déteste Madeleine. Une Frances qui a donné deux enfants au mari volage qui déclenche cette rencontre, ce besoin de compréhension, de vérité.

Un mari, avocat de son état, qui les a délaissées pour la jeunesse en partant s’exiler à Seattle. Une jeunesse qui pour Madeleine n’a pas d’idéal, qui donne dans le pragmatisme et c’est bien triste.

Une rencontre douce amère, sur des airs de Miles Davis, où chacune posera sur la table autour d’un thé, goûté dans un service à l’image de la reine d’Angleterre, ses pensées, ses doutes, son humeur, sa vie.

Une complexité de la vie où chacune aura sa propre vision, le jugement de « l’autre ». Où au détour d’une idée, d’un souvenir, d’un rêve particulièrement savoureux, le sens de l’humour discrètement subversif viendra éclater au visage de celle qui ne s’y attend pas.

Un voyage dans le temps, un jeu de la vérité qui trace sa route sur cette île où on en a vite fait le tour. Des histoires d’Amour, qui finissent toujours mal comme le dit la chanson, qui ont leurs propres ADN, leur ADN : un amour amour…un amour passion…allez savoir.

Chacune, chacun a le droit de refaire sa vie car nous sommes tous égaux devant la mort, l’ultime étape d’une vie riche en rencontres. Ne pas laisser son corps, son cœur se laisser gagner par la froideur mais au contraire vivre !

Corinne Touzet qui porte avec ferveur cette pièce au texte fort, avait envie de jouer avec Raphaëline Goupilleau, son amie de longue date rencontrée sur les plateaux TV.
Ce duo, ce jeu du chat et de la souris, fonctionne à merveille, elles sont complémentaires.
A la lueur de cette embellie, leurs voix et leurs visages illuminent cette scène pour notre plus grand bonheur.
Dans la confrontation de caractères bien trempés, elles apportent à ce texte une lumière exquise, un regard pénétrant sur ce lien qui unit ces deux femmes aux parcours différents mais unies dans un même esprit d’Amour.

Un esprit très bien capté par Christophe Lidon, assisté par Alison Demay, qui dans sa mise en scène vibrante donne avec humour le ton juste à cette rencontre, dans un décor, à l’image de Madeleine, de Sophie Jacob.

Une création du Off, un texte à découvrir sans réserve mis en valeur par deux comédiennes à la sensibilité bienveillante.
26 août 2021
8/10
6
Corinne Touzet a fait un choix audacieux et malicieux en attribuant le rôle de Madeleine à Raphaëline et en endossant le rôle de France... Peut être pour bousculer les codes, les clichés, les a priori...

Ces deux femmes que tout semble opposer  sont liées par l'absent, omniprésent; L'épouse et la maitresse évincées par une autre imbriquent leur histoire, l'une a tant de questions à poser et l'autre tant de réponses à exprimer...

Une sororité  pointe : " sisterhood is powerful". La complicité des deux comédiennes transforme la confrontation en duo complice où l'humour, la tendresse s'invitent pour une embellie  douce et bienveillante. 

Une analyse juste des rapports amoureux, de la place de la femme, des choix opérés par ces deux femmes face à l'infidélité avérée, avouée et assumée. Deux chemins de vie radicalement différents mais qui se croisent  si  régulièrement...

Une sincérité élégante , un éclairage juste et prégnant, une  très belle mise en scène qui laisse toute sa place à l'intrigue mais aussi à ces duettistes de talent!