Vient de Paraitre

Vient de Paraitre
De Edouard Bourdet
Mis en scène par Jean-Paul Tribout
Avec Jean-Paul Bordes
  • Jean-Paul Bordes
  • Caroline Maillard
  • Jean-Paul Tribout
  • Laurent Richard
  • Théâtre 14 Jean-Marie Serreau
  • 20, Avenue Marc Sangnier
  • 75014 Paris
  • Porte de Vanves (l.13)
Itinéraire
Billets à 25,00
Evénement plus programmé pour le moment

D’Edouard Bourdet on connait principalement Fric Frac et Le Sexe faible grâce au cinéma, parfois on se souvient que Les Temps Difficiles sont entrés au répertoire de la Comédie-Française.

Dans Vient de paraître qui fut créé en 1927 au théâtre de la Michodière et enchaîna 683 représentations il traite des mœurs littéraires, ou plutôt éditoriales, qui n’ont semble-t-il guère évoluées depuis les années trente.

 

Il sait dans cette pièce mêler à merveille les genres dramatiques : comédie de mœurs et fantaisie amoureuse, il ne dédaigne pas non plus le mélodrame conjugal dont l’infidélité demeure le principal ressort.

 

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3 critiques
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Toutes les critiques
19 oct. 2016
8/10
78 0
Jean-Paul Tribout a l'art de retrouver des pièces un peu oubliées des années 1930 à 1950.

Je me souviens avoir pris grand-plaisir au "Donogoo" de Jules Romains qu'il avait monté, et je regrette d'avoir manqué son "Nekrassov". Ici, c'est une pièce d'Édouard Bourdet sur le milieu des hommes de lettres et de l'édition qu'il nous propose.

Pièce inégale (trop longue, elle pourrait finir à l'acte III, sur une excellente réplique pleine d'ironie), mais intéressante et globalement bien faite, d'une satire sans méchanceté. Un éditeur qui a une conception purement commerciale de son métier (joué par Jean-Paul Tribout avec beaucoup d'alacrité et de cynisme bon enfant) veut se venger d'un de ses auteurs, qui a accepté les propositions d'une maison adverse. Alors qu'il avait intrigué pour qu'il décroche le "Prix Zola", il le lâche, et celui-ci est attribué à un parfait inconnu, Fournier (Éric Herson-Macarel), qu'il va prendre sous son aile. Tel est le point de départ, qui situe l'action dans une grande maison d'édition, à la veille de la remise d'un prix. La suite est plus intime: tout se joue entre le nouvel écrivain, en panne d'inspiration pour son second roman, la femme de celui-ci, (Caroline Maillard) et l'auteur évincé, Gilbert Maréchal, un bellâtre (Jean-Paul Bordes). L'éditeur, prenant conscience que l'inspiration ne peut venir à Fournier que d'une souffrance conjugale, va manipuler sa femme pour qu'il retrouve une matière romanesque.

Les scènes satiriques qui brocardent l'incoercible vanité des littérateurs et les méthodes "marketing" de l'éditeur plus soucieux de gros tirages que de talent littéraire, sont excellentes, pétillantes, pleines de mots "rosses" que la mise en scène rythmée de J.-P. Tribout met parfaitement en valeur. D'autres scènes, plus sentimentales, entre Madame Fournier et Maréchal, convainquent moins: elles sont essentiellement là pour faire évoluer la situation, et l'écriture paraît désuète. Jean-Paul Bordes, qui compose un personnage de littérateur imbu de lui-même, force un peu la dose pour mettre une distance ironique avec ce marivaudage un peu daté, difficile il est vrai à jouer au premier degré... Caroline Maillard incarne avec beaucoup d'élégance et d'esprit la femme de l'auteur lancé malgré lui, à la fois éblouie et gardant les pieds sur terre.

Mais c'est Éric Herson-Macarel qui donne la composition la plus marquante, dans le rôle de cet auteur de hasard qui va quitter son emploi de bureau pour le monde des salons. Il s'est composé un personnage à la fois timoré, lunaire (à la Harold Lloyd), et capricieux, et le moindre de ses gestes nous ravit tant la stylisation est réussie, sans pour autant exclure un fond d'humanité, qui le rend touchant. Chacune de ses apparitions a été pour moi un régal. C'est un acteur de grande classe, vraiment, qui avait déjà été un parfait Figaro sous la direction du même Tribout.

Voilà une pièce qui méritait d'autant plus d'être exhumée qu'elle a trouvé le metteur en scène qui lui convient (il y a une "patte" Tribout) et un interprète exceptionnel, dans une distribution de qualité. Une très bonne soirée.
26 sept. 2016
7/10
50 0
Une bonne soirée où nous avons bien ri d'un sujet qui ne me semblait pas très attirant sur le papier et pourtant toujours actuel, il a été écrit en 1927 par Edouard Bourdet : l'attribution des prix littéraires et une ambiance vaudevillesque tirant sur le Feydeau, voilà qui résume la soirée.

J'ai aimé la mise en scène qui sert le texte, ainsi que les décors qui permettent une grande liberté. Les comédiens ont l'air de s'amuser et on est servi par des noms qui ont déja fait leurs preuves : Jean Pierre Tribout (qui est aussi le metteur en scène de cette pièce) qui incarne l'éditeur, découvreur de talents, manipulateur à souhait, Jean Paul Bordes (Voyage avec ma tante) qui incarne un auteur à succès et à conquêtes féminines qui joue à la perfection et Eric Herson Macarel qui est l'auteur au succès imprévu.

A noter : La climatisation du théâtre 14 fonctionne parfaitement bien, voir trop bien, j'aurais aimé avoir une petite laine supplémentaire.
9/10
46 0
Nous aurions pu nous attendre à une pièce un rien désuète au charme un peu fou des années 30, avec ce qu’il faut de triangles amoureux et de cocus ravis. Et bien non, cette agréable et cocasse comédie bourgeoise aux accents vaudevillesques se révèle délicieusement intéressante et nous offre un spectacle brillant et réussi.

Écrit en 1927 par Édouard Bourdet sur l’univers de l'édition, ce texte résonne encore aujourd'hui de ses traits vraisemblables. Bourdet décrit avec une ironie implacable ce milieu littéraire où de jeunes loups avides et de vieux-beaux ringards luttent pour conquérir ou préserver leurs places. Les répliques féroces et drôles servent les situations aux parfums âcres du calcul et de la trahison.

Nous ne pouvons pas nous empêcher, alors, de nous souvenir du texte impitoyable de Thomas Bernhard « Nos prix littéraires » qui, dans cette même lignée, cingle les détours, les contours et les débours éhontés de ce monde-là.

Non contents d’intriguer pour leurs affaires, nous voyons nos prédateurs s’embourber dans des intrigues sentimentales qui ne manquent de piquant coloré et d’humour grinçant. Nous passons de la comédie aux allures sociales au vaudeville, nous amusant des répliques affutées et des situations scabreuses. Tout est bon pour acquérir la notoriété d’un prix littéraire ou tout simplement écrire un livre, jusqu’à faire de sa vie et de celles des autres un jeu de miroirs méprisables et réglables à merci.

La mise en scène de Jean-Paul Tribout met habilement l’accent sur les personnages. Leurs attitudes et leurs relations sont soigneusement dessinées et calées au cordeau. Les situations s’installent alors rapidement et sont fluides à souhait.

Le décor et les accessoires d’Amélie Tribout comme les lumières de Philippe Lacombe et le son de Philippe Latron sont remarquables, suffisamment réalistes et créant les ambiances qui conviennent. Les costumes magnifiques de Sonia Bosc, au soin classieux, apportent une belle prestance aux personnages.

La distribution rivalise de jeux clairs et précis, malicieux et intenses. À noter un Jean-Paul Bordes toujours aussi bon, donnant de la tendresse et de la mesquinerie à son personnage de galant calculateur haïssable. Entouré par des comédiens de haut vol, nous avons là du très beau linge !

Une agréable découverte d’Édouard Bourdet admirablement jouée dans ce spectacle des plus sympathiques. À voir sans hésiter.
8 sept. 2016
8,5/10
42 0
Une vraie ruche cette maison d’édition ! et pour cause, un de leurs romanciers favoris est sur le point d’obtenir le prestigieux prix « Emile Zola ». Maréchal est sur des charbons ardents, très dandy, charmeur, sûr de lui, égocentrique, il patiente chez le directeur Moscat. Ce dernier est confiant et pour cause, les « magouilles » il s’y connait, son « poulain » aura le prix tout est programmé pour cela !

Mais rien ne se passera pas comme prévu, Moscat apprend par un jaloux, la trahison de Maréchal, celui-ci a signé avec une autre maison d’édition. Moscat réussi à faire éliminer Maréchal du prix tant convoité. Ce sera un illustre inconnu qui remportera tous les suffrages. Et voilà que commencera la plus grande supercherie de la maison d’édition ! L’inconnu travaille au ministère, a tout son temps pour écrire ses romans, sa charmante épouse le soutient et le pousse à écrire.

Imbroglio sentimental et littéraire voilà le sujet de cette comédie peu connue d’Edouard Bourdet. L’écriture est incisive, intelligente, Bourdet connaissait son sujet !

La mise en scène de Jean-Paul Tribout est vive, met le texte en valeur, les comédiens ne boudent pas leur plaisir et l’interprétation est de premier ordre. Jean-Paul Bordes traverse l’histoire avec la nonchalance qui sied au personnage, séducteur mais pas trop, Eric Herson-Macarel, l’auteur à succès qui ne s’y attendait pas, fait ressortir toute sa veulerie, Caroline Maillard est au centre de cette joute sentimentale et littéraire et du peu glorieux marché que lui propose Jean-Paul Tribout qui s’est donné un malin plaisir à jouer ce diablotin de Moscat.

Une bonne soirée, on rit beaucoup, et on se délecte de cette histoire toujours d’actualité… et un bon début de saison pour le théâtre 14.
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Rire
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor