Verso Medea

Verso Medea
De Euripide
  • Théâtre des Bouffes du Nord
  • 37 bis, boulevard de la Chapelle
  • 75010 Paris
Itinéraire
Billets de 14,00 à 24,00
Evénement plus programmé pour le moment

Médée accomplit un voyage qui est une œuvre d’amour : sa nature se construit sur sa souffrance et s’en nourrit. Elle choisit la culpabilité !

Son histoire l’exige, c’est sa nature. C’est une barbare qui ne reconnaît d’autre autorité que son propre instinct, pour cela elle s’attache désespérément au concept de liberté. Pour elle, il est rassurant de se croire libre, de pouvoir choisir son propre destin, de pouvoir le faire et le défaire de ses propres mains.

Son appartenance à un groupe familial, à une classe, une nation ou une religion, limite sa présumée liberté, car Médée se sent étrangère de toute façon. Sa tragédie consiste en la difficulté de maintenir conscientes ses pulsions primitives, tout en luttant désespérément, afin qu’elles ne se transforment pas en règles à respecter !
J’imagine un voyage autour du personnage de Médée entourée d’hommes qui sont des victimes de Corinthe.


J’imagine que ces hommes rêvent de ventres fertiles, de vagissements de nouveaux-nés, de rubans et de trousseaux d’enfants attendus. J’imagine l’attrait de ce spectacle dans un lieu plein de grâce et de sons, où l’atmosphère du théâtre lui-même souligne la dramaturgie de l’histoire. Où à meubler suffiraient un chant et un silence. Où la parole de Médée éclate simple et claire.

Note rapide
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33%
1 critique
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67%
Toutes les critiques
22 mai 2016
7/10
132 0
Une pièce étrange et difficile à définir.

Le texte d'Euripide se prête très bien à cette réinterprétation où Médée est la seule à pouvoir offrir des enfants à un village d'hommes-femmes aux ventres fertiles, où l'on retrouve un Jason patriarche et parfaitement détestable.

La scéno est simple et efficace : quelques chaises, des acteurs vêtus de noir qui viennent jouer de temps à autre avant de retourner s'asseoir et deux musiciens sur le côté.

La musique est superbe, le spectacle s'ouvre avec deux voix puissantes et mélodieuses, et leurs instruments et chants viennent accompagner de manière tout à fait naturelle le jeu des acteurs.

Le choeur est vraiment la partie la plus réussi du spectacle selon moi : une bande de commères stériles qui accompagnent Médée dans sa folie, avec un jeu vivant et rapide, tant dans les paroles que dans les gestes (petit plus pour la scène de l'accouchement).
Jason est Jason, peut-être trop macho et caricaturé par moment.
L'actrice qui interprète Médée est très bien mais le parti pris m'a moins plu : une Médée folle et difficile à suivre, alors que depuis Euripide, nous avons fait du chemin, sur ce couple aussi humain que féroce. Elle ne m'a pas touchée alors que son histoire me bouleverse bien souvent.

En somme, une belle pièce mais avec une partie pris qui peut laisser de marbre.
15 mai 2016
9/10
85 0
Médée a été abandonnée par Jason qui s’apprête à épouser en secondes noces la fille du roi de Corinthe. Ce dernier condamne donc la malheureuse infortune à l’exil. Mais Médée attend un enfant, la descendance du mari infidèle.

Et comme dans beaucoup de situations actuelles, le nouveau-né devient moyen de pression sur les sentiments déchirants entre ses deux parents. Ayant soif de vengeance et souhaitant faire souffrir autant qu’elle a souffert, la femme trompée décide, non pas de partir seule et d’abandonner son fils, mais de tuer tout le monde autour de celui qu’elle a aimé : l’enfant, la future femme et le roi sont donc promis à une mort atroce, celle orchestrée par la main de la haine et de la folie.

Comme dans le Roméo et Juliette donné à la Comédie-Française cette saison, nous pénétrons dans la tragédie en douceur, par une scène sur la place du village où cinq hommes incarnent la condition féminine de Corinthe. Ils évoquent la grossesse de Médée que l’un des leurs ressent jusque dans son propre corps. Le prénom de Médée est issu d’un verbe grec signifiant « méditer », lui-même trouvant sa racine dans les verbes « comprendre » et « concevoir ». Si au niveau de la conception, ici de l’enfant du malheur, elle reste fidèle à son nom, en revanche, à aucun moment Médée ne fait preuve de réflexion. Elle se laisse aveugler par la colère et l’envie de venger l’affront masculin qu’elle subit. Nourrie par la souffrance, elle choisit la voie de la culpabilité. Elle est étrangère partout où elle se trouve mais elle est libre. Cette liberté obéit à son instinct et elle pourra accoucher de sa tragédie au moment d’enfanter.

La voix éraillée des Frères Mancuso ouvre le spectacle musical avec un chant profond, renvoyant aux entrailles de la terre. Il n’y a que leurs paroles qui ne seront pas traduites, laissant ainsi le langage universel de la musique imprégner chaque spectateur en venant caresser sa sensibilité. Dans le décor nu mais chargé d’histoire de l’écrin précieux du Théâtre des Bouffes du Nord, Elena Borgogni rejoue la tragédie de Médée qu’elle incarne de manière époustouflante. Tour à tour pleine de douceur en berçant le nouveau-né dans ses bras ou empli de rage face aux hommes, elle est impressionnante. C’est une femme enflammée, sauvage, folle et fougueuse qui se heurte à un Jason macho et détaché qui prend vie sous les traits de Sandro Maria Campagna. Dans son gilet à paillettes, il ne semble pas mesurer le drame qui ne noue, sous-estimant la puissance de la femme blessée, meurtrie et abandonnée. Le malheur qui a brisé le cœur de Médée fait qu’elle veut mourir, n’ayant personne chez qui se réfugier avec sa détresse.

Mais la vengeance couve en elle et elle usera de tous les stratagèmes pour séduire par une danse langoureuse ou un comportement mielleux et tenter d’infléchir les décisions contre lesquelles elle s’insurge, en vain. Alors, après la sublime scène de l’accouchement, la faute est rejetée sur l’enfant qu’elle tuera de ses propres mains furieuses pour ne pas qu’il soit à Jason. Pour le sauver de l’exil, elle aurait tout donné, jusqu’à la mort en cadeau de naissance.

« La vie humaine est obscure et il n’existe pas d’être qui soit heureux ». Verso Medea est une version à la fois âpre, intense et sublime du mythe d’Euripide. Une relecture limpide et efficace qui vient supplanter bon nombre d’adaptations de ce patrimoine grec dont fleurissent les plateaux de théâtre depuis des années. L’histoire de cette femme blessée est bouleversante car débarrassée de tout artifice, de toute magie, pour ne garder que la profondeur de la passion, creusée davantage par les silences ou le chant tellurique et viscéral des frères Mancuso. Emma Dante réussit à nous retranscrire en seulement une heure toute la force mystique, la sauvagerie et la rage folle du personnage emblématique, devenu ici une femme de l’ici et du maintenant, qui pourrait représenter toutes les autres, brisées à un moment ou à un autre de leur vie et dont le mot « raisonnable » n’a plus aucun sens quand le désespoir les envahit et les aveugle.
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor