Une vie de Gérard en Occident

Une vie de Gérard en Occident
  • Théâtre de Belleville
  • 94, rue Faubourg du Temple
  • 75011 Paris
  • Goncourt (l.11)
Itinéraire
Billets à 25,00
À l'affiche du :
8 juillet 2020 au 27 septembre 2020
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C’est l’histoire de Gérard Airaudeau. Dans la salle des fêtes de Saint-Jean-des-Oies, on attend la visite de Marianne une député qui veut rencontrer « des vrais gens ».

Pour patienter Gérard raconte sa vie, sa commune, son pays, sa France des années 70 à nos jours. Gérard, un griot de notre temps !

 

 

Interprétation & mise en scène : Gérard Potier 

Note rapide
Toutes les critiques
25 août 2020
7/10
1
Je n'avais pas lu le descriptif d'Une vie de Gérard en Occident avant de venir écouter Gérard Potier la raconter ... et à mesure que le spectacle se déroulait je retrouvais une proximité avec un univers que je connais assez bien, celui du conte. Quelques noms me venaient à l'esprit, comme s'il pouvait exister une sorte de fraternité entre celui qui était sur scène et certains autres que j'ai pris tant de plaisir à écouter.

La brève discussion que j'ai eue après la représentation avec Gérard Potier m'a surprise par son refus d'être associé à cet art, comme s'il y avait une sorte d'échelle entre la parole d'un conteur, supposée sans doute être en quelque sorte brute de décoffrage, ou disons un peu sauvage, et celle qu'il porte en se situant dans une lignée sur laquelle on trouve par exemple Joël Pommerat.

Et pourtant en lisant le feuillet remis aux spectateurs je lis bien que Gérard est présenté comme "un griot de notre temps". Dans sa notice biographique je remarque qu'il apprend le théâtre, le conte, le chant, la danse, le collectage d’histoires. Qu'il a participé à la création du festival La Roche aux contes ...

Je peux donc me sentir autoriser à dire -et cela de manière positive- que son spectacle s'inscrit dans cet interstice où se glissent les conteurs contemporains quand ils produisent un travail d'oralité entre le réel et la fiction documentaire.

Une vie de Gérard en Occident serait l’histoire de Gérard Airaudeau. Dans la salle des fêtes de Saint-Jean-des-Oies, on attend la visite de Marianne, une députée qui veut rencontrer "des vrais gens". La table est dressée sur des tréteaux avec ses gobelets en plastique et ses chips premiers prix. Pour faire patienter l'assistance, Gérard raconte sa vie, sa commune, son pays, sa France des années 70 à nos jours.

C'est vraiment Gérard (Gérard Potier) qui raconte ... mais c'est en fait l'histoire d'un certain Bernard, vendéen pur souche, que François Beaune a enregistré pendant des heures avant de s'inspirer de son récit pour écrire son livre. Le comédien s'en est emparé ensuite et en a fait son miel en s'appuyant sur ses propres racines puisqu'il est fils de paysan vendéen. Outre son talent il est probable que ce contexte a été un atout.

L'équipe revendique des références à Rabelais et à Coluche. Peut-être à ce dernier dans l'humour noir qui transparaît souvent lorsqu'il s'agit de caractériser le caractère vendéen : ils vivent et se pendent dans le sous-sol de leur maison.

Les culs de plomb estiment que c'est pas la peine d'aller au bout du monde puisque le monde vient chez eux. C'est pourtant sur la chanson de l'Eté indien de Joe Dassin que Gérard et sa femme vont rêver et tomber amoureux. Les paroles promettent un sacré voyage.

Et c'est un sport peu banal, même s'il a le vent en poupe, qui passionne leur fille, le roller derby dont on va apprendre les codes, subtilités est rituels.

Enracinés comme un cep de vigne, mais pas exempts de soucis, notamment d'emploi. Ce sont sans doute les passages les plus difficiles à soutenir, de mon point de vue, que la description des manigances de licenciement et on espère que la députée prendra note de leurs difficulté, en espérant qu'elle arrive.

Gérard Potier joue bien entendu tous les rôles, sans forcer, sans vraiment changer de voix, sauf lorsqu'il mime le travail à l'usine et on pense au si troublant premier roman de Joseph Ponthus, A la ligne. Il trouve les gestes adéquats pour dénoncer la duperie de l'actionnariat ouvrier qu'il nous mime à la manière d'un jeu de bonneteau avec les gobelets vides.

En fait Le comédien a raison. Ce qu'il nous montre n'est pas un conte parce que chez les conteurs il y a toujours une lumière au bout du tunnel, même ténue, même éteinte ... Dans Une vie de Gérard en Occident soit la route fait un coude, soit elle pousse l'individu au bout d'une impasse, avec la justification que c'était joué d'avance : Papa a toujours dit que t'étais con depuis le début !

Et pourtant il y a un grand sursaut : c'est pas quand on meurt qu'on est mort, c'est quand on vous oublie. Alors Gérard a bien raison d'exhumer les copains, Dédé, les collègues, Annie, les enfants ... Il les raconte (conte) avec une sorte d'ironie désabusée et fataliste.

Souvent, il dit ce qu'ils ne sont pas, loin des références imposantes, les Lelouch, De Villiers ou Brel.

Il nous fait réfléchir sur le poids des choses comme le faisait un autre Gérard... Manset, en 1978 avec les paroles de la chanson le Jardin des délices qui clôture le spectacle, avant l'arrivée de la députée qui a peut-être déclaré forfait. C'est vraiment un spectacle qui gagne à être vu en famille, et avec ses enfants (à partir de 14 ans).

Quand le monde autour de toi aura tant changé
Que toutes ces choses que tu frôlais sans danger
Seront devenues si lourdes à bouger
Seront devenues des objets étrangers
Où l'a-t-on rangé
Ce bout de verger

François Beaune est né en 1978 à Clermont-Ferrand. Il a publié chez Verticales un recueil d’Histoires vraies : La Lune dans le puits, 2013 (Folio, 2017) et trois romans : Un homme louche, 2009 (Folio, avril 2011) ; Un ange noir, 2011 ; Une vie de Gérard en Occident, 2016. En 2018, il publie au Nouvel Attila Omar et Greg, sur l’itinéraire politique et social de deux militants marseillais du FN partis de l’extrême-gauche, qui lui a valu le Prix du livre du Réel décerné par la librairie Mollat (Florence Aubenas, Jean-Paul Kauffmann et Philippe Lançon faisant partie du jury).

Né en 1960, Gérard Potier intègre à 18 ans une troupe d’art et tradition populaire. Durant les années qui vont suivre, il apprend le théâtre, le conte, le chant, la danse, le collectage d’histoires. Il participe à la création du festival La Roche aux contes, où il présente ses premiers spectacles, Brin d’amour (1988), Carnaval (1989) et Narcisse (1990). En 1993, c’est Beaux et Courageux qui va l’imposer sur la scène hexagonale et internationale. Passionné par les mythologies familiales il co-écrit avec Philippe Raulet S’il pleut vous ramasserez mon linge à partir de témoignages de sa mère, de ses tantes, des femmes de son entourage. Son parcours est jalonné de rencontres déterminantes. Il travaille avec plusieurs metteurs en scène dont Alain Sabaud, François Rollin, Claude Aufaure, Chantal Morel et Joël Pommerat dans Ça ira (1) fin de Louis.
10 juil. 2020
8,5/10
9
On ira, où tu voudras (A Saint-Jean-Des-Oies), quand tu voudras (Vous avez jusqu'au 27 septembre prochain...)


Comment ! Vous ne connaissez pas Saint-Jean-Des-Oies ?
Enfin ! Mais si ! Saint-Jean-Des-Oies ! En Vendée, dans le 8-5) !
Sa boulangerie-pâtisserie à la si réputée gâche au beurre, son église du XVème siècle, au retable qui figure dans le Le guide du Routard local !
Et sa célèbre salle des fêtes !

Gérard Airaudeau connaît bien, le coin, lui. C'est un autochtone, un indigène du bocage !
Il habite d'ailleurs le troquet tenu jadis par son grand-père ! C'est vous dire sa propension au nomadisme !

C'est lui que nous voyons arriver dans cette salle des fêtes, tenant à bout de bras un cageot rempli d'un cubi de « Réveil du terroir », de gobelets en carton, de chips et autres amuse-gueule.



Dame ! C'est qu'il attend la députée locale, qui lui a demandé de rencontrer de « vrais gens ».
Nous allons l'attendre avec lui, elle doit être en marche...


Alors, forcément, pour patienter ensemble, Gérard va nous raconter son histoire.

Tel est le point de départ du roman de François Beaune, dont a été tirée cette adaptation théâtrale, après un "passage au gueuloir" par le comédien Gérard Potier.


Gérard Aireaudeau, c'est lui. C'est Gérard Potier.

Ce griot, ce raconteur, ce diseur.

Ce rapporteur extraordinaire de l'ordinaire, ce metteur en avant de la poésie du quotidien des vrais gens, cet exhausteur des saveurs locales.

Gérard Potier, ce petit bonhomme aux yeux tour à tour pétillants, malicieux, tristes ou résignés, va nous embarquer dans les méandres d'une vie.
La vie du héros-anti-héros qu'il incarne.

Durant une heure et dix minutes, ce qu'il va nous dire va nous passionner.
Oui, cette vie-là, qui se confond avec l'histoire contemporaine et politique de notre pays, cette vie-là ne peut pas laisser indifférent.

Il va nous raconter le quotidien, petit et grand, avec des détails qui ne peuvent pas être inventés. Le sous-sol/salle à manger vendéen, ça sent vraiment le vécu !

Les personnages qu'il nous présente, Dédé, Boris, Alain et consorts, ils ont eu un modèle vivant, c'est certain !

Il nous fait rire, Gérard Potier. Les anecdotes sont savoureuses, les portraits sont très réussis, les situations sont parfois très cocasses. (Le roller-derby féminin n'a quasiment plus de secrets pour moi...)

Il nous émeut, également. Beaucoup. Notamment dans les dernières scènes.

Mais il y a beaucoup plus.

Cette chronique populaire, « prolétarienne », pour reprendre un terme du registre marxiste de la lutte des classes, va déboucher sur une analyse de mécanismes sociaux et économiques qui montrent le désarroi et l'impuissance de ces « vrais gens » face au capitalisme sauvage.

Ce personnage a connu les désastres de l'actionnariat ouvrier chez le constructeur naval Bénéteau (combien d'ouvriers ont été ruinés après avoir investi leurs économies...), il a subi les plans sociaux chez une entreprise locale, où les employés vivent dans la terreur de l'annonce de la prochaine charrette.

Tout ceci, il nous le dit, tout en simplicité et en force.
Il nous le montre, également, au moyens des gobelets en carton, dans une scène judicieuse et très réussie.

Mais les Gérard (personnage et comédien) nous démontrent aussi que les choses sont plus compliquées et moins manichéennes : à l'Ile d'Yeu, certains avaient pas mal de sympathie pour le dénommé Philippe Pétain.
Plus tard, certains ouvriers du coin, face aux licenciements, se réclament ouvertement de la préférence nationale.
« Les choses enfouies remontent ! », est-il obligé de reconnaître.

Ce moment de théâtre est passionnant.
Parce que la chronique qui est racontée, et la façon dont elle est narrée sont passionnantes.
Et ce, grâce à l'auteur, François Beaune et grâce au comédien Gérard Potier, qui tous deux ont su tirer de ce quotidien en apparence banal et ordinaire, une quintessence quasi-sociologique.

Ces « vrais gens » deviennent des héros, un peu comme dans l'émission-culte Strip-tease.

Ces « gens de peu » nous apprennent finalement beaucoup sur nous-mêmes, sur notre société.

Il faut aller au théâtre de Belleville assister à cette fascinante chanson de geste de tous les jours, à ce très beau livre des petites et grandes heures du quotidien.

J'allais oublier. Pensez juste après avoir réservé votre place à réviser sérieusement le répertoire d'un certain Joe Dassin. Ca pourra servir !
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor