Une télévision française

Une télévision française
  • Théâtre des Abbesses
  • 31, rue des Abbesses
  • 75018 Paris
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Le 16 avril 1987, Francis Bouygues, géant du BTP, acquiert 50 % du capital de TF1 pour trois milliards de francs.

Dans cette privatisation d’une grande chaîne du service public au nom d’un supposé « mieux-disant culturel », Thomas Quillardet voit l’avènement d’une nouvelle ère où les lignes idéologiques entre droite et gauche commencent à se brouiller.

Fruit d’une enquête dans les archives de l’INA (Institut national de l’audiovisuel), Une télévision française s’appuie sur une documentation fouillée pour, au-delà d’un simple documentaire, restituer l’esprit d’une époque.

On assiste ainsi à dix années d’histoire de France conçues comme un voyage physique au coeur de la rédaction de TF1, mais aussi dans les bureaux du pouvoir à travers le vécu forcément subjectif de celles et ceux qui en furent les acteurs.

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13 janv. 2022
9,5/10
3
Drames des années 80,
Mais drames surtout à TF1…

Oui, les années 80. Impossible de s’y tromper.
Le poster de France Gall et la photo de Denise Fabre au mur, les téléphones filaires à cadran rotatif et à trous l’attestent : nous voici retournés dans un passé encore assez proche, à la rédaction de TF1 faisant encore partie du service public.

Nous avions laissé Thomas Quillardet dans le cadre bucolique d’une prairie de la Cartoucherie de Vincennes, pour cette formidable spectacle que fut L’arbre, le maire et la médiathèque.

Voici que nous le retrouvons au Théâtre de la ville - Les Abbesses pour une passionnante et intelligente fresque dans laquelle il va évoquer certes cette chaîne d’info, mais dans laquelle il va surtout nous montrer les dérives d’une certaine forme de journalisme.

Cette pièce est en effet consacrée au journalisme.
Et quel meilleur vecteur pour évoquer le sujet que cette chaîne « mythique » qu’est TF1, qui appartient véritablement au patrimoine français, une chaîne que tout le monde regarde ou a un jour regardé ?

Sur le plateau évoquant la principale salle de rédaction de ce média audiovisuel, tout commence en 1987, à la veille de la privatisation d’une antenne du service public, bientôt annoncée par le gouvernement de l’époque.

A la rédaction du TF1 public, aucun journaliste n’est en mesure d’imaginer que dans quelques jours, il deviendra salarié du groupe Bouygues !

Tel est le point de départ de cette pièce.


Si des tensions règnent au sein des différents services, si des jalousies inévitables existent, si plusieurs visions du métier cohabitent, une certaine éthique règne néanmoins. Encore !

Thomas Quillardet à cet égard, fait dire à l’un de ses personnages une phrase essentielle :

« Nous ne sommes pas là pour jeter de l’huile sur le feu ! ».

Bien vu, non ?

Et puis, c’est le coup de tonnerre. Le groupe Bouygues et son patron « Francis » se voient confier par l’État la chaîne, suite à une audition devant le CSA promettant du théâtre, de l’opéra, de la culture en prime time.
Bien entendu, on sait ce qu’il en est des promesses : elles n’engagent que ceux qui les croient, ou qui feignent de les croire.

L’une des magistraux parti-pris de Thomas Quillardet, au sein de la très belle scénographie de Lisa Navarro, l’une des grandes réussites de cette ambitieuse entreprise artistique est de ne jamais nous montrer d’extraits ni captures vidéo de ce qui s’est passé à l’époque.

Cette pièce de théâtre est avant tout du théâtre !

L’auteur-metteur en scène s’est livré à un impressionnant travail de recherche et de consultations d’archives, et surtout, surtout, il est allé rencontrer et interviewer quantité de confrères journalistes qui ont vécu de l’intérieur ce bouleversement du PAF.

Tout reposera sur l’excellente petite troupe de comédiens.
Des comédiens qui interprètent quel que soit leur sexe ou leur apparence physique les principaux protagonistes de l’époque.

C’est ainsi qu’un grand barbu interprétera… Claire Chazal.
C’est ainsi qu’une comédienne à la taille de guêpe jouera le rôle de Francis Bouygues. (Sa façon de s’exprimer, de se dandiner comme le défunt modèle sont épatantes…)

C’est ainsi que la même autre comédienne jouera les rôles de Christine Ockrent ou de « Poivre », le fameux PPDA. (Ses imitations vocales et ses postures gestuelles sont absolument irrésistibles.)

Sur la scène, un rythme effréné règne.
Avec précision, telle une véritable chorégraphie, les onze comédiens n’arrêtent pas.
Un ballet très organisé se met en place, et l’on ressent parfaitement l’effervescence qui peut régner dans une salle de conf’.

Des petits éléments de scénographie apparaissent, disparaissent, de façon très judicieuse, afin de matérialiser les différents changements… Des logos, un portrait d'un président de la république, des petits fenestrons…. Je n’en dis pas plus.

La démonstration de Thomas Quillardet est édifiante et implacable.
Il nous montre de façon plus qu’évidente ce que cette privatisation a eu en terme de conséquences sur la façon même d’appréhender le métier.

Recherche à tout prix du sensationnalisme, préférence des sujets de proximité (on voit parfaitement comment émerge le journal franchouillard de Jean-Pierre Pernaut) à l’actu nationale et internationale, le cynisme érigé en valeur morale, les annonceurs publicitaires dictant le contenu éditorial de la chaîne, la course permanente à l'audience, j’en passe et non des moindres…

Et puis surtout, surtout, est finement analysée l’émergence en France de l’info en continu, avec ce qui aboutira au lancement de LCI, la chaîne qui mouline l'actu 24h/24.
L’information devient une lancinante machine à jeter de l’huile sur le feu, justement.
CQFD.

Les trois heures entracte compris de cette passionnante reconstitution sociologique, mais peut-être et surtout historique reconstitution historique, ces trois heures-là passent bien trop vite.


Ne manquez pas cette plongée dans cet univers impitoyable à la Dallas.
Ne passez pas à côté de ce spectacle totalement réussi, que ce soit sur le fond ou sur la forme !
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor