Tout mon amour

Tout mon amour
  • Théâtre du Rond-Point des Champs-Élysées
  • 2bis, Avenue Franklin D. Roosevelt
  • 75008 Paris
  • Franklin D. Roosevelt (l.1, l.9)
Itinéraire
Billets à 40,00
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"Tout mon Amour", un huis clos familial haut en couleurs.

Trois personnes (un couple et leur fils) se retrouvent confrontées 10 ans après à leur passé. A l'occasion de l'enterrement du patriarche, le Père, la Mère, le Fils reviennent sur les lieux où s'est déroulé l'évènement qui va faire basculer leur vie : la disparition de "Elle", Élisa, leur Fille, sa Sœur.

"Son retour" va réveiller souffrances et laisser libre cours aux ressentiments, aux non-dits. "Tout mon Amour":  une symphonie en 14 mouvements de la colère et de la douleur. Mais aussi et surtout une danse de l'amour.

 

de Laurent MAUVIGNIER

Note rapide
3,5/10
pour 2 notes et 2 critiques
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Toutes les critiques
24 mai 2022
3,5/10
0
- Mais quelle belle idée Josiane. Aller au théâtre, enfin. C’est vrai qu’avec toutes ces contraintes, et l’élection en plus, j’ai l’impression de ne pas être sorti depuis une éternité.
C’est sur ce mot, toujours risqué pour une personne âgée, que René s’installait dans son fauteuil face à la scène.
- Et puis la douceur du titre… je vous le dis, vous m’avez eu avec le titre. Même pas besoin de parler de contenu, des acteurs, de la mise en scène, tout ça. Pour tout vous dire, cela fait 3 semaines que je me réjouis. Un peu comme une fenêtre que l’on ouvre sur l’océan, dans une maison inconnue, le réveil d’une matinée de ski, un enfant avant Noël. Ah oui, voilà, comme un minot devant le sapin !
Prenant à peine sa respiration, René est enthousiaste mais tellement bavard. Josiane commence à prier pour que ce ne soit que temporaire.
- Et le sujet m’enchante. Quel heureux présage que nous parlions d’amour. Je vais vous avouer quelque chose, Josiane : J’ai autant hâte d’en parler avec vous que de découvrir la pièce.
Si Josiane a bien quelques tentatives pour freiner l’emphatique, elle se dit qu’il a l’air particulièrement heureux. « Honnête et réjouit, voilà une soirée qui s’annonce heureuse » pense Josiane. « Il ne semble même pas subir cette personne, devant, trop grande. Et au parfum trop présent. Ah oui, une pub décatie pour cheveux de riches. C’est quand même dingue ces mecs qui s’accrochent au souvenir de leur toison. Leur dernier concours de kekette. »
Josiane vagabonde pendant que René disserte. Elle se prend à sourire sur cette dernière pensée. Il le constate heureux.
- Vraiment quel enchantement Josiane.
Il pose sa main sur celle de Josiane. La lumière s’estompe doucement sur leurs heureux visages.

Bienvenue en ENFER. 1h30 d’aigreurs, rancœurs et moquerie. 1h 30 d’agressives horreurs. Tout est bruit. Tout est sur un ton qui abîme. Une forme d’échange de déjections de l’âme.
A chaque nouveau hurlement, René se recroqueville. Ses épaules se contractent. Il espère, encaisse, en imaginant un moment un peu tendre. La fin au moins qui parle d’amour ? Donnez-moi une fin heureuse. Ses ongles y passent. Les jambes croisées, il tente en vain de s’endormir. Systématiquement ramené au réel par une nouvelle éructation.

Sur la table de son chiropracteur, il conclut son histoire.
- Vous voyez, docteur, de l’amour, il n’y en avait que dans le titre.
9,5/10
2
Voici un thriller théâtral impressionnant et habile de Laurent Mauvignier, juxtaposant les narrations et brouillant les pistes linéaires de la compréhension. La mise en scène de Arnaud Meunier, complexe et soignée, prend des allures cinématographiques par le biais de tableaux-séquences entrecoupés de noirs et joue des effets et des situations avec un floutage ou une crudité plongeant le récit dans un trouble permanent.

« Le père et la mère se retrouvent aux prises avec leurs mensonges, leurs silences. Dix ans plus tôt, leur petite fille disparaissait. À l’heure d’un nouveau deuil, dans la maison du grand-père, tout le monde se retrouve et s’affronte lorsqu’un événement inattendu réveille le traumatisme. »

Dès la première scène, dans le silence, dépouillé de tout repère, le père (magnifique Philippe Torreton) est là, immobile face à nous. Les jalons du thriller sont alors posés. Le comédien, par la seule présence de son personnage, donne le ton qui sera celui de la pièce. Une tension traversante, sur le fil, ténue et ininterrompue tout le long du récit, chargée d’émotions rentrées ou débordantes qui envoutera les jeux de chacun des protagonistes.

Et nous voici emportés dans les aléas d’une course folle, course vaine ou impossible peut-être, à la recherche de la vérité qui soulagera le doute. Perdus dans le labyrinthe où l’on cherche quelle issue pourra conduire vers le soulagement. Vers cet avènement enfin réussi de la valse-hésitation des attentes et des renoncements accumulés, de l’étourdissement des espérances vaines. Au risque de se confronter à nouveau à la peur de savoir et de regretter. Au risque de réveiller les hantises fantomatiques de ses refoulements. Au risque de perdre la douleur qui a étayé tout le temps perdu à ne plus attendre et le remords de l’avoir remplacer.

L’interprétation en impose, prégnante et significative, tout en force et fragilité mêlées, remarquablement nuancée, comme une symphonie concertante où les pupitres s’opposent et se répondent selon les mesures, dans les crescendos fabuleux et les diminuendos sensibles de la partition. Anne Brochet, Romain Fauroux, Ambre Febvre, Jean-François Lapalus et Philippe Torreton sont littéralement brillants, convaincants et touchants.

Un spectacle captivant, écrit avec un voluptueuse ingéniosité, mis en vie avec adresse et surtout, interprété avec brio. Je recommande vivement.
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor