Splendeur

Splendeur
  • Théâtre 71 Malakoff
  • 71, passage du Théatre
  • 92240 Malakoff
Itinéraire
Billets à 28,00
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Abi Morgan est l’une des scénaristes et dramaturges britanniques les plus douées du moment. Fascinée par la fin tragique des Ceauşescu et hantée par le conflit en Bosnie, elle a déjà réfléchi aux liens entre femmes et pouvoir dans des films comme Suffragette ou The Iron Lady, le biopic de Margaret Thatcher.

Dans Splendeur, elle compose avec humour et sensibilité un portrait-quatuor qui est aussi une captivante machine à jouer où quatre femmes sont chez un chef d’État, en compagnie de son épouse, et attendent son arrivée. L’une d’entre elles, journaliste et photographe, a rendez-vous avec lui. Pourquoi ne vient-il pas ?

Sa femme ne paraît pas inquiète. Chacune observe les autres, détecte leurs non-dits. La tension monte. Les masques vont-ils tomber au cours de ce subtil Rubik’s Cube théâtral aux couleurs de la vanité, de l’envie, de la peur et de la beauté ?

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24 janv. 2020
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Vertigineuse, fascinante, brillante, cette création française de la pièce Splendeur, à la Scène nationale de Sénart !
La metteur en scène belge Delphine Salkin s'est emparée à bras le corps de l'œuvre de l'auteure galloise Abi Morgan, traduite par Daniel Loayza, pour nous donner une véritable leçon de théâtre !
Un vrai choc littéraire et dramaturgique !

La pièce pourrait être sous-titrée En attendant Oolio.

Nous sommes dans la splendeur d'un palais résidentiel, celui du dirigeant Oolio, donc, dans un pays où il neige. (En témoignent les deux étendues blanches à jardin et cour.)
Quatre femmes attendent sa venue.

Sa richissime femme Micheleine, aux deux cents sacs à main tous assortis à ses chaussures, aux sous-vêtements chics La Perla, à l'accent et aux intonations pointues de très grande bourgeoise.
Son amie de trente-cinq ans, Geneviève, aux cheveux mouillés par la neige.
Une photographe américaine, Kathryn, venue shooter Oolio, et sa jeune traductrice Gilma.
Elles discutent, papotent...

Grâce à l'écriture d'Abi Morgan, et c'est là le principal intérêt littéraire de l'entreprise, nous allons assister tout au mong de la pièce à des « actes-rewind », un peu comme lorsque l'on revient plusieurs fois sur une même scène sur son lecteur de DVD.

Sauf que dans le cas présent, il va s'agir en fait d'une vertigineuse lecture-puzzle et kaléidoscopique. Dans chaque « acte-rewind », nous allons nous rendre compte de micro-changements et micro-variations, subtils, insidieux ou plus marqués, qui en étant distillés progressivement, vont finir par nous éclairer sur la terrible réalité du monde qui se trouve devant nous.

Comme dans chaque grand texte nous autres spectateurs allons devoir travailler. Nous allons devoir remettre les pièces du puzzle en ordre, nous allons devoir collecter les informations qui vont nous être fournies au compte-goutte.
Nous allons devoir nous approprier un temps théâtral et global très particulier, composé de plusieurs temps, chacun narré au présent, pour arriver à reconstituer la réalité et surtout la vérité.

Ces quatre femmes mentent, chacune avec sa part d'ombre, de mystère.

Nous assistons en fait à la fin d'un monde, d'un amour, d'une amitié qui tous se fissurent, se délitent impitoyablement, dans une implacable progression. Devant nous, une œuvre de destruction se déroule, devant nos yeux s'écroulent de façon de plus en plus glaçante, horrible parfois, des relations, une société délétère et un pays au système politique épouvantable.

La mise en scène de Delphine Salkin est une remarquable chorégraphie, parfois très cinématographique, d'une précision et d'une rigueur phénoménales.
Et il en faut pour orchestrer toutes les variations de cette diabolique partition, d'autant, me disait-elle lors du passionnant bord-plateau qui a suivi, que les didascalies ne sont pas si nombreuses que cela...

Et puis bien entendu, ce texte nécessite d'avoir sous la main quatre exceptionnelles comédiennes.
Je pèse cet épithète « exceptionnel ».

Christiane Cohendy (Micheleine), Roxanne Roux (Gilma), Laurence Roy (Geneviève) et Anne Sée (Kathryn) vont toutes déployer leur large palette de jeu et leur très grand talent, pour interpréter ce texte très ardu.

En effet, elles doivent composer dans chaque « acte- rewind » avec des répliques dites précédemment par leurs camarades, avec ou sans légers changements, avec des ruptures magnifiques. Leurs différentes actions sont également reprises, échangées, leurs déplacements varient eux aussi subtilement.
Ce qu'elles font est phénoménal. D'autant que l'aspect performance doit se faire oublier au profit de l'émotion et de la vérité du jeu.
Chapeau Mesdemoiselles ! J'étais très sincèrement admiratif !

Un autre élément vient nous permettre la prise d'indices et d'inférences de cette réalité : la création sonore.
Pascale Salkin, la sœur de la metteure en scène, a composé une partition musicale et sonore d'une très grande richesse, qui participe non seulement à l'ambiance qui se dégrade, mais qui nous aide également à nous y retrouver.
Des nappes de cordes, des sons étranges, des bruits plus ou moins rapprochés, latéralisés,spatialisés, viennent eux aussi nous renseigner.
Là aussi, du grand art.

J'ai été très impressionné par cette entreprise artistique.
Personne ne peut sortir indemne de cette pièce, à laquelle il faut vraiment assister.
Après la création à Sénart, elle partira en tournée, notamment très prochainement à Malakoff.

Nul doute que Splendeur se retrouvera sur le plateau d'une très grande scène nationale parisienne.

Cette pièce est appelée à devenir un classique théâtral du XXIème siècle, et sa création française restera à n'en pas douter dans les annales.

Il est des pièces auxquelles un critique est fier d'avoir assisté, et d'être l'un des premiers à avoir écrit un papier à son sujet.
C'est mon cas, avec Splendeur !
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor