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Scènes de la vie conjugale

Scènes de la vie conjugale
De Ingmar Bergman
Mis en scène par Nicolas Liautard
  • Théâtre national de la Colline
  • 15, rue Malte-Brun
  • 75020 Paris
  • Gambetta (l.3)
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Johan et Marianne sont mariés depuis dix ans et vivent heureux avec leurs deux filles. Lui est professeur de psychologie, elle une avocate spécialiste du droit familial. Lors d’un dîner, ils assistent à la violente dispute d’un couple d’amis. Commence alors une remise en question de leur relation…

Nous sommes en 1973 lorsque Bergman vient de terminer le tournage de "Cris et chuchotements", mais peine à trouver un distributeur. Pour tromper son impatience, il s’oriente vers la télévision pour aborder l’un de ses thèmes favoris : la vie de couple.

Contraint par un budget limité, Il écrit en quelques semaines le scénario de Scènes de la vie conjugale, le tourne rapidement avec ses acteurs fétiches. Au final, une radiographie brûlante des relations amoureuses, une oeuvre sublime où la vie palpite comme rarement.

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Toutes les critiques
26 janv. 2016
8,5/10
75 0
Marianne et Johan ont tout du couple idéal.

Mariés depuis dix ans, ils sont parents de deux filles et semblent épanouis dans leur travail. Lui est professeur de psychologie et elle est avocate spécialisée en droit familial. Un bonheur sans nuage en apparence jusqu’à ce soir où ils reçoivent un couple d’amis, Katherine (Sandy Boizard) et Peter (Nicolas Liautard), à dîner.

Regardant un témoignage d’un couple idéal, la conversation va peu à peu glisser et déraper jusqu’aux confidences féminines faites dans la salle de bain hors plateau, retransmises sur l’écran, puis à l’explosion verbale du couple d’amis où les répliques fusent. La querelle de leurs invités va sonner pour eux le début d’une remise en question de leur propre relation, notamment après un avortement pas vraiment désiré. A travers six tableaux, six épisodes comme six étapes de leur relation amoureuse, leur couple va se disloquer sous nos yeux et faire voler en éclat une vie conjugale passée où les errances ont pris le pas sur le bonheur. La rupture devient une évidence, jusque dans les situations extérieures à la cellule familiale comme par exemple lorsque Marianne s’entretient avec Madame Jacobi (touchante Nanou Garcia), une femme qui vient la consulter au cabinet et qui souhaite divorcer après vingt ans pour le motif qu’il n’y a pas d’amour dans son couple. Nous les observons s’aimer puis se déchirer, soumis aux affres du temps, dans une relation humaine décrivant toute la complexité du sentiment amoureux, lui aimant de façon égoïste et elle de manière excessive. Mais l’amour ne peut être parfait car il est humain. Il leur faudra un parcours semé d’embûches pour s’en apercevoir et l’accepter.

Ingmar Bergman a écrit ces scènes en 1973 pour une série diffusée à la télévision. Les adapter au théâtre nécessitait une forme particulière afin de garder cette idée de proximité et d’intimité du couple dans lesquelles le spectateur s’immisce par voyeurisme mais aussi par identification dans une situation miroir qui lui renvoie l’image de son propre couple ou de celui qu’il idéalise. La proposition de Nicolas Liautard se montre à la hauteur du projet. Dans un dispositif bi-frontal autour d’un plateau dont la scénographie transcrit un intérieur chaleureux, le metteur en scène gomme la mise à distance imposée par le théâtre pour renforcer l’intimité du couple mis à nu devant nos yeux. Leurs fissures apparaissent, s’élargissent puis brisent l’image d’un couple parfait en surface mais qui n’existe déjà plus, enfouis sous les reproches et les non-dits. A travers la séparation destructrice et dévastatrice de ce qu’il y a de plus profond, de plus intime et la violence psychologique et mentale qui laissera forcément des cicatrices, Nicolas Liautard met en scène la vie dans ce qu’elle a de plus réelle, sur un plateau qui se vide au fur et à mesure que les sentiments se mettent à nu, jusqu’à devenir totalement vierge, disponible pour une autre histoire.

Pour servir cette histoire commune, il peut s’appuyer sur deux comédiens d’exception. Fabrice Pierre et Anne Cantineau sont bouleversants de justesse, jusqu’à nous faire oublier qu’ils sont acteurs tant le processus d’identification est fort. Lui est parfait en mari fort qui tente de faire face et de garder la face que lui impose sa condition d’homme en prenant une maîtresse plus jeune. Elle est touchante dans leurs face-à-face piqués à vif. Malgré quelques longueurs dans la première partie, l’intensité du jeu triomphe jusqu’à l’apothéose de cette vie où chacun étouffe. La langue de l’ici et du maintenant est reçue comme un aimant et agit en nous avec force, faisant éclore la vérité vraie, celle que l’on dissimule derrière l’indicible. L’intervention presque finale de Michèle Foucher, poignante dans le rôle de la mère, apporte une sorte de sagesse, de réflexion sur le couple nourrit par le temps et l’expérience. Tout résonne en nous dans ces paroles libérées jusque dans les mots chuchotés comme un secret en fin de parcours.

Ingmar Bergman peint la réalité d’une vie de couple qui n’a rien d’un long fleuve tranquille et qui doit surmonter des hauts, des bas, des non-dits, des choix et des difficultés engendrés par le fait d’unir sa vie à celle d’autrui. Le théâtre ici apporte son lot de questionnement, d’identification, de réflexion, le tout renforcé par une proximité parfois dérangeante des corps nus et des sentiments intimes exposés à nos consciences dans des scènes parfois crues qui nous malmènent mais toujours d’une justesse inouïe. C’est beau, sincère, révélateur. Une pièce qui trouve le juste milieu entre la force et la fragilité humaines comme on aimerait en voir plus souvent. Savoir aimer est un don qu’il faut parvenir à trouver au fond de nous pour le ramener à la surface et accéder au bonheur, même éphémère.
25 janv. 2016
7,5/10
57 0
Où il nous est démontré avec brio dans scène de la vie conjugale que le couple n’est pas une fiction mais ce qui reste après la fiction.
Le spectateur rentre dans la salle alors que la pièce est déjà commencée et le postulat de base est mis en place : le spectateur va assister au spectacle d’un couple qui se met en scène : libre à lui de partir ou rester, cela se déroulera même s’il n’est pas là, car les acteurs ne sont pas des acteurs ils vivent et jouent eux même des acteurs qui jouent.
Le spectateur devient voyeur (y compris dans le sens sexuel du terme) d’un théatre-réalité sur l’intimité d’un couple.

Toute la mise en scène est fondée sur cette mise en abyme première : sonorisation des répétitions de la pièce dans les inter-scène, changement de décor et de costume ayant lieu sur les cotés du plateau, utilisation des séquences vidéo jouées hors plateau réduisant le spectateur à un rôle de téléspectateur d’une omniprésente télévision.
Ces procédés, qui peuvent paraître au début scénographiquement un peu lourd, ne se révèlent au fil des scènes qu’un palliatif à la vacuité du couple du départ, le paraître, la démonstration.
Au début on n’adhère peu à ce couple improbable et inconsistant qui se proclame harmonieux (l’alchimie entre les acteurs n’étant pas automatique), puis le charme s’insinue à travers les colères, les trahisons, les fausses retrouvailles, malentendus et espoirs déçus et produit une montée addictive.

Au fil de la pièce le décors et les accessoires vont en s’amenuisant, les procédés de mise ne scène s’effacent, la mise en abyme elle même disparaît : plus personne ne joue : on vit c’est tout. Plus chaque individu de ce couple atteint sa vérité et plus le couple devient couple, moins il est besoin d’artifice, moins il joue.
Tout n’est alors plus que suggéré par les mots : le face à face et le dialogue deviennent l’essentiel , les situations se condensent, le verbe est plus direct, pour faire mieux ressortir la simplification des sentiments…
Johan et Marianne finissant dans la pénombre, immobiles et chuchotant …

Les deux acteurs sont troublants de naturel et de vérité, Anne Cantineau vivante sur le plateau tout simplement. Fabrice Pierre est sans doute moins nuancé dans son rôle égoïste patenté (le rôle de Johan est moins complexe que celui de Marianne) , mais son indéniable charme tend à balayer les réserves qu’on pourrait avoir sur son jeu peut être plus monolithique (on le souhaiterait différent dans la scène où il craque).
Phénomène d’emprise de la pièce sur le spectateur, les réactions des couples dans les gradins (la configuration de la salle permet de voir les spectateurs « en face », ce qui fait aussi partie de la mise en abyme) : on sent des mains qui se cherchent, des chuchotements à l’oreille, des regards vers l’autre qui regarde la scène puis quelques instants plus tard de l’autre vers l’un qui regarde la scène, des postures physiques (rapprochement , écarts) indiquant que ce qui se passe sur scène n’est pas étranger à ce qui se passe dans les vies qui regardent ces scènes.

Plus c’est long, plus c’est bon : au final , on en aurait bien encore pris une heure…
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor