Samia

Samia
Mis en scène par Steve Suissa
  • Théâtre Libre - Comédia
  • 4, boulevard de Strasbourg
  • 75010 Paris
  • Strasbourg Saint-Denis (l.4, l.8, l.9)
Itinéraire
Billets de 18,00 à 36,00
Evénement plus programmé pour le moment
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De Pékin à Lampedusa Une odyssée contrariée Courir, courir, courir…

Samia, c'est l'histoire d'une jeune athlète somalienne morte de son rêve à 21 ans. Sa passion : l'athlétisme. Son rêve : représenter son pays, la Somalie, aux Jeux Olympiques de Londres en 2012.

C'est de cette passion que Samia tirait sa flamboyance et sa force pour survivre dans un pays déchiré par la guerre. Après une première participation aux JO de Pékin, au prix d’énormes sacrifices, et malgré le mépris des autorités de son pays qui l’empêchent de s’entraîner, Samia décide, avec un courage et une détermination sublimes, de gagner l’Europe pour préparer les JO de Londres.

Samia n’atteindra jamais les côtes italiennes. Comme des milliers de migrants, elle meurt dans un canot pneumatique en Méditerranée. Raconter ce destin brisé au printemps d'une vie, c'est espérer que le monde change.

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6 nov. 2019
8,5/10
2 0
« Samia » un texte de Gilbert Ponté mis en scène par Steve Suissa et interprété par la rayonnante Malyka R. Johany sur la scène du théâtre La scène libre.

Une histoire banale, comme malheureusement on en entend tous les jours, celle de ces migrants qui fuient leurs pays plongés dans le chaos, où l’avenir n’existe plus, et qui se noient à quelques dizaines de mètres des rivages de Lampedusa.

Une histoire bouleversante, celle de cette adolescente, cette future athlète, à l’avenir prometteur qui disparaît dans l’indifférence totale au début de son âge adulte, aux portes de pouvoir réaliser son rêve : participer aux jeux olympiques de Londres de 2012.

Samia née Samia Yusuf Omar à Mogadiscio en 1991, vit dans un pays bordé par l’océan indien, composé essentiellement de plaines arides, que l’on surnomme « La corne de l’Afrique » : la Somalie.
Un pays qui a connu brièvement la démocratie mais qui en 1991, à la chute du président Siad Barre, tombe dans la guerre civile, entravant toute possibilité de développement économique. Un pays où deux clans se déchirent, apportant les pillages, la famine, les maladies : la mort.
Deux clans opposés et plus motivés à l’appât du gain qu’au retour à la démocratie qui empêcherait les « seigneurs de la guerre » de se livrer à leurs trafics, leurs contrôles de la nourriture et des armes.

Mogadiscio terre de révolte, terre de malheur, terre de souffrance, terre contrôlée par les islamistes, qui vit éclore à l’aurore de son drame une fleur au joli nom de Samia, une petite merveille au sourire prometteur mais qui en tant que femme n’avait aucun droit. Seul l’homme, au nom de la charia, pouvait et encore malheureusement de nos jours, lui dicter sa conduite sous peine de sanction pouvant aller jusqu’à la mort. Des islamistes qui eux par malheur ont pu traverser la méditerranée…

L’année de ses seize ans marque un tournant dans la vie de Samia. Son père est tué en pleine rue de Mogadiscio, elle doit arrêter ses études et en tant qu’aînée aider sa mère à élever ses cinq frères et sœurs. Sa mère peut alors consacrer plus de temps à la gestion de l’épicerie familiale.
Cette frêle jeune fille perd tout espoir avec un destin brisé par la guerre. Comment à cet âge rebondir, se construire devant tant de haine, de déchirement. Le sport, l’athlétisme en particulier, sera la passion qui lui permettra de rêver, de s’évader.

Il lui faudra beaucoup de courage et d’inconscience pour s’entraîner dans un pays où le short n’était pas autorisé, où la femme devait vivre cachée, ne pas tenter le regard des hommes.
Elle puisera dans le sport cette force indispensable à sa survie. Il n’y avait plus qu’une chose qui comptait pour elle : courir, courir et toujours courir. Ce n’est pas pour rien qu’on la surnommait « la gazelle ».

Avec beaucoup de détermination et d’entraînement elle réussit à être qualifiée et participer aux jeux olympique de Pékin de 2008. Un 200 mètres où ses concurrentes lui mettront plus de dix secondes dans la vue, à sa décharge ses baskets avaient deux pointures de trop, mais qu’importe elle représentait fièrement les couleurs de son pays.
C’était sa victoire, rendez-vous compte, elle courut aux côtés d’une légende : Veronica Campbell-Brown.

Un bonheur indéfinissable vite oublié devant ce qui l’attendait à son retour en Somalie.
Un seul objectif lui donnait la force de vivre au milieu du chaos : représenter une nouvelle fois son pays aux jeux olympiques de Londres de 2012.
Seulement voilà, c’était sans compter avec la folie des hommes qui lui brisèrent net son destin. Une femme selon les autorités ne pouvait pas courir en public. Cet affront à la charia était intolérable pour tous ces islamistes vivant encore à l’âge de pierre.

Mais devant tant de détermination, de courage, elle ne pouvait que fuir son pays, et par conséquent abandonner sa famille et trouver un pays qui l’accueillerait et lui permettrait de s’entraîner dignement.
Une fuite comme pour tant de migrants, confrontés aux mêmes dilemmes, qui n’était pas sans risques.
Une traversée du désert impitoyable, en plusieurs jours, avec à la clef un viol, prix de la liberté.
Un viol qui engendra un petit être dans le ventre de cette adolescente devenue femme et qui à ses vingt et un ans, écrasée au fond du bateau, sombra dans les eaux de la méditerranée. Un rêve brisé net par la cruauté des hommes.

Malyka R. Johany incarne avec générosité et une très belle présence sur scène cette Samia aux valeurs humaines, à la passion cadenassée par le poids de la bêtise humaine, qui a risqué sa vie pour réaliser son rêve. Elle est tout simplement Samia.
Son sourire éclaire avec bonheur cette nuit qui s’annonce dans la terreur, ses chants apportent de la joie, de l’émotion dans le cœur, le corps meurtri de cette sportive combattante et nous font oublier le temps d’un instant trop court les horreurs de la guerre, de son destin brisé.

Un jeu bouleversant mis en scène pudiquement par Steve Suissa, mettant en avant l’être humain. Une mise en scène éclairée par les différents tissus marquant les étapes du combat de Samia, aidée par des vidéos par certains côtés terrifiantes. Il accompagne délicatement, dans les belles lumières de Jacques Rouveyrollis et la musique de Maxime Richelme, Malyka dans cette course poursuite de l’espoir.

Gilbert Ponté dans une écriture fluide, réaliste, décrit avec sobriété le parcours de Samia, cette athlète semblable à beaucoup de migrants qui n’atteindront jamais leur havre de paix.
Une histoire qui contribue à notre réflexion sur l’immigration de toutes ces personnes qui fuient leur pays pour survivre au risque de mourir.
18 oct. 2019
9/10
25 0
« A 17 ans, on n'a peur de rien. Surtout, lorsqu'on vient de Mogadiscio. »
Mogadiscio. Somalie. La corne de l'Afrique.
La famine, la pauvreté, le chaos qui touchent dans les années 2000 plus de deux millions d'habitants.

Un chaos organisé, contrôlé par les « seigneurs de guerre » jusqu'en 2006, date à laquelle des islamistes prennent le contrôle de la capitale, qu'ils dirigent sous le nom d'Union des tribunaux islamiques.
Un régime très dur, notamment envers les femmes. Encore et toujours, les femmes premières victimes du fondamentalisme.

La pièce de Gilbert Ponté nous raconte le destin de l'une de ces jeunes somaliennes.
Samia Yusuf Omar.
Une histoire tragique et vraie.
Samia est une athlète, une sprinteuse qui en dépit de la misère, des conditions épouvantables d'entraînement, participera aux Jeux olympiques d'été de Pékin, en 2008.
C'est l'équipe du Soudan qui lui donnera une paire de chaussures de sport, trop grandes de deux pointures.

De retour à Mogadiscio, elle décidera de tout quitter et de tenter d'émigrer en Europe, via le désert du Soudan et la Méditerranée. Comme des centaines de milliers d'êtres humains.
Cette course-là, elle ne la terminera pas...

Malyka R. Johany, mise en scène par Steve Suissa, incarne cette jeune femme.
De façon bouleversante.

Ce que nous donne la jeune comédienne est d'une force, d'une puissance remarquables. Et souvent d'une vraie drôlerie. Parce que malgré tout, des traits humoristiques pointent de cette tragédie,
De l'interprétation de Mademoiselle Johany se dégagent une fraîcheur, un charisme et une vraie grâce.

Les spectateurs croient immédiatement au personnage.
La comédienne apparaît pieds nus, en T-shirt blanc et pantacourt noir de sport. Elle chante une très belle complainte du pays.
Elle est véritablement Samia.

Une justesse sans faille et un engagement total vont nous bouleverser.
A mesure qu'elle nous déroule l'histoire tragique de la sportive, la comédienne nous montre la souffrance. Sportive et humaine.

Elle va nous faire comprendre.

Nous voyons évidemment à la télévision, ces bateaux de migrants dans lesquels se serrent des hommes, des femmes, des enfants qui ont choisi de partir.
Des gens qui ne sont pas certaines d'arriver à bon port, notamment à Lampedusa.

Gilbert Ponté, l'auteur, Steve Suissa, le metteur en scène et Malika R. Johany nous font comprendre que derrière ces « migrants », on trouve avant tout des êtres humains.
Des êtres humains qui n'ont d'autre choix que de quitter leur pays devenu hostile, en proie à la guerre, la misère.
Des êtres humains qui sont tout sauf anonymes.

Steve Suissa met en scène la pièce avec l'efficacité qu'on lui connaît.

Il a repris très judicieusement le principe du réalisateur Brian de Palma, qui consiste à dilater les temps de récit très courts.
C'est ainsi que la course de Samia, ainsi qu'un autre moment se dérouleront au ralenti. Nous saisirons ainsi les difficultés d'être une athlète somalienne en 2008, et surtout d'être une athlète-femme.

De plus, le metteur en scène va s'appuyer sur des pans de tissus de différentes couleurs, avec lesquels la comédienne va se faire des costumes traditionnels.
Ainsi qu'une sorte de Burqa...

Le dernier voile est de couleur claire... Ce sera un linceul.

Une fois la lumière revenue après le noir final, les applaudissements nourris et très sonores éclatent, les Bravi fusent !

Il est des pièces coup de poing.
Celle-ci en est une.
Une pièce coup de pied, même, en l'occurrence.

Ces soixante-dix minutes nous confrontent à une terrible réalité.
C'est également l'une des fonctions du théâtre que de décrire le monde tel qu'il ne va pas.
Voici un magnifique et bouleversant spectacle nécessaire dont on ne sort pas indemne.
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor