Philippe Meyer, ma radio

Philippe Meyer, ma radio
  • Lucernaire
  • 53, rue Notre-Dame-des-Champs
  • 75006 Paris
  • Notre-Dame-des-Champs (l.12)
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Certains épousent leur professeur de théâtre. Lui s’est mis à la colle avec celle qui fut sa baby-sitter : la radio. 

Enfant, elle lui tenait compagnie dans une maison vide d’amour. Dans le gros poste Telefunken Deutsche Qualität, comme dans la voix de Charles Trenet, il voyait briller la mer, des abbés à bicyclette, des soldats bardés de fer, le 14 Juillet en fête, …

Le monde n’arrivait jusqu’à lui qu’en empruntant des timbres de voix. Il les a encore à l’oreille.  Pensionnaire, le poste à galène, caché sous les draps, lui offrit quantités de lignes de fuite et d’issues de secours, payables de quelques dimanches de colle. Etudiant, la radio le présenta à la chanson : il ne la quitta plus.

Elle devint pour lui une famille, un refuge, une force, une échappatoire, un bien enfin commun. A 30 ans, au sortir d’une adolescence qui n’avait que trop traîné, la radio et lui officialisèrent leur liaison. Ensemble ils naviguèrent d’ondes en ondes nouant au passage avec des inconnus des deux sexes et des trois âges des amitiés à la vie à la mort qu’aucune rencontre n’abîma jamais.

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P B
19 mai 2019
8,5/10
1 0
Magnifique le seul en scène de ce journaliste qui a longtemps fait les beaux jours de France Inter. Une sorte de veillée ou le grand père vous raconte sa vie bien remplie. Et un peu aussi les coulisses de l'audiovisuel.

C'est frais chantant et avec un français extrêmement châtié et precis !
"Une voiture bleue ne peut pas être rutilante ...." je vous laisse chercher.
3 mai 2019
8/10
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Un joli moment en compagnie de Philippe Meyer le facétieux, qui nous narre ses passions : les chansons, la radio, les mots...

Une causerie truffée de "bons mots", dans une langue choisie et délicate.
Accompagné d'un accordéoniste, il pousse la chansonnette pour explorer un répertoire qui ne date pas d'hier, mais nous replonge dans une époque que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaitre !
2 mai 2019
7,5/10
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Philippe Meyer a été (il l’est peut-être encore) professeur à Sciences Po, journaliste à l’Express, producteur à France Culture, critique au Point, écrivain ... une chose est sûre, c’est un homme de radio depuis plusieurs décennies et il le sera toute sa vie. Vous êtes sans doute nombreux à connaître sa voix parlée et ses formules. Nous vivons (toujours) une époque moderne.

Il est en ce moment sur la scène du Lucernaire où il fait bien plus que raconter ses souvenirs. On passe en sa compagnie une soirée formidable. J’en reviens.

Philippe Meyer surprend et régale le public en commençant la soirée par une chanson disant en substance qu’il fait beau, qu’il fait chaud et qu’on est bien.

Cette première chanson sera suivie de beaucoup d'autres car même si ce spectacle est une "causerie" Philippe Meyer ne peut pas s'empêcher de chanter. Il a la variété dans le sang. Ce n'est pas un hasard s'il anima si longtemps l'émission "La prochaine fois, je vous le chanterai", le samedi midi sur France Inter.


Quand je m'ennuie, je chante, dira-t-il au cours de la soirée. On espère juste qu'il ne s'ennuie pas en notre compagnie. Nous, on se régale. Cet homme a un vrai talent de conteur.

Peu importe que Il fait beau remonte à 1975, à Guy Béart et aux Frères Jacques, qu'il a découverts à l'âge de neuf ans, au Théâtre des Champs Elysées. L’interprétation toute en finesse instaure un climat de complicité. Il est probable que par la suite certaines de ses confidences font référence à des personnalités que le grand public ne connaît plus mais comme il imite leurs voix à la perfection son spectacle peut plaire à tout le monde.

Il n’est pas nécessaire de savoir qu’Edgar Faure fut président du Conseil sous la IV ème République pour apprécier son sens de la repartie. Cet homme avait inventé un curieux régime pour perdre du poids, que Philippe Meyer nous donne en adoptant la voix zozotante de l’homme politique. J’enchaîne un whisky (pour indiquer à mon cerveau que c’est l'heure de l’apéritif) et un café (pour lui faire croire qu'on est rendu à la fin du repas). Philippe Meyer ne nous dit pas si cela a marché, mais la salle rit de bon cœur.

On remonte le temps en sa présence. On le voit devant le TSF, puis le transistor qui le fascinait dans son enfance. Les voix comblaient l'absence des adultes. Il n'aurait pas raté La Tribune des critiques de disques chaque dimanche après-midi dont il ne comprenait pas vraiment la nature des échanges, trop intellectuels, mais l'exercice de l'argumentation a formé son oreille et a probablement nourri une vocation qui se révèlera plus tard.

On révise les grandes heures de la radio ... depuis une époque où la concurrence n'étant pas ce qu'elle est aujourd'hui, quelqu'un qui "passait dans le poste", qu'il soit radiophonique ou ensuite télévisé, était assuré de faire davantage que le buzz. L'audimat minimum était de six millions de personnes. Quelle web radio pourrait rêver mieux ? C'était la célébrité garantie ... si l'on avait bien sûr quelque talent.

La radio apportait les bruits de l'extérieur à travers la publicité à des français qui, sortant tout juste des restrictions de la guerre, avaient une envie folle de consommer. Il reprend les gimmicks de quelques spots restés fameux ... à en croire la ferveur avec laquelle la salle (presque) entière finit ses phrases en chantant en choeur, notamment un couplet sur Monsavon.

Il se souvient de Signé Furax, le feuilleton radiophonique créé par Pierre Dac et Francis Blanche en 1951. Il y aura plus de 1000 épisodes. Egalement Les maîtres du mystère, un programme de théâtre radiophonique policier, imaginée par Pierre Billard, concepteur, réalisateur et producteur, dont le générique si particulier (créé par André Popp) qui donnait le frisson chaque mardi soir, de 1957 à 1965.

Il évoque ou imite des voix qui furent longtemps des repères pour les auditeurs, comme Lucien Jeunesse et son jeu des mille francs, Macha Béranger, dont on suivait avec émotion les émissions de nuit.


Il devient sarcastique, mais juste, en racontant qu'enfant il s'étonnait qu'on puisse faire carrière sur les ondes sans avoir une voix radiophonique. Pour preuve celle chevrotante d'Albert Simon, présentateur météo d'Europe 1 dont il situe l'accent à mi-chemin entre le bourguignon et le roumain ...

On comprend que très vite la radio est devenu une passion, d'abord comme auditeur, puis comme journaliste, presque par hasard néanmoins car il n'était pas destiné à exercer ce métier. Il a 20 ans en mai 68 et fait ses études à Nanterre. Il milite aux cotés de Paul Ricoeur. Il deviendra éducateur dans un club de prévention de la délinquance. On a le sentiment que la radio s'éloigne. D'ailleurs il part au Québec pour étudier les réponses que ce pays apporte à la délinquance juvénile. Il s'intéresse à beaucoup d'autres choses encore et y forgera une grande amitié avec un chanteur peu connu en France à l'époque (mais tout de même) Gilles Vigneault dont il nous fait le plaisir de nous interpréter Les gens de mon pays, que le québécois chantait depuis 1965.

Il prépara une thèse de doctorat en sociologie qui aurait pu le faire entrer au CNRS. Un jour une rencontre change sa vie ... sur le plateau télévisé du Grand Echiquier, une émission qu'on peut qualifier de culte, animée par Jacques Chancel (qu'il ne nous imite pas poser sa question devenue fameuse : Et Dieu dans tout çà ?) à qui il soumet une idée d'émission sur le monde de la télévision, que les bourgeois de l'époque considéraient alors avec une certaine hauteur.

Finalement ce sera Telescopages, sur France Inter (1982-1989) où son premier invité est un agoraphobe notoire, scénariste de Roman Polanski, Gérard Brach. Il se trouve que Simone Signoret était à l’écoute et qu'elle a aussitôt fait savoir qu'elle serait cliente du petit Meyer, si celui-ci le souhaitait. Il a fait plus, en devenant son ami.

Il nous offre d'autres savoureuses anecdotes, en particulier ses déjeuners de travail avec Ivan Levaï (que j'ai connu à Europe 1), et règle quelques comptes avec divers responsables de programme avec un humour léger parce qu’il vaut mieux montrer ses cicatrices plutôt que ses muscles. Il ne fut ni le premier ni le dernier à subir les changements ... politiques qui entraînent des licenciements en cascade. La presse paie souvent cher sa liberté de pensée.

Cet homme a un talent de conteur et de chanteur. Accompagné à l’accordéon par son complice Jean-Claude Laudate il nous fait passer une bonne soirée

J’ai été attentive à son opinion sur l’évolution de la radio depuis les premières TSF qui préfiguraient l’écoute en wifi qui ne surprend personne aujourd’hui jusqu’au nouveau mode d’utilisation offert par les podcasts dont il dit qu’ils consistent à proposer aux auditeurs des choses dont ils ne savent pas encore qu’ils en auront envie.

Pas de "replay" pour ce spectacle, vivant, de Philippe Meyer qui est très applaudi par une salle composée de beaucoup d'admirateurs. Vous l'apprécierez même si vous ne le connaissez pas. Il vous fera partager ses deux amours, la radio et la chanson, ... pardon trois, la radio, la chanson et ... Paris (mais pour le comprendre il faudra attendre les saluts) !
25 mars 2019
9,5/10
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Cet homme est mon Maître, mon Modèle.
Ma référence absolue en matière d'écriture radiophonique, une icône à qui je dois tellement dans le cadre de mes propres émissions, de mes propres chroniques sur Radio-France.

Si je devais comptabiliser le temps durant lequel je l'ai écouté, cet homme-là, de l'autre côté du poste, (ou quelquefois derrière la vitre du studio, sans jamais oser l'aborder après l'émission, tellement impressionné que j'étais), le total de ce compte-là s'exprimerait en années.

Cet homme est un conteur. Un diseur.
Un brillant causeur venu nous faire une délicieuse et délicate conversation.

Philippe Meyer.
Le spectacle qu'il nous propose est une déclaration d'amour.
A la radio. A SA radio. Celle qu'il aime, celle qu'il a faite, celle qu'il continue de produire.

Celle qu'il écoutait, petit, dès 9 ans, La tribune des critiques de disques, Les maîtres du mystère, Signé Furax, les publicités chantées (il nous imitera pour notre plus grand plaisir, c'est du nanan, les grandes voix radio de cette époque), jusqu'aux podcasts qu'il produit actuellement sur la toile.

Philippe Meyer, c'est une voix. Certes.
Mais c'est avant tout une écriture.

Nous allons retrouver les deux, tellement caractéristiques, reconnaissables entre toutes, uniques, inimitables.

Un humour fin, acéré, pince-sans-rire, parfois caustique, une phénoménale érudition, un savoir encyclopédique, un regard aigu porté sur le genre humain, une analyse impitoyable mais tellement juste de nos travers (on n'est pas Docteur en sociologie par hasard...), toutes les facettes du Philippe Meyer que j'aime, je les ai retrouvées sur le plateau du théâtre noir du Lucernaire.

Celui qui nous l'a tellement chanté la prochaine fois, celui-là nous ravit de ses anecdotes, de ses galeries de portraits (des gens du métier, qu'il a connus, qu'il nomme ou qu'il nous laisse à demi-mots le soin de découvrir, un sourire en coin...), de ses récits de vie personnelle, de ses rencontres, de ses passions.

Et puis, bien entendu, il va chanter.
Meyer sans chanson n'est pas totalement Meyer.

Avec notamment nous répétant encore et toujours son amour des Frères Jacques, à qui il a rendu un si bel et si émouvant hommage voici quelques années à l'Opéra-Comique.

Accompagné de Jean-Claude Laudat à l'accordéon chromatique, il débutera notamment son spectacle par leur titre « Il fait beau »...
« Quand le soleil s'est levé là-bas derrière Pantin
Ça n'a été qu'un cri dans le petit matin
"Il Fait Beau"... »

Je ne détaillerai pas plus avant le répertoire de la soirée, je vous laisse le plaisir de découvrir les petits bijoux (dont celui écrit par l'immense Bernard Dimey) que les deux compères vont nous offrir.

Mis en scène par Benoît Carré, Philippe Meyer va nous faire beaucoup rire, notamment avec les formules dont il a le secret, comme par exemple celle qui associe le changement de métier et celui de trottoir. Là encore, je vous laisse découvrir la citation complète.

Et l'heure et vingt minutes de passer beaucoup trop vite. Même avec le rappel musical consacré à Paris.
Ce spectacle est un pur moment de bonheur.
Une élégante causerie on ne peut plus spirituelle, l'un de ces moments qui vous font vous sentir vous-même plus intelligent que vous n'êtes, qui vous instruit, qui vous transporte, qui vous élève et qui vous divertit.
Un moment que l'on doit à Philippe Meyer, quoi !
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Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor