Nuit

Nuit
  • Théâtre 13-Seine
  • 30, rue du Chevaleret
  • 75013 Paris
  • Bibliothèque François-Mitterrand (l.6, l.14, RER C)
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Librement inspiré du film "La Nuit du chasseur" de Charles Laughton, Guillaume Barbot plonge le spectateur dans un conte nocturne où le monde des enfants et le celui des adultes signent un pacte vertigineux.

Théâtre immersif, visuel et musical, tel un cauchemar éblouissant, voici de retour une des premières créations de la compagnie Coup de Poker qui avait remporté le prix des lycéens au Festival Impatience 2015.

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9 déc. 2021
9/10
8
Hate at the left hand…
Love at the right hand…

Les deux mains les plus célèbres de l’histoire du cinéma.
Celles de Robert Mitchum, en pasteur monstrueux dans La nuit du chasseur, film réalisé en 1955 par Charles Laughton. Un film tiré du roman éponyme de Davis Grubb.
Un chef d’œuvre en noir et blanc, quasiment expressionniste. Un conte de fées très sombre.
Il était une triste fois.

Un film qui nous raconte une histoire de trahison. Quand les adultes trahissent les enfants. Quand ces derniers sont plus adultes que les grands.
(Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si ce film, au catalogue de l’opération « Ecole et Cinéma », est projeté régulièrement à des élèves des CM1 et CM2.)

Guillaume Barbot a eu l’excellente idée de se remémorer cette œuvre magistrale qui l’a marqué dans son enfance, et de rassembler les souvenirs qu’il pouvait en avoir, afin d’en tirer une adaptation fort réussie.
Des souvenirs personnels qui ont pu évoluer avec le temps.
Tout notre rapport aux œuvres culturelles en général et au cinéma en particulier est fait de cette transformation personnelle et intime de ce que nous avons vu et ce dont nous pensons nous souvenir.

Le fondateur de la compagnie Coup de Poker va donc nous proposer son rapport personnel personnel au film pour un spectacle qui va nous montrer ce renversement des valeurs, et va nous mettre en garde contre l’argent qui corrompt, l’argent qui pervertit les cœurs et les âmes.

Un spectacle pratiquement en noir et blanc lui aussi.
Tout d’abord parce que les lumières souvent en clair obscur sont très douces. Le plateau est très rarement éclairé dans son entièreté. La seule lumière vive de la soirée sera une lampe torche souvent pointée dans notre direction par l’un des personnages, comme pour nous prendre à témoins.

Les costumes, ensuite, à l’exception de la robe rose tyrien de la fille et de sa poupée, tous ces costumes sont noirs ou blancs.
Une pomme également, symbole du péché originel, dans les mains du pasteur, apportera également une toute petite touche de couleur…

Dans une belle scénographie minimaliste, avec très peu d’accessoire et de décors, nous allons retrouver les cinq principaux personnages du film.
La famille, tout d’abord.


Le père, qui a réalisé un hold-up pour sauver sa famille, et qui est emprisonné. Il a en effet tué deux hommes.
Johan Bichot, danseur circassien, sera cet homme désespéré qui sera pendu pour ses crimes.
Le rapport à la grosse ficelle (non, je n’ai pas écrit le mot interdit…) sera magnifiquement montré. Une scène très réussie.

Mme Harper et ses deux enfants.
Et puis surtout, Harry Powell, un pasteur maléfique, qui n’aura de cesse de vouloir faire avouer à la veuve qu’il épousera, ainsi qu'aux petits, où est enterré le magot.

Il faut un comédien imposant de charisme et d’engagement pour incarner ce salopard.
Zoon Besse est ce comédien-là.
C’est bien simple, il m’a fait vraiment peur, en monstre prêt à tout pour arriver à ses fins. D’une voix doucereuse, il nous fait froid dans le dos en prédicateur maléfique.

Sophie Lenoir est impressionnante elle aussi, dans le rôle de la mère. Elle nous montre une incroyable scène de folie et de possession.
Elle est également hilarante dans le début de la nuit de noces avec le prêcheur, juste avant que son personnage ne soit martyrisé par Powell…

Le duo de comédiens est magnifique de présence et de justesse. Ce que ces deux-là nous montrent est véritablement prenant ! Nous n'en menons pas large...

Les enfants sont incarnés par Hélène Chevallier et Yannik Landrein.
C’est ce dernier qui endosse en même temps le rôle du narrateur, c’est lui qui se plante devant nous avec sa lampe de poche, au début et à la fin du spectacle, c’est lui qui nous raconte comment tout ceci est arrivé.
Qui nous dit le cauchemar.

Guillaume Barbot dirige ses comédiens avec une grande précision.

Une écriture de plateau permet de restituer au plus près les émotions qui émanent de ce conte noir.


Il a initié des moments de transparences et de reflets qui mettent en abyme les personnages, et qui accentuent les
Ce parti-pris est très judicieux, et sa mise en forme est très réussie.

Des moments très chorégraphiés participent également à la réussite de cette entreprise artistique.

Aux violons électroniques et aux multiples effets et loopers, Pierre-Marie Braye-Weppe interprète en direct ses très belles compositions, à la fois angoissantes et par moments apaisantes.

Voici donc un spectacle très intense, où le fond le dispute à la forme en terme de réussite.
Un spectacle qui nous replonge dans une œuvre mythique.
Le metteur en scène et ses comédiens nous font passer un peu plus d’une heure et demi très prenante.
Allez donc au Théâtre 13 applaudir cette magistrale relecture pour le plateau d’un classique du 7ème art !
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor