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Nous sommes repus mais pas repentis

Nous sommes repus mais pas repentis
De Thomas Bernhard
Mis en scène par Séverine Chavrier
Avec Laurent Papot
  • Laurent Papot
  • Séverine Chavrier
  • En tournée dans toute la France
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Repas à coups de marteau.

Voss, penseur infirme, neurasthénique et puéril, sort de sa maison de repos pour s’enfermer dans la maison de ses parents et y jouer les tyrans domestiques aux dépens de ses deux sœurs actrices, Ritter et Dene, condamnées à un étouffement de la chair «à perpétuité».

Ostracisme familial sur fond de vaisselle brisée... Ritter, Dene, Voss, sont aussi les véritables noms des trois comédiens qui créèrent l’œuvre traduite sous le titre de Déjeuner chez Wittgenstein – un trio d’«acteurs intelligents» que Thomas Bernhard admirait suffisamment pour leur dédier sa pièce en la baptisant de leurs noms.

Alors, pourquoi « Wittgenstein » ? Parce que Bernhard a non seulement nommé le philosophe dans une note liminaire, mais parsemé les répliques d’allusions précises et ironiques à son célèbre compatriote, rejeton d’une illustre famille viennoise, qui enseigna à Cambridge avant de partir vivre en Norvège, loin de tous, dans une cabane en rondins. Cela étant, dans le corps du texte proprement dit, l’auteur du Tractatus Logico-Philosophicus est devenu Ludwig Worringer, patient distingué du docteur Frege... Alors, Voss incarne-t-il l’un des fondateurs de l’empirisme logique, ou un maniaque qui ne supporte de porter que des caleçons de coton grossier et de fabrication suisse ? Est-il génial, sénile, l’un et l’autre, l’un par l’autre ? Ou un totem de plus qu’il faut saisir à deux mains pour fracasser toutes les autres idoles culturelles à la ronde, comme autant de porcelaines fines dans ce «repas à coups de marteau» ?

 

Metteure en scène, pianiste et comédienne, Séverine Chavrier pratique un théâtre nourri des multiples facettes de sa personnalité : le corps, la musique, la vidéo, la parole. Toutes sont convoquées à ce Déjeuner chez Wittgenstein, ici librement agrémenté d’extraits d’autres œuvres : Le Naufragé, Maîtres anciens, Un Souffle, Mes Prix littéraires ou encore Des Arbres à abattre, dont elle a tiré ce qu’elle appelle plaisamment « des monologues d’ontologie ». 

 

901

La critique de la rédaction : 4/10. Beaucoup de bruit et de vaisselle cassée pour pas grand-chose.

Cette pièce sur une étrange famille de 3 frère et sœurs un peu barrés qui déjeunent ne nous a pas emportés.

Ils discutent de leurs parents, de musique classique, de l'asile psychiatrique d'où l'un d'entre eux, un fou philosophe, vient de sortir... Ce dernier souffre de maux incurables, névrose, se pose les mêmes questions que le dramaturge qui l’a créé. N'est-ce pas l'image décalée de l'autrichien Thomas Bernhard plutôt que celle du philosophe Wittgenstein ?

Complètement décousue, sans réel fil conducteur, Nous Sommes Repus Mais Pas Repentis donne l'impression d'être une succession de références et d'effets de mise en scène dont nous devons interpréter le sens : les projections d'images et tableaux suspendus, les grands pas dans les assiettes cassées, la bière qui gicle, la fumée... De nombreux artifices bien réalisés, parfois bluffants... au service du néant.

Les dialogues n'ont la plupart du temps pas grand intérêt. Ils s'éternisent. Nous nous demandons même si les acteurs ne sont pas en train d'improviser. Quelques gags, notamment une tirade sur le suicide amusante, ne nous sauvent pas de ce profond ennui de 2h30.

Les micros, les cris, les sons et la musique ont tendance à casser les oreilles pour ajouter à notre sensation de malaise.

Soulignons tout de même le jeu d'acteurs, qui réalisent une performance. L'un d'eux s'est blessé juste avant la première représentation. Facile de comprendre pourquoi : la scène est remplie d’opportunités de se blesser.

Une soirée désagréable que nous tâcherons de vite oublier.

Note rapide
Toutes les critiques
3 mars 2020
5,5/10
0
Voilà un spectacle surprenant, et questionnant!

Dans le chaos des débris de porcelaine, une société s’effondre…
Un frère, tout juste sorti de l’hôpital psychiatrique du Steinhof de Vienne, deux soeurs, comédiennes… et beaucoup de questions.
Le début m’a laissé un peu de côté, un petit temps d’adaptation nécessaire, à la sonorisation en particulier et à la vidéo, avant de se prendre au jeu de ces questions:
Sur la folie, bien sûr… qui l’est le plus? Lui, ou elles? Qui joue le plus ? Marie Bos a des accents à la Fanny Ardant, le texte s’en mêle, clin d’oeil à la mise en scène, et lorsque le frère se met à écrire un « traité de l’actrice », nous plongeons dans le théâtre dans le théâtre.
Sur l’identité, sur la famille, le poids du passé, l’héritage familial, des parents disparus très présents, et pas que dans le mobilier ou la vaisselle. Comment y échapper?
Sur l’histoire, du nazisme à aujourd’hui, de l’Autriche à la France, les questions sont toujours d’actualité.
Sur le texte lui même, les textes plutôt, à relire! De la réflexion, des rires aussi…
Vaisselle cassée, fureur, musique, omniprésente, avec une jolie surprise à la fin...
Uun spectacle qui secoue!
12 mars 2018
9,5/10
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Nous sommes repus mais pas repentis (Déjeuner chez Wittgenstein) de Thomas Bernhard, conçu par Séverine Chavrier.
Beau moment de théâtre.
Un grand espace apparaît sous nos yeux.
Sur l’avant-scène, au centre, un monticule de vaisselle brisée derrière laquelle siège la table du repas, côté jardin un piano à queue, côté cour une bibliothèque dégarnie, en prolongement un vaisselier vide, nous apercevrons au plus profond de la scène trois petits lits.
Dans ce décor intimiste, d’une opulence bourgeoise en décrépitude va se dérouler sous nos yeux une histoire d’amour. L’amour d’une fratrie, un amour violent, sarcastique, un amour blessé.
Le frère philosophe, Voss, sortant de l’hôpital psychiatrique vient revivre chez ses deux sœurs. La vie tranquille de ces vieilles filles va être ébranlée. Ritter est opposée à ce retour mais Dene est heureuse de materner son frère malgré lui.
Autour du repas « dominical », la fratrie va s’affronter dans des moments d’incompréhension, de folie mais aussi de tendresse.
Les souvenirs d’enfance vont resurgir, le non-amour des parents.
*tu as les mains de la mère
*toi le nez du père
C’est violent mais parfois comique.
Les crises de folie de Voss sont délirantes.
Ça vous chavire le cœur, ça vous émeut.
Ce sont des êtres déstabilisés devant l’effondrement de leur dynastie. Des êtres en souffrances et en manque d’amour.
La musique est omni présente, Wagner, Schuman font parties intégrantes du drame et vous chavirent.
La lumière, la vidéo vous transportent dans la forêt de sentiments profonds. On ne peut être insensible à ce magnifique théâtre,
Marie Bos, Séverine Chavrier, Laurent Papot sont extraordinairement émouvants.
26 mai 2016
3/10
154
Nous Sommes Repus est une de ces pièces qui peut nous faire détester le théâtre.

Le texte est noyé par une mise en scène dense et chargée. On en vient à se demander ou est le problème, sur le texte ou sur sa mise en scène ?
Mais d'après des discussions enflammées avec certains de mes amis, ce n'est apparemment pas de la faute du texte. Ce paradoxe me donne encore plus envie d'aller voir une autre adaptation pour pouvoir le juger pleinement.

Hormis cela, la pièce reste à mon sens ratée. La mise en scène nous met à bout physiquement et moralement. Les sons sont surexposés : entre les bruits de bouches, les couacs de micro et la casse de vaisselle, nous avons un bourdonnement ininterrompu qui nous remplit la tête.

2h15 d'ennui et de souffrance. Si vous tentez l'intentable, pensez aux boules quies.
26 mai 2016
6,5/10
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« Vaisselle cassée, c'est la fessée,
Vaisselle foutue, pan-pan cul-cul ! »

En écrivant ces deux lignes, le grand philosophe Pierre Perret était-il visionnaire qu'il ait anticipé à ce point cette adaptation par Séverine Chavrier du « Déjeuner chez Wittgenstein »de Thomas Bernhard ?

Car ils en cassent, sur scène, les trois comédiens, de la porcelaine blanche !
Serait-ce une image métaphorique de la fragilité de notre existence ?
Et qui plus est, à grand renfort de sonorisation rugissante, de cordes de piano frottées hyper-amplifiées, de platines vinyle survitaminées, de bris d'assiettes, de hurlements du texte....
Les amateurs de décibels se régalent !

Mais reprenons depuis le début.
On connaît l'argument de la pièce : deux sœurs, comédiennes plus ou moins ratées récupèrent chez elles leur frère, philosophe, jusque là interné dans un asile psychiatrique.
Mais le fou bernardhien est-il si fou de crier sa haine du passé de son pays, l'Autriche, de sa détestation de l'héritage familial ?
Lui, va poser les vrais problèmes !
Qui est le plus fou de tous, dans ces ateliers Berthier ?

Séverine Chavrier a choisi d'adapter ce déjeuner, et non pas de le donner tel qu'écrit par l'auteur.
Etait-ce là une bonne idée ?

Oui : après tout, je le répète souvent ici, il faut bousculer le théâtre, les textes et les auteurs.

Non : finalement, la préoccupation de la metteure en scène suisse passe devant celles du dramaturge autrichien. Elle a mis l'accent sur la musique, étant elle-même une excellente pianiste.
Des centaines de vinyles jonchent le sol, les pochettes sont accrochées au mur, des micros sont placés dans les objets, Wagner gronde, on entend des sons divers et variées, des scratchs, des craquements.

Tout ceci provoque une impression de saturation, comme lorsqu'on est devant une pub télé où le son est compressé au maximum et en permanence.
Deux heures vingt de ce régime est assez éprouvant.

Alors, bien entendu, et heu-reu-se-ment, les trois comédiens sont épatants.

Et notamment le fabuleux Laurent Papot, qui n'arrête pas un seul instant !
Survitaminé, hyper-actif, survolté : pour dépoter, il dépote !
Avec de grands moments hilarants :
La scène des profiterolles est à tomber par terre.
Sa façon de parler en crachant des grains de riz sur ses deux sœurs est jubilatoire... (J'avoue que j'y ai pris un plaisir sadique... Honte à moi ! )
Ses réflexions et analyses sur le suicides et les suicidaires sont drôlissimes, et l'on ne peut que rire.
Il est vraiment grandiose !
D'autant qu'il est vraiment « dedans » : ce soir-là, pendant l'une de ses tirades, un petit papillon de nuit virevoltait au dessus de la grande table : il n'a pas hésité à s'en servir, en improvisant une petite scénographie...
Formidable, ce Laurent Papot, vous dis-je !

Il faut également mentionner Marie Bos, qui prenant parfois une voix « à la Macha Béranger », campe la sœur du philosophe. Elle est tour à tour lunaire, étrange, bouleversante notamment quand elle nous confie sa difficulté d'aimer. Une vraie performance, également.

La metteure en scène-comédienne qui incarne la seconde sœur m'a parue un peu en retrait par rapport à ses deux camarades, mais il est vrai qu'elle n'a pas le rôle phare...

Au final, je retiendrai un spectacle plein de vraies et bonnes intentions, mais avec un désir de tout surexploiter, avec comme une volonté de ne jamais vouloir faire retomber la pression, la sauce, comme s'il s'agissait de vouloir brutaliser les spectateurs en permanence.

Mais après tout, n'est-ce pas également l'une des fonctions du Théâtre que de brutaliser, de secouer, de remuer le public ?

En tout cas, moi, ce matin, j'avais des acouphènes !
22 mai 2016
7/10
81
Monter une telle œuvre est un pari plutôt osé et disons-le franchement, la conception qu’en fait la comédienne franco-suisse transcrit très bien cette douleur de vivre mais l’univers et l’écriture au vitriol de Thomas Bernhard sont ici édulcorés pour mieux laisser ceux de Séverine Chavrier s’exprimer.

Le texte aurait sans doute mérité d’être davantage creusé plutôt que pulvérisé par moment car certaines brisures ne se recollent pas en dépit des intentions louables qui tentent d’exister sur le plateau. La mise en scène foisonnante ne fonctionne pas toujours. Parfois, à trop vouloir en dire, on ne suggère plus vraiment et on finit par perdre le spectateur. C’est notamment ce qui se passe avec l’utilisation abusive et exclusive des micros HF qui amplifient le moindre son. La vidéo est également très présente et pas toujours justifiée.

Lorsque la pièce s’ouvre, les deux sœurs discutent, allongées sur leur lit : « - Tu as centré toute ta vie sur Ludwig ! – Mais c’est juste une tentative. – Une tentative qui se finit à chaque fois en catastrophe. ». En effet, c’est le chaos qui nous attend lorsque le plateau s’éclaire : au fond, les trois lits. A jardin, un piano, souvent utilisé par Séverine Chavrier. A cour, des étagères vides. Au centre, une table est dressée avec de la vaisselle brisée en-dessous, parfaite allégorie de cette existence fragile, prête à basculer à tout instant. Au sol, des dizaines de vinyles rappelant l’importance de la musique dans la pièce. Schubert, Wagner... envahissent la salle pour notre plus grand plaisir auditif, venant apaiser quelque peu l’amplification sonore des paroles et déplacements conférant une ambiance agressive, assourdissante et bruyante. La mise en scène est osée, diversifiée et très travaillée. Elle fourmille d’idée, pulvérise les codes mais il y a un manque. Cependant, saluons la performance d’acteurs. Laurent Papot est démentiel dans la peau de Ludwig tandis que Marie Bos est extrêmement bouleversante dans ses maladresses d’amour.

Seule Séverine Chavrier semble légèrement en retrait, excepté dans des passages d’une brutale violence verbale.
Il est regrettable que Séverine Chavrier ne maîtrise que de manière extrêmement fragile l’ensemble de la pièce, très inégale. Il y a de beaux moments sur l’expression de l’angoisse humaine mais il demeure quelque chose de l’ordre de l’incompatibilité de la folie et de l’amour.

La proposition souffre de certaines longueurs et aurait gagné à être resserrée. L’ennui nous frôle souvent entre deux touches de justesse qui nous subjuguent et nous bouleversent. Une représentation en demi-teinte pour résumer, avec un aspect brisé, fêlé voire fissuré, fort intéressant mais qui ne fonctionne pas toujours en dépit des bonnes idées et des tentatives de peindre avec conviction la fragilité humaine que les angoisses rendent cassable comme de la porcelaine.

Il ne manque pas grand-chose pour totalement nous emporter mais c’est avec regret que nous devons avouer que ce Nous sommes repus mais pas repentis nous laisse sur notre faim.
Votre critique endiablée
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Rire
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor