• Classique
  • Théâtre de l'Odéon
  • Paris 6ème

Les Trois Soeurs

Les Trois Soeurs
De Anton Tchekhov
Mis en scène par Simon Stone
  • Théâtre de l'Odéon
  • place de l'Odéon
  • 75006 Paris
  • Odéon (l.4, l.10)
Itinéraire
Billets de 6,00 à 40,00
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Trois sœurs, trois destins entrelacés.

Au fil du temps, les existences se précisent, les choix se figent, les rêves de la jeunesse se dissipent dans la médiocrité ambiante. Pourtant elles restent sœurs, jamais elles ne l’oublient... Après Medea, Simon Stone revient à l’Odéon, où il est artiste associé, pour y recréer sa propre interprétation du chef-d’œuvre par lequel Tchekhov ouvre le XXe siècle. L’air de famille, chez Stone, a tout d’un air du temps. L’œuvre du Russe est ici comme une sœur aînée, celle de l’Australien est sa cadette.

Il est beaucoup question d’amour chez la première, de sexe chez la seconde, et de frustration chez les deux. La maison des Prozorov envahit le plateau, qu’elle occupe de sa masse impressionnante. Électrique, efficace, drôlement désespérée, la langue de Stone épouse les rythmes de notre modernité. Mais sous les éclairs aveuglants de l’actualité, quelque chose du monde n’a peut-être pas tant changé que cela depuis 1900.

À travers la vitesse des échanges, nous entendons percer, et nous reconnaissons, la même difficulté à communiquer, la même “illusion de la connexion”. Ces êtres assis sous nos yeux “dans l’antichambre du drame”, ces frères (et sœurs) humains qui nous sont si proches, s’inventent des histoires en attendant comme autrefois que le rideau se lève sur la vraie vie.

 

Note rapide
Toutes les critiques
20 févr. 2018
8/10
29 0
Très belle inspiration. Un décor à couper le souffle. Beaucoup de rythme.

J'ai adoré.
17 déc. 2017
8,5/10
18 0
Tchekhoviens purs et durs abstenez vous !
En effet si la trame des trois soeurs est conservée ainsi que la plupart des personnages, le texte a été réadapté et la pièce transposée de nos jours aux Etats-Unis.

Tchekhov disait que ses pieces se déroulent dans le temps présent, et si on s'en tient à ce postulat la version que nous présente Simon Stone est cohérente.
Oui tous les personnages parlent ensemble et personne n'écoute personne, oui le texte est cru, oui cette maison qui tourne (magnifique création de Lizzie Clachan) nous montre les protagonistes dans leur quotidien et parfois dans des situations très intimes.
Mais notre langage est il exempt de grossièreté ? nos conversations toujours d'un grand intérêt ? Facebook, Instagram etc ne sont ils pas des réseaux sociaux où sont étalés des évènements qui devraient rester privés ? Que dire de ces communications téléphoniques dans les transports en commun où des inconnus nous font bien malgré nous partager leur vie ?
On y parle aussi de l'élection de Trump, des désordres climatiques, quelques personages se droguent sont homosexuels ou vegan, et les 3 soeurs ne veulent plus s'échapper à Moscou mais à San Francisco ou à New-York.
En celà la proposition de Simon Stone n'est elle pas le reflet d'un certain monde actuel ? Et le vide des vies représentées ici n'est il pas le même que celui dépeint par Tchekhov ?

Derrière ça il suffit de peu de choses pour retrouver la mélancolie, la fuite du temps... De la neige qui tombe à la fin de la première partie, et cette très belle scène dans la seconde où après l'annonce de la vente de la maison on voit les trois soeurs défaire les lits vider les meubles, mettre les objets dans des cartons les emporter à l'extérieur.
La distribution est remarquable Céline Sallette, Amira Casar, Eloïse Mignon (les 3 soeurs), mais aussi Eric Caravaca, Frédéric Pierrot et tous les autres qui expriment tellement bien les failles et les blessures de leurs personnages.
Après Médéa au printemps dernier Simon Stone confirme qu'il est un grand metteur en scène et directeur d'acteurs. Et ces trois soeurs (d'après Tchekhov) est un des spectacles les plus marquants de ces derniers mois.
14 déc. 2017
9,5/10
39 0
Il y a les gens qui aiment être secoués, déstabilisés, surpris au théâtre … Et puis il y a ceux qui y cherchent ce qu'ils connaissent déjà, veulent être rassurés, que tout soit familier, que leur monde reste inchangé…
Et bien oui, le monde a changé !!! Ce sont des virtuoses comme Simon Stone qui nous le montrent, et qui font entrer des auteurs comme Tchékov dans le 21e siècle !
Tous les codes du théâtre "classique" sont bousculés, voire volontairement ignorés … Ici, les 11 comédiens crient leur vérité dans des micros. Ici, ils n'évoluent pas sur la scène, mais dans une incroyable maison tournante qui leur permet de se comporter comme dans la vraie vie!
Et c'est dans cette maison, avec des mots d'aujourd'hui, avec une empathie immense pour tous ses personnages que Simon Stone nous montre que Tchékov est intemporel …
Courez y !
8,5/10
37 0
Le 3 décembre 2017 à 15h , Paris

Après son Medea, que j’ai pu voir en juin dernier à L’Odéon, où il donnait à voir une Médée ancrée dans le monde d’aujourd’hui, Simon Stone monte à présent une adaptation des Trois Soeurs de Tchekhov. Avec un dispositif scénique qui ne peut pas ne pas rappeler celui mis en place pour Ibsen huis, que j’ai pu voir en juillet dans la cour du lycée Saint-Joseph à Avignon. Il s’agit d’une maison qui peut tourner et donc pouvant donner différents aspects du lieu sans rupture dans le rythme de l’histoire par la nécessité de changer de décor. De plus, on peut voir chaque membre de la famille évoluer sans cesse même si le personnage n’intervient pas directement dans la scène. Nous nous immisçons dans l’intimité de cette famille. Ce sentiment est renforcé par l’ouverture du spectacle : lorsque le rideau se lève quelques personnages sont déjà sur le plateau. Nous avons donc réellement l’impression de prendre l’action In medias res.

Toute la maison vit ! Nous voyons les personnages évoluer, prendre part à l’organisation de la vie de la maison. Ce qui donne le sentiment aux spectateurs d’être en position de voyeurs. Nous sommes comme une petite souris qui prendrait part à un moment de vie.

On peut souligner l’importance de la justesse pour Tchekhov. De la même façon que Julie Deliquet qui a trouvé plus pertinent de mettre à la place d’une partie de réussite, une séance de ciné-club avec Vania, Simon Stone va encore au-delà avec ses spectacles. En effet, ses Trois soeurs offre une vision contemporaine du texte tchékhovien. Les trois soeurs font face à des problèmes d’aujourd’hui auxquels chacun peut être confronté et donc en mesure de s’y identifier. Par exemple Irina (la plus jeune des soeurs, jouée par Eloïse Mignon) est vegan. Qui ne connaît pas dans son entourage une situation comparable ?

Ils parlent de politique, de l’Amérique de Trump, espérant que ce n’est qu’un canular géant et qu’il n’a jamais réellement existé.
Simon Stone dénonce également l’importance trop grande que l’informatique a prise dans nos vies. Si bien que Roman (Frédéric Pierrot) décide de prendre un mois de vacances informatiques.
Bien qu’il change considérablement le texte, Simon Stone garde bel et bien l’essence de l’esprit du dramaturge russe.
25 nov. 2017
8,5/10
14 0
Voici donc la version du jeune prodige australien Simon Stone qui dirige pour la première fois des acteurs français dans une mise en scène qu’il avait créée en allemand en Suisse.

Jusqu’ici, je n’avais pas eu la chance de voir son travail, ce fut donc avec une impatience non dissimulée que je me rendis dans le sixième arrondissement de Paris ce soir, malgré certaines réserves lues ou entendues à propos de l’adaptation de ce chef d’oeuvre de l’auteur russe.

On pourrait plutôt parler de réécriture de la pièce, ce que je trouve infiniment plus respectable et honnête qu’une énième nouvelle traduction de traduction d’un metteur en scène qui ne parlerait même pas le russe, comme c’était le cas pour « La Mouette » vue au printemps dernier au théâtre de la Bastille. Et quand cette réécriture est aussi assumée, ça ne peut que fonctionner, d’autant qu’elle respecte totalement l’esprit des Trois Soeurs : le temps qui passe, la vacuité de l’existence…

Et quelle idée géniale que cette maison qui tourne, comme dans un film en split screen, dans lequel on verrait tous les personnages évoluer sans temps mort, sans « attends, ce personnage doit se placer de telle façon pour qu’on le voit mieux », comme Simon Stone l’indique dans le programme. L’utilisation des micros est en cela bien pratique, mais il ne devrait pas empêcher les acteurs d’un peu mieux articuler ou parler un peu plus fort (ou de tourner le bouton du volume) car les paroles s’entremêlent, le rythme est rapide et il est parfois difficile de tout entendre (je fais mon vieux ronchon ou bien deviens-je sourd ? il n’est pas bon de vivre seul…)

Il y a également le bonheur, notamment (même s’il faudrait tous les citer) de voir Eric Caravaca sur scène qui interprète un André qui ne parvient pas à se « dépatouiller » de ses problèmes et autres addictions, de revoir Laurent Papot. Parmi les trois soeurs, c’est Céline Salette qui convainc le plus, mais je ne suis pas très objectif.

Le tout est captivant de bout en bout. Et je tiens également à le signaler, l’attention du public qui fut assez remarquable le soir où j’ai vu la pièce. Ce silence entre l’ultime scène et les saluts fut magique et presque inespéré.
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor