Les Serpents

Les Serpents
De Marie Ndiaye
Mis en scène par Jacques Vincey
  • Théâtre du Rond-Point des Champs-Élysées
  • 2bis, Avenue Franklin D. Roosevelt
  • 75008 Paris
  • Franklin D. Roosevelt (l.1, l.9)
Itinéraire
Billets à 40,00
À l'affiche du :
2 février 2021 au 26 février 2021
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l m m j v s d
    • HORAIRES
    • 15:30
    • 20:30
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L’homme, c’est l’ogre de la fable. Il se terre dans la maison. Sur le seuil, trois femmes règlent leurs comptes. Elles s’enflamment sous un soleil accablant.

La mère du type vient lui soutirer de l’argent. Sa femme craint pour sa vie et celle des enfants qu’il séquestre peut-être. Son ex-femme évoque Jacky, petit garçon de sept ans que l’homme a jeté dans la fosse aux serpents.

C’est un polar cruel avec monstres, canicule et champs de maïs.

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4 oct. 2020
8,5/10
20
A qui sont ces serpents qui ont sifflé sur la tête d'un jeune garçon sciemment et sauvagement sacrifié ?
Ces serpents-là sont ceux d'un ogre. D'un vampire.

On sait l'attachement de Marie Ndiaye au mythe du monstre assoiffé de sang.
L'auteure, prix Goncourt 2009, pour Trois femmes puissantes, est fascinée par ces êtres qui, dit-on, ne sortent que la nuit. Comme bon nombre de théâtreux, d'ailleurs...

Je me souviens d'une précédente pièce créée en 2003 à la Comédie-Française, intitulée Papa doit manger, qui déjà, traitait en quelque sorte de ce thème.

Ici, dans cette pièce Les serpents, le vampire existe bien, mais nous ne le verrons pas. Jamais.
Ce sera bien pire...

Les serpents est une pièce fantastique, qui mêle bien des genres, du thriller psychologique à la comédie burlesque en passant par le conte le plus noir.

Une pièce, qui comme souvent chez Mme Ndiaye, mêle un fantastique on ne peut plus imaginaire et fantasmatique à la réalité la plus tangible et la plus crue.
Chez elle, les allers-retours entre les deux versants sont omniprésents et permanents.

Nous allons donc faire la connaissance de trois femmes et notamment de Mme Diss, qui vient visiter son fils habitant une maison entourée de champs de maïs, dans un lieu plombé par un soleil étouffant. Elle vient au prétexte de lui emprunter de l'argent.
Elle n'est pas seule, Mme Diss. Il y sa belle fille, France, qui lui interdit d'entrer dans la maison, et son ex-bru, Nancy.

Et puis, il y aura deux personnages omniprésents, et pourtant absents du plateau.
Le fils de Mme Diss. L'ogre. Le vampire, donc.
Et puis Jacky, le fils du monstre, martyrisé par celui-ci, décédé d'une mort affreuse. Les serpents...

Ce sont les relations entre ces trois présentes et ces deux présents-absents qui vont constituer la trame narrative et dramaturgique de ce spectacle.
La filiation, la culpabilité maternelle d'avoir engendré un ogre, la monstruosité de celui-ci, le martyr d'un enfant, autant de thèmes qui traversent ces quelque cent-cinq minutes.

La gageure, pour Jacques Vincey, a été de mettre en évidence les subtils glissements de l'auteure, de la réalité la plus crue au fantastique le plus étrange et le plus angoissant.

Pour ce faire, le metteur en scène a notamment utilisé un plateau vide.
Vraiment vide ? Non...

Au lointain, une sorte de mur étrange, difficile à identifier au premier coup d'œil, et qui représente la devanture de la maison du fils.
Un mur qui aura un rôle important. Celui de symboliser l'interdit, le lieu du passage à l'acte, l'entrée du lieu transgressif. (Je ne vous détaille évidemment pas de quoi est constituée cette grande surface noire.)

Un mur qui a également une importance capitale : nous faire imaginer ce qui s'est passé et ce qui se passe derrière.
Je dois bien l'avouer, je n'avais qu'une seule envie, c'est d'aller regarder de l'autre côté de cette palissade sombre.

D'autant que c'est un lieu dont le patron du CDN de Tour se sert également très judicieusement pour faire monter le sentiment d'oppression, pour nous faire frissonner.
Je ne vous révèlerai pas non plus le procédé utilisé, mais je peux vous dire que pour fonctionner, ça fonctionne, d'autant que ceci est réalisé très précisément et très délicatement. On ne s'en rend pas compte au premier abord, mais lorsque l'on comprend, on sent le piège se refermer. Trop tard !

Trois comédiennes donc, se retrouvent sur le plateau tourangeau. Un plateau féminin, donc, que semble affectionner Jacques Vincey, puisque c'est sa quatrième mise en scène sans un seul mâle acteur.

Qu'elles sont magnifiques et magistrales, Hélène Alexandridis, Bénédicte Cerutti et Ttiphaine Raffier.
Oui, dans ces rôles difficiles, avec un texte souvent ardu, les trois demoiselles sont époustouflantes !

Chacune dans son registre, dans sa palette, nous sidère, nous glace, nous étonne, nous émeut, nous ravit. Elles nous attrapent dès leurs premières répliques pour ne plus nous lâcher qu'à la toute fin.

Dirigées avec une précision diabolique et acérée, elles crèvent le plateau.

C'est également une pièce qui doit s'écouter très attentivement. Le son y tient une importance capitale.
Des nappes sonores étranges, souvent elles aussi angoissantes, des ostinati sombres et sulfureux (coup de chapeau à Alexandre Meyer et Frédéric Minière), des craquements, des cris déchirants, des différences de niveaux importants et subits, tout ceci participe également à nous faire nous sentir en permanence sur la corde raide.

Alors oui, cette pièce est exigeante et déstabilisante...
Mais qu'est-ce que c'est bon d'être déstabilisé, M. Vincey !
En nous obligeant à assister à ce que vous ne voulez pas que nous regardions, en nous forçant à comprendre sans trop d'indices, vous nous placez dans un épatant paradoxe.
Ce qui est suggéré, ce que vous ne montrez pas sciemment a autant d'importance sinon plus que ce qui serait dit explicitement.

Ce spectacle envoûtant est de ceux qui ne laissent personne indifférent, de ceux dont parle longtemps après être sorti de la salle.
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor