Les naufragés

Les naufragés
De Patrick Declerck
Mis en scène par Emmanuel Meirieu
  • Théâtre des Bouffes du Nord
  • 37 bis, boulevard de la Chapelle
  • 75010 Paris
Itinéraire
Billets de 28,00 à 40,00
Evénement plus programmé pour le moment
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Nous les côtoyons tous les jours. Souvent ils sont ivres et peinent à mendier. Ils sentent mauvais, vocifèrent et font peur. Nos regards se détournent.

Qui sont ces marginaux aux visages ravagés ? Ce sont les clochards. Fous d'exclusion. Fous de pauvreté. Fous d'alcool. Et victimes surtout.

De la société et de ses lois.   Patrick Declerck a suivi les clochards de Paris pendant quinze ans. Étudiant, il décide de se faire embarquer avec les clochards jusqu’au centre d’hébergement d’urgence de Nanterre. Incognito, en immersion complète, ils partagent leurs nuits…

"Un vieux bonnet, un collier antipuce pour chien autour du bras, un autre autour de la cheville, des poudres insecticides et anti gale, je verse sur mes vêtements la moitié d’une bouteille de mauvais vin et j’attends le passage du bus de ramassage".

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2 oct. 2019
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Nous les croisons tous les jours, dans la rue, dans le métro. Nos regards se détournent, nous les évitons, ils sentent mauvais, ils sont ivres, agressifs parfois :
les clochards, de Paris ou d'ailleurs.

Patrick Declerck qui les a côtoyés, en a tiré un roman "Les naufragés : avec les clochards de Paris". Il s'est fait passer pour l'un d'entre eux tous les soirs pendant quelques semaines, dans la rue et au centre d'hébergement de Nanterre qui les accueille certains mois de l'année, partagé leur quotidien. Membre de médecins du monde il les a soigné. Devenu psychanalyste il ouvre un cabinet d'écoute. Pendant quinze ans, il va les entendre, essayer de les aider.
Le récit va se concentrer sur Raymond dit Puck qui tente de se réinsérer. Tentative avortée, faute de pouvoir accepter les règles d'une société dont il a été exclu pendant trop longtemps. Il reviendra mourir sous un abri bus en face du centre où il avait été hébergé, sans oser y retourner.
Quand on est fragilisé on ne meurt pas d'hypothermie seulement en hiver.
De ces éclats de vies cabossées, Emmanuel Meirieu tire un spectacle fort, émouvant et sans pathos.
François Cottrelle (également co-adaptateur), dit debout devant un micro ces fragments d'existenses. Avec douceur, émotion, il exprime tellement bien l'empathie et la révolte de l'auteur. En vidéo sur les murs du théâtre nous sommes entourés des ombres de ces "naufragés". Présence onirique, Raymond (Stéphane Balmino) viendra les rejoindre à la fin du spectacle.
Une voile déchirée, du sable, des morceaux de bois, une carcasse de voiture à moitié enfouie, la scénographie allégorique signée Emmanuel Meirieu et Seymour Laval est magnifique.

Je retiens une des dernières phrases dite par le narrateur :
Y a t'il une vie avant la mort ?
Bouleversant.
15 sept. 2019
9,5/10
28 0
C'est un somptueux décor qui attend les spectateurs qui pénètrent dans la magnifique salle des Bouffes du Nord.
Un décor naufragé, une vision d'apocalypse, une vision de fin du monde...

Une énorme quantité de sable sur lequel reposent quantité de lattes de parquet désunies, des palettes, des éléments métalliques, des tuyaux de canalisations troués, une gigantesque proue complètement rouillée d'un ancien paquebot...
Un micro sur pied, relié à un petit élément de sonorisation.

C'est dans ce no man's land halluciné que pénètre un homme en haillons, faisant attention où il pose ses pieds nus, et qui se dirige directement en fond de scène pour... pisser.
Qui est-il, cet homme ? Nous n'allons pas tarder à le savoir...

Le metteur en scène Emmanuel Meirieu a adapté le livre de Patrick Declerck Les Naufragés, publié en 2003, et dans lequel l'auteur, philosophe de formation, docteur en anthropologie, ethnographe et psychanalyste raconte son travail pendant quinze ans.

Il a suivi la population des clochards de Paris, dans la rue, les gares, et notamment dans le centre d'accueil et de soins hospitaliers de Nanterre.
Cet homme qui va se planter devant le micro va nous dire les mots de Patrick Declerck.

La grande réussite de l'adaptation d'Emmanuel Meirieu, est d'avoir tiré une histoire de cet ouvrage ethnologique. Une intrigue narrative avec un personnage.

Le comédien François Cottrelle fait plus que nous dire les mots, rivé qu'il est derrière son micro. Il nous les fait exploser à la figure. La petite enceinte délivre un son qui déforme un peu sa voix, comme si un filtre nous faisait en permanence penser à la différence entre notre société propre sur elle et ce qui se passe vraiment.

Dans un premier temps, il nous décrit sans rien cacher, sans rien taire, ces hommes, ces femmes en marge de la société. Ces hommes et ces femmes qui puent la crasse, le mauvais vin, qui souffrent de multiples pathologies, qui se volent les uns les autres, ces hommes et ces femmes dont le quotidien repose bien souvent sur la haine et le peur.

Il nous décrit également « La maison de Nanterre », le centre d'accueil, avec des scènes insoutenables.
Des scènes réelles, des scènes qu'on ignore, des scènes qu'on veut nous faire ignorer.

Et puis, le comédien va nous faire faire la connaissance de Raymond.
Ce clochard, qui a donc vraiment existé, évoquait pour Patrick Declerck (qui travailla dans ce centre d'acceuil de nanterre) à Puck, le personnage shakespearien du Songe de la nuit d'été.

Raymond sera le personnage principal de la pièce.
Un destin, une descente aux enfers de la rue.
Une tentative de réinsertion dont il ne veut pas, sachant pertinemment, lucide qu'il est, qu'elle ne pourra aboutir.

Le retour à la cloche, le désespoir, la mort horrible.

« Il n'y aura pas eu de vie avant la mort », nous dit l'auteur, par la voix de François Cottrelle qui raconte cette pseudo vie-là et l'enquête pour savoir ce qu'est devenu le corps de Raymond.
Les épisodes de cette enquête nous montrent eux-aussi le manque total de considération accordé à ces clochards par les différentes institutions.

Oui, il y a une dimension shakespearienne dans tout ça.
D'autant que Puck-Raymond arrivera en personne sur scène, grâce à Stéphane Balmino, torse nu maquillé de plaques purulentes, de bubons, pour nous dire la fin du Songe, l'adresse finale aux spectateurs.

Le comédien nous chantera également une fascinante version de « No one knows I'm gone » (Personne ne sait que je suis parti), la très belle chanson de Tom Waits.

Nous, les spectateurs, étions complètement sonnés.
J'étais complètement accroché aux mots , presque hypnotisé par cette description d'un monde difficile, dur, impitoyable.
Un monde parallèle mais bien réel, dont peu de monde sait réellement le véritable caractère horrible.

Emmanuel Meirieu s'est donc servi très habilement et très judicieusement du médium théâtre.
Ici, son adaptation et ses parti-pris dramaturgiques sur un sujet difficile nous captivent et nous confrontent à une réalité sordide.

Quelle réussite !
Un spectacle coup de poing, qui ne peut laisser personne indifférent.
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor