Les Idoles

Les Idoles
De Christophe Honoré
Avec Jean-Charles Clichet
  • Jean-Charles Clichet
  • Marina Foïs
  • Youssouf Abi-Ayad
  • Harrison Arévalo
  • Théâtre de l'Odéon (théâtre de l'Europe)
  • Place de l'Odéon
  • 75006 Paris
  • Odéon (l.4, l.10)
Itinéraire
Billets de 6,00 à 40,00
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Les deux dernières décennies du XXe siècle resteront dans l’Histoire comme “les années sida”.

La génération à laquelle appartient Christophe Honoré fut la première à parvenir à l’âge adulte en étant pleinement consciente de cette menace. Honoré a eu vingt ans en 1990, l’année de la mort du cinéaste Jacques Demy.

L’année aussi où le chorégraphe Dominique Bagouet créa Jours étranges, dont Honoré vit trois ans plus tard une performance posthume. 

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22 janv. 2019
7/10
1 0
Plusieurs raisons à mon enthousiasme sur le chemin me menant à l’Odéon. Le premier s’appelle Marina Foïs. Un article du Monde parle de la comédienne comme d’une transformiste. Le mot est bien choisi. Je ne l’ai vu que dans Démons sur scène mais elle me laisse encore une impression de puissance ; ses apparitions récurrentes dans Burger Quiz me donnent toujours le sourire ; je ne peux plus voir Polisse jusqu’à la fin. Le deuxième s’appelle Christophe Honoré. Je connais la bande originale des Chansons d’amour par coeur bien que ma première réaction fut de les trouver niaise ; il a emporté Vincent Lacoste très loin dans Plaire aimer et courir vite ; je ne connais pas son travail scénique. Comment ne pas être impatiente ?

Les Idoles, ce sont celles de Christophe Honoré. Jacques Demy, Bernard-Marie Koltès, Jean-Luc Lagarce, Hervé Guibert, Cyril Collard, et Serge Daney. Tous sont morts du SIDA dans les années 90. Christophe Honoré les a admirés, puis les a perdus. Dans sa pièce, il les fait revenir aujourd’hui, en 2019, sous forme de fantômes. Ils ne s’étaient pas forcément rencontrés dans la vie, mais ils se connaissent et se respectent, et vont profiter de ce moment pour échanger sur leur vie, leur mort, la manière dont ils ont vécu la maladie, leur époque, ou encore ce que le monde est devenu aujourd’hui.

Je sors frustrée de ce spectacle. Ce ne sont pas mes idoles. Ce ne sont pas mes fantômes. Les personnages que Christophe Honoré met en mouvement ne m’évoquent que peu de chose. Je ne les inscris pas dans une époque donnée, avec ses codes, ses moeurs. Je n’ai pas les références nécessaires à comprendre les allusions qui composent le spectacle. Je ne me représente pas Elizabeth Taylor. Je n’ai jamais dansé sur Saturday Night Fever. Je n’ai pas vu les Nuits Fauves. Et même si les univers de Jacques Demy, de Jean-Luc Lagarce et de Bernard-Marie Koltès me sont familiers, je sens bien que je passe à côté de l’essence du spectacle.

Néanmoins, quelque chose est là. C’est peut-être l’évocation de la mort, ou la présence si proche de ces personnages dont on sent de manière indicible qu’ils sont associés à quelque chose qui nous dépasse. Je ne comprends pas mais j’écoute et j’observe attentivement la rencontre qui se joue sous mes yeux. Les mots défilent. Corps perdu, Mon Sida, Michel Foucault, Elizabeth Taylor. Chaque comédien a son morceau de bravoure. Je suis particulièrement scotchée par Marlène Saldana, que je découvre et qui danse de manière endiablée, presque possédée, sur la Chanson d’un jour d’été des jumelles que je connais bien. Et puis, à nouveau, lors de son numéro de claquettes qui répond à la mélodie mélancolique des Parapluies de Cherbourg, me voilà transportée ailleurs. Je comprends que je passe à côté de quelque chose, car je ne suis touchée que par ce qui fait écho en moi, soit peu de chose en somme.

Et puis arrive Marina Foïs. Je ne sais rien d’Hervé Guibert ni de Michel Foucault. A dire vrai, pendant le monologue dont j’apprendrai par la suite qu’il est tiré de À l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie, je ne suis même pas sûre qu’il est écrit par l’un, évoquant l’autre. Ce n’est presque pas la question, oserais-je dire. C’est dans ce monologue – court, long ? je ne sais plus – que j’ai touché du doigt l’atmosphère d’une époque. Marina Foïs est d’une sobriété à couper le souffle. Plus elle avance dans son histoire, plus la salle prolonge son apnée, jusqu’au gong final qui tombe

Je ne pourrai davantage analyser le fond. Je m’autorise quand même dire quelque mots sur la forme que prend le travail de Christophe Honoré. Si mes oreilles peinaient à suivre, mes yeux étaient ravis : la scénographie est superbe, créant avec peu d’objets des ambiances très spécifiques. Par ailleurs, j’ai déjà mentionné les « moments » de chacun des comédiens : bien que certains m’aient particulièrement touchée, je reprocherais un aspect presque imposé qui les rend moins authentiques – on les sent trop arriver. J’aurais aussi quelques reproches à faire au texte : le spectacle enchaîne beaucoup d’idées mais ne les développe parfois pas assez. Ainsi, j’aurais aimé par exemple que les fantômes poursuivent leur débat sur ce qu’est devenu le monde aujourd’hui. Mais, souvent, ils s’arrêtent sur un bon mot ou une allusion bien placée. Un peu facile, alors même que le spectacle ne l’est pas. Dommage.
21 janv. 2019
7/10
12 0
Tout comme Christophe Honoré, j’ai eu 20 ans en 1990 et tout comme lui, j’ai fait partie de cette génération qui a enterré des amis du même âge à l’époque… Il y a eu aussi ces morts ‘célèbres’ français qui m’ont marquée : Cyril Collard, Serge Daney, Jean-Luc Lagarce… et en mode international : Freddie Mercury bien sur…

Les six personnages convoqués sont donc : Cyril Collard, Serge Daney, Jean-Luc Lagarce, Bernard-Marie Koltès, Jacques Demy et Hervé Guibert. Ces fantômes sur scène se posent des questions et c’est avec émotion que je les regarde évoluer. On est loin du biopic de chacun des fantômes, c’est plutôt une suite de séquences marquantes qui peut paraître décousue. Celle qui m’a vraiment frappée : c’est Jacques Demy évoquant comment la cause de sa mort a été révélée. Ce que je retire au final des Idoles : c’est l’équilibre de l’écriture de Christophe Honoré entre la gravité et la légèreté.

Les comédiens gravitent sur la scène avec nonchalance et avec ce qui semble une absence de chorégraphie, parfaite pour des fantômes, mais pourtant leur présence est intense et les six sont tous très prenants.

Il y a deux comédiennes (les excellentes Marina Foïs et Marlène Saldana) pour incarner deux figures masculines, ça ne pose aucun problème. Le reste du casting est masculin et parfait aussi. J’ai beaucoup apprécié Julien Honoré dans le rôle de Jean-Luc Lagarce.

J’ai vraiment aimé cette évocation même si pour moi elle n’est pas exempte de défaut : les comédiens parlent avec des micros qui trainent un peu partout sur scène puis se mettent à parler sans et c’est assez frustrant car on les entend nettement moins bien surtout quand on a des voisins bruyants. J’aimerais réécouter le monologue de Marina Foïs encore une fois. J’aurai sans doute supprimé certains passages aussi mais il faut dire que je n’aime pas les pièces longues.
18 janv. 2019
8/10
4 0
Pièce très engagée, décousue mais intéressante !

En bref, Christophe Honoré met en scène ses 6 idoles de jeunesse, qui sont toutes mortes du sida dans les années 90, à une époque ou C. Honoré "voulait tout ressentir et tout comprendre" : Bernard Marie Koltès, Cyril Collars, Serge Daney, Hervé Guibert, Jean-Luc Lagarce, Jacques Demy. Les idoles sont au paradis, et discutent entre elles, de leur vie, lorsqu'ils ont appris leur maladie, leur souffrance, puis leur mort, et enfin leur vie après la mort.

C'est intéressant de voir le point de vue des "stars" (intellectuels notoires) atteintes du sida. Car c'était totalement un taboo pour les stars en France, d'assumer leur séropositivité. En effet, il y avait un lien très fort entre sida => homosexualité => et donc un taboo sur la maladie, car les gens n'assumaient pas d'être homosexuels. Les élites ne militaient donc pas du tout dans la lutte contre le sida, contrairement aux citoyens dans les rues (Act Up) ou aux stars américaines (Elizabeth Taylor par exemples).

J'ai bien aimé l'univers décousu de Christophe Honoré : le spectacle suit une ligne de temps, mais les personnages partent dans des délires, en lien avec la situation (et pas forcément en lien avec le sida) :
- le fait que pour bien voir quel visage on aurait si tel évènement nous était arrivé, on va jouer le moment (Ex : quelle tête aurait fait Koltès devant Travolta?)
- le moment ou Jacques Demi fait Elizabeth Taylor
- le moment ou l'un des personnages demande un répit à la maladie, et pète un plomb de vie "viole la vie" sur Despacito à Porto Rico.

Sur les personnages, beaucoup d'humour dans le jeu. On sent également qu'ils ne récitent pas un texte. Je suis très à l'aise avec les pièces contemporaines dans lesquelles les personnages ne communiquant pas par dialogue entre eux, mais par punchline criées au public.

Des réflexions / punchline intéressantes :
- l'avantage de mourir jeune c'est que ca ne laisse pas le temps de décevoir
- je suis de la promo Freddie Mercury (en parlant de l'année de mort)
- pour les malades du sida, on ressent bien le poids entre garder le silence sur la maladie (pesant) et en même temps le poids de l'aveu sur leur statut sérologique (car jugement d'être homosexuel). Finalement un des personnages dit que dire des choses vraies, ca ne change finalement rien pour soi, mais tout pour les autres
- interrogation sur qu'est ce qui est taboo aujourd'hui ?
- le jugement dans la maladie : les gens atteints du sida, on leur reproche leur orientation sexuelle // les gens obèses, on leur reproche de trop manger // les gens dépressifs, on leur reproche de se noyer dans leur problème. En fait on juge beaucoup les gens.
- être un anarcho dandy

Bon spectacle
15 janv. 2019
7/10
2 0
Hommage rendu -en partie- aux "icônes" des années Sida.

« Les Idoles », m’ont décontenancée car je n’y ai pas ressenti l’émotion profonde, à laquelle je m’attendais, pour un tel sujet : l’évocation et l’hommage rendu aux artistes de la « génération sida » des années 80, tous disparus précocement (Collard, Koltès, Demy, Guibert, Lagarce, Daney) et, qui ont marqué le tout jeune Christophe Honoré de vingt ans par leur liberté, leur audace, leur insouciance et leur destin tragique.
Je suis beaucoup restée en dehors, ce qui me navre un peu, vu la thématique abordée…. !

Sans doute cela tient-il à la méthode d’écriture d’Honoré, avec sa petite « troupe » de fidèles acteurs (process qu’il explique très bien dans le programme) à savoir imprégnation, improvisation puis « réécriture » par Honoré lui-même, méthode qui ne surprend plus... (j’en ai, pour ma part, un peu assez de cette mode de l'écriture de plateau… qui requiert une exigence critique et de la distance par rapport à ce qui est produit, que l'on ne retrouve pas toujours...
La « méthode Honoré » a peut-être besoin d’une réactualisation ou bien, elle ne convenait pas vraiment ici à la teneur du sujet.

Le résultat m’a paru un brin hétéroclite, haché, avec un rythme qui se perd souvent, et il a manqué à ce travail le liant qui aurait pu me toucher vraiment.
Les interventions successives des différents comédiens, relevant me semble-t-il plus de leurs savoir-faire propres ou, de morceaux de bravoure, que d’une réflexion commune et partagée sur un sujet grave qui me semble manquer.

Le seul moment d’émotion extrême, le texte de Guibert dit par Marina Foïs, qui m’a bouleversée.

Sinon, grâce soit rendue à Christophe Honoré pour l’intention de son spectacle, cet hommage posthume rendu à ces artistes magnifiques que l’on n’oublie pas, qui l’ont conduit lui aussi sur le chemin d’une activité artistique brillante et reconnue, activité menée sans tabous avec talent et la plus grande liberté.
10 janv. 2019
9/10
2 0
J’attendais avec impatience la nouvelle pièce de Christophe Honoré. Parce que, à une exception près, j’aime son cinéma et que j’avais énormément apprécié « Fin de l’Histoire » (où j’ai découvert la divine Marlène Saldana) et « Nouveau Roman » dont la mécanique est ici reprise : des acteurs qui jouent des personnalités de la vie artistique, une recherche documentaire qui les implique dans le processus de création…

C’est dans un décor (toujours imposant) de station de métro que Christophe Honoré rend hommage à ces hommes qui furent ses idoles, qui l’ont en quelque sorte façonné. Il est aussi, je ne dirai pas étonnant mais, beau de voir à quel point il peut faire confiance en ses acteurs : Marina Foïs dont on a l’impression qu’elle joue toujours de la même façon (cet air détaché, une diction et un rythme qui respirent – je sais, ça ne veut rien dire), pourtant ça fonctionne à en devenir bouleversant, Marlène Saldana (dont je ne peux m’empêcher d’admirer l’énergie, l’audace et la finesse) qui emporte tout sur son passage, Jean-Charles Clichet qui apparait tour à tour fragile et drôle (ou les deux à la fois)…

L’ensemble est à ravir. C’est généreux. On rit, on est ému. Christophe Honoré parvient à trouver l’équilibre. On se retrouve dans ces années 80/90 pendant lesquelles j’étais bien trop jeune pour apprécier (ce n’est peut-être pas le bon mot) ce que pouvaient être ces années SIDA. Un spectacle essentiel et mémorable.

On connait déjà la fin puisqu’ils sont déjà tous morts. D’ailleurs le début pourrait être la fin, ça se terminerait comme dans un film de Jacques Demy, on y danserait comme les danseurs de Dominique Bagouet, sur une musique des Doors mais ça ne se terminerait jamais…

« When the music’s over, turn out the lights… »
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Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor