Les Fantômes de la Rue Papillon

Les Fantômes de la Rue Papillon
De Dominique Coubes
Mis en scène par Dominique Coubes
Avec Michel Jonasz
  • Michel Jonasz
  • Théâtre La Bruyère
  • 5, rue La Bruyère
  • 75009 Paris
  • St-Georges (l.12)
Itinéraire
Billets de 11,00 à 30,00
Evénement plus programmé pour le moment
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Une comédie humaniste mettant en scène un jeune « rebeu » qui doit raconter la Shoah à un juif. De l’émotion, du rire, un plaidoyer contre l’antisémitisme et le racisme.

Un hommage à la fraternité.

 

 

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Toutes les critiques
8 janv. 2018
9/10
22 0
Le rideau s'ouvre sur un banc et son réverbère... Un homme (Michel Jonaz) est assis sur ce banc. On a l'impression qu'il s'y cramponne, impuissant. Mais ses yeux demeurent pétillants.

Une étoile jaune est cousue sur son veston, signalant son appartenance religieuse. Tout à l'heure on verra les deux trous noirs dans son veston. Quelle date sommes-nous ? Ce bout de tissu est terriblement évocateur d'un passé que l'on ne voudrait plus revoir. Le vieux juif commente des images que lui seul peut voir. On dirait des sous-titres de clichés que Robert Doisneau aurait pu légender. La routine du présent de la rue Papillon.

Tout le monde vieillit. C’est calme, soupire t-il alors qu'une brume impalpable s'évapore derrière lui.

Soudain, des halos de gyrophare... Police nationale ! "Tes mains sur la voiture et tu sors tes papiers !", "Mais j'ai rien fait, M'sieur. C'est la quatrième fois ..."... Joseph s'est dressé. Ça dégénère, un malentendu, une bousculade, un coup de feu... "On est en train de le perdre, ça s'appelle une bavure".

Une porte s'ouvre lourdement... Haïssa entre en scène et tombe sur Joseph. Donc tu me vois, c’est sûr ? Et tu m’entends ? Joseph n'en croit pas ses yeux. La porte se referme. Ils vont devoir cohabiter. Le face-à-face du (jeune) rebeu face au (vieux) juif aurait pu s'intituler Quand un fantôme rencontre un autre fantôme.

Le spectacle n'est pas nouveau. Il a été créé au printemps au Gymnase mais je ne l'ai vu que maintenant au Théâtre La Bruyère. Et je vais vous faire une confidence, je ne regrette pas d'avoir attendu. J'ignore comment était l'interprétation d'Haissa par le comédien qui a créé le rôle (sans doute excellente, je n'ai entendu que des louanges à propos de Samy Seghir) mais ce que fait Eddy Moniot est tout à fait remarquable de spontanéité et de générosité.

Il fait ses débuts en tant que comédien mais ce n'est pas un inconnu dans le monde artistique. Il a été l'un des personnages principaux du documentaire "A voix haute, la force de la parole" après avoir gagné le concours Eloquentia. Il a fait des chroniques sur Europe 1 sous le nom de monsieur Eddy. Ne soyons donc pas étonnés par la justesse de ton de sa performance.

Michel Jonasz est un comédien hors pair. Il faut rappeler qu'il a démarré sa carrière d'artiste en suivant des cours de théâtre Porte de Vanves. Les dialogues ne donnent pas l'impression qu'ils ont été écrits. Chaque mot sonne juste dans la bouche de l'un et de l'autre. C'est ainsi quand on a la chance que deux grands acteurs se retrouvent face à face (j'en dirai autant dans quelques jours du Souper qui réunit les Mesguich père et fils).
On se retrouve fantôme juste devant l'endroit où on est mort. C'est comme ça pour tout le monde. Michel Jonasz a trébuché à peine sur le mot ça, ce qui nous fait accepter la réalité de la situation comme si elle était naturelle.

Le jeune homme a tout de même du mal à gober la Valda. Il trouve un seul mot pour exprimer ses doutes : Genre ? Le vieil homme confirme avec empathie : Le 4 de la rue Papillon, un trou dans le bonnet.

Ce qui les lie pour le moment c’est ce 4 mais le spectacle va démontrer que les points communs sont multiples dans ce pays de merde où on se fait buter pour un contrôle d'identité. J'aurais été agacée qu'on me donne encore une nième leçon de Vivre ensemble, de générosité à l'eau de rose sur le choc générationnel et le devoir de mémoire.

Les dialogues écrits par Dominique Coubes respectent les différences de milieu social et d'époque. Avec juste ce qu'il faut de pudeur, d'humour et de force pour faire vivre l'intrigue. Car il y en a une, sous forme d'enquête puisque Haissa va aider Joseph à découvrir ce qui est arrivé à sa famille. En premier lieu à répondre à cette question lancinante et sans réponse depuis 70 ans qu'il est là à voir sans rien entendre.

Le 16 juillet 1942, le jour où je me suis fait tuer, tous les juifs du quartier ont été arrêtés et emmenés (il le dit avec naturel, sans être vindicatif) dans les bus de l'Etat, mais où sont-ils partis ? Ce que je veux c'est savoir ... savoir où ils sont. Joseph est obsédé par cette question que tout père se poserait à propos de ses enfants.

On a envie de leur suggérer de taper une requête sur Google pour résoudre l'énigme. Mais l'ancêtre ne sait pas que cela existe et le jeune n'a pas de matériel sous la main. Pour le moment il est tout entier animé par la révolte, puis par le déni, comme toujours en cas de choc affectif. Il ne peut se croire mort. Petit à petit il se décentre et suit l'histoire de son compagnon comme s'il lui racontait un épisode de Plus belle la vie :
- Vous avez fait quoi pour vous défendre, vous ? (il s'attend à un acte de bravoure ou de bravade)
- Mais t'as pas l'temps ! rétorque Joseph qui le met en garde avec douceur et tristesse.
- Attention, les hommes peuvent devenir fou.
- De ouf, dirait le jeune homme stupéfait qu'on puisse se laisser embarquer sans protester.

Des images d'archives en noir et blanc rappelleront l'horreur de cette époque avec plus de force que des mots.

- J'ai un grand service à te demander. Ainsi démarre la longue enquête qui va remonter le cours de l'histoire. Joseph va devoir insister parce que Haissa ne voit pas comment l'aider. Il reconstituera le puzzle petit à petit (mais je ne vais pas vous raconter, c'est trop savoureux de suivre leurs mésaventures). Ce qui est touchant c'est que lorsque le jeune homme apprend l'horreur des camps (dont on peut penser qu'il ne le savait pas vraiment, étant donné son âge et ses centres d'intérêts) il cherche à préserver celui qui va devenir son ami.

Cette valse hésitation est très bien jouée. Elle aurait pu être pathétique. Elle demeure tragique mais il y a suffisamment d'humour pour qu'on la suive sans décrocher un instant. Joseph apprendra ce qu'est un Monoprix ou un string et ce réfractaire au changement va devoir s'ouvrir à la modernité en découvrant tout ce qu'on peut faire avec un Ipad. Haissa se débarrassera de ses préjugés et de sa mythomanie. Tous les deux réviseront leurs jugements sur l'honnêteté et leur conceptions respective de l'emprunt. Leur connivence fera plaisir à constater.

Le retour du violon à son "propriétaire" (si je puis dire) est un joli moment. La scène de rap slamé sur les paroles de Serval Pikty par Eddy Moniot est un grand moment. Et le choix de la musique des Marches du palais apporte de la douceur.

On connait nous l'histoire, celle qui a été écrite avec un grand H et pourtant on est surpris par les rebondissements. Les films d'époque témoignent que tout ça n'est pas du cinéma. Combien d'arméniens, de bosniaques, de tibétains ... ont été déportés ? Joseph pense que la paix est revenue. Que ce soit un arable qui lui fasse découvrir la Shoah est un retournement de situation insensé. Le personnage est tout autant sidéré qu'il puisse exister des attentats religieux à notre époque !

Il ne faut pas oublier de citer Judith Magre qui intervient de manière originale exhortant les enfants de la Shoah à donner l'exemple dans le monde entier afin qu'aucun homme ne subisse ce que leurs parents ont subi. Mais parce que vous, lecteurs, savez lire à coté des mots je vous laisse le beur pour la fin (beurre pour la faim), vous aurez compris ... le meilleur pour la fin.

Allez voir ces (gentils) fantômes. Ils vont resurgir sur le boulevard Bonne Nouvelle en 2018.
18 déc. 2017
9/10
8 0
Un sujet original, une mise en scène élégante, une excellente interprétation...

Une très bonne soirée !
12 oct. 2017
6,5/10
20 0
Un banc, un réverbère et c’est tout. Un décor simple et dépouillé suffit largement pour l’histoire qui va se dérouler sous nos yeux.

Sur le banc, il y a Joseph qui attend depuis 75 ans, il est rejoint par le jeune Haïssa qui ne comprend pas ce qui lui arrive. Ces deux-là sont des fantômes, ils sont morts tous les deux devant le 4 de la rue Papillon. Oui des fantômes, ça existe ! Ils ne peuvent s’éloigner de l’endroit de leur mort et sont isolés du monde, ils n’entendent pas les vivants qui passent devant eux. Pour s’informer, Joseph essaye de lire le journal par-dessus les épaules des passants qui sont à proximité, l’arrivée d’Haïssa va l’affranchir sur les nouvelles technologies et l’Histoire…

Les deux compères vont se découvrir, non sans difficulté mais au final, ils découvrent qu’ils sont morts pour la même raison : la peur (puis la haine) de l’autre.

Michel Jonasz est émouvant quand son personnage s’acharne pour savoir ce qui est arrivé au reste de sa famille, il n’a aucun conscience d’avoir été au cœur de la Shoah, la révélation est terrible et Haïssa (un Eddy Moniot brillant) qui connait l’Histoire peine à lui dire la vérité et ma foi, je n’aurais pas aimé être à sa place.

La pièce a une résonnance avec notre actualité et rien que pour ça, elle est nécessaire.
7 mai 2017
7/10
54 0
L'histoire n'est-elle qu'un éternel recommencement (n'est ce pas Thucydide ?) ou bien l'Homme peut-il influencer son destin en apprenant de ses expériences ?

Tel pourrait être le point de départ de cette pièce.
Une vaste question à laquelle elle ne propose pas forcément de réponse (du reste en existe-t-il vraiment une ?), mais provoque indiscutablement une réflexion chez le spectateur. Et en ces temps troublés, cela n'est pas forcément une mauvaise chose.

Plantons le décor : un banc, deux fantômes, deux histoires, deux époques et un dialogue qui s'instaure. Si au début, ce dernier se focalise sur la mort du jeune Haïssa, très vite l'histoire devient plus profonde et emporte le public plus loin dans le passé (mais pour mieux le ramener vers son présent et le pousser à s'interroger sur son avenir. Ingénieux !)

Servi par deux bons comédiens, le texte fait habilement côtoyer émotion et humour. Une alliance bienvenue qui permet de ne pas rendre l'atmosphère trop lourde ou la transformer en véritable leçon de morale.

Certes quelques longueurs sont à déplorer, mais globalement cette pièce est une découverte intéressante.
S K
30 avr. 2017
10/10
46 0
Une pièce pour rappeler leur devoir aux descendants des victimes de la Shoah : être aux premières lignes pour dénoncer et protéger tout traitement indigne d'un être vivant par d'autres, sans discrimination aucune.

Belle interprétation des deux acteurs sur scène et de Judith Magre en vidéo. Belle mise en scène, sobre et astucieuse pour recréer ce que peut être la vie après la mort. Une pièce qui devrait être diffusée à la télévision afin d'être vue par le plus grand nombre. Diffusée dans les écoles et dans les "quartiers" afin de susciter le dialogue concernant la répétition des pires événements. Rejouée aussi par les cours de théâtre scolaires. Faire partie du répertoire classique théâtral français, franchement.
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor