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L'Envol des cigognes

L'Envol des cigognes
De Simon Abkarian, Ariane Ascaride
  • Théâtre du Soleil
  • Route du Champ-de-Manœuvre
  • 75012 Paris
  • Château de vincennes (l.1)
Itinéraire
Billets de 6,00 à 35,00
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Cette tragi-comédie de quartier sur fond de guerre civile est le dernier volet de la trilogie de Simon Abkarian sur les femmes et la Méditerranée.

Quelle joie de voir « ces animaux-là », comme disait Molière, s’ébattre en toute liberté dans leur espace naturel ! Cet espace c’est la Méditerranée et « ces animaux », ce sont des hommes et surtout des femmes façonnés par la tradition séculaire avec tout ce qu’elle a de bon et de mauvais.

Le premier tome racontait l'obstination amoureuse d'une femme qui savait attendre. C'était Pénélope ô Pénélope. Le deuxième racontait l'histoire de femmes qui s'émancipent du dictat des hommes et du religieux. C'était Le Dernier jour du jeûne crée au Gymnase en 2013. Le troisième et dernier tome de cette trilogie se situe en fait au milieu, il raconte bien plus que la guerre, le paradis perdu qui s'abîme.

Les flots de la « mère des mers » nous emmènent avec L'Envol des cigognes dans un quartier meurtri par la guerre civile, où les mères protègent leurs enfants des coups de feu et où les rires, les pleurs, les fêtes, les enterrements et les mariages continuent malgré la tempête.

L’univers d’Abkarian, c’est d’abord une langue, rauque et imagée, bouillonnante comme un torrent de mots. C’est une atmosphère grave, voire tragique, où cependant l’on rit souvent, le lyrisme de la tragédie grecque qui se mêle à la comédie italienne et la fresque pagnolesque. C’est aussi la peinture d’une société patriarcale mais où les femmes sont des reines, des reines de théâtre, des reines ordinaires, des reines d’aujourd’hui.

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15 oct. 2018
9,5/10
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La vie, l’amour, la passion, la mort. Comment résumer 6h30 de spectacle en quelques mots.

On est véritablement happé par cette épopée, par ses personnages, ses personnalités à la fois si colorées et si denses. Chacun a son histoire, ses rêves, ses visions et la rencontre de tous ces individus est vibrante.
La pièce balaye énormément de sujet, l’exil, la guerre civile, les traditions, l’immigration, la condition de la femme, la religion, l’acceptation de la différence, les violences faites aux femmes…très vaste programme.

Il y a de la tragédie grecque bien-sûr mais aussi du Tchekhov dans ce drame familial.
Ce sont des personnages en guerre. En guerre contre eux-même, en guerre contre les traditions qui les enferment et les contraint, et puis finalement en guerre tout court car celle-ci les rattrape, elle le cueille malgré (ou à cause) du soleil, de l’amour et de la vie si présents dans ce coin de village méditerranéen.
Dans Le dernier jour du jeûne nous sommes dans des drames de l'intime qui se mêlent et déteignent les uns sur les autres. Des histoires de famille et de voisinage qu’il faut régler entre-soi.
Dans l’envol des cigognes, les petits drames familiaux pourtant toujours présents s’inscrivent dans une tragédie qui les dépasse et dont ils n’arrivent plus à maîtriser le déroulement. La mère (Ariane Ascaride, admirable) tente désespérément de garder le contrôle sur les siens avec plus ou moins de succès tant les événements sont puissants.

On assiste à un théâtre ambitieux et exigeant, à un travail investi et abouti !

Simon Abkarian éclaire cette tragédie de son espérance. Il montre la force de l’amour et de la vie au cœur même de l’horreur. Il rappelle l’importance des rites et des traditions quand tout s’écroule (La scène de l’adoption est particulièrement splendide !).
C’est un hommage aux femmes, mères, filles, combattantes, et résistantes.

Un intense moment de théâtre !
6 mars 2017
9,5/10
25 0
Une merveille d'intelligence, de sensibilité, d'élégance, de direction d'acteurs, de mise en scène inventive...

Une pièce qui peut faire peur par la longueur annoncée. 3h15 mais pour nous ça a été 3h30 sans compter l'entracte.
Ne vous laissez pas impressionner ou rebuter. Il FAUT voir cette pièce.
J'y suis allée éreintée surtout pour faire plaisir à une amie, à mi-chemin entre éveil et dodo. Après le spectacle j'étais transportée, enthousiasmée, et impossible de trouver le sommeil.
Une classe d'ados était présente. Ils ont été les premiers à se lever à la fin de la pièce pour la standing ovation. Je les ai vus après attendre les artistes pour les rencontrer, discuter.

Cette histoire d'humains comme nous, vraiment comme nous, qui vit la guerre au quotidien vous secouera au plus profond de vous.
Car ce ne sont pas les images des infos habituelles qu'on voit là, des images lointaines, distanciées, de lieux, de guerre, de combattants. Non là il s'agit d'habitants lambdas qui se débrouillent dans la difficulté du quotidien, dans les souffrances des séparations, dans le choix des camps entre deux quartiers qui avant vivaient ensemble, dans l'humour qu'ils essayent de conserver pour ne pas devenir fous, dans les rêves des jeunes qui s'imaginent une vie normale (quelle scène ce jeune qui rêve de construire un parcours de golf sur les ruines de son quartier !), dans l'amour qu'ils essayent de vivre malgré les caractères transformés par la haine...
C'est la vie telle qu'on pourrait la vivre avec des gens qui ont les mêmes attentes, rêves et habitudes que nous. Faire la fête, boire un coup, écouter de la musique, manger du pain... juste les mêmes besoins que nous, rien de très exotique ou original. Ces gens pourraient habiter à Paris, Marseille, Barcelone ou n'importe quelle ville qu'on connait par coeur. Ils ont le même mode de vie avec leurs téléphone portable, leur ordinateur.
Ils nous semblent tellement proches qu'on réalise le concret, le quotidien même à 1000km de chez nous.

Une ode à la vie, à la famille, aux amis, à la solidarité, à l'intelligence.
Un texte rare, précis, dense, qui alterne entre la crudité et richesse linguistique.
C'est sensible, profond, drôle et triste.

Et quelle mise en scène ! Ca tourne, ça vit, ça virevolte. On est au Liban, à Alep, en Orient.

Les comédiens sont formidables, tous, premiers rôles, seconds rôles, petits rôles. Simon Abkarian doit beaucoup aimer ses acteurs pour les valoriser comme ça, pour qu'ils aient envie de donner comme ça.

Un choc, une gifle, une énorme baffe.
Le genre de pièce dont je me souviendrai dans 15 ans quand tant d'autres passent sans laisser aucune trace.
Merci Monsieur Abkarian.
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor