L'Échange (Schiaretti)

À l'affiche du :
6 décembre 2018 au 22 décembre 2018
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l m m j v s d
    • HORAIRE
    • 20:45
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Le drame se déroule sur la côte est des États-Unis, dans la propriété où vivent un riche homme d’affaires américain, Thomas Pollock Nageoire, et Lechy Elbernon, une actrice.

Un jeune couple désargenté, Louis Laine, métis d’Indien, et Marthe, son épouse, y font office de gardiens.

Louis a rencontré Marthe en France, dans la campagne où elle vivait sans jamais avoir quitté son village. Rêveur, épris de liberté et de vastes horizons, Louis vient de tromper la sage Marthe avec Lechy Elbernon. De son côté, Thomas Pollock, pour qui « il n’est de valeur que de l’or », convoite Marthe qu’il finit par acheter à Louis contre une liasse de dollars.

Le chassé-croisé amoureux se termine mal. Louis décide de partir, abandonnant à la fois Marthe, qui tente en vain de le retenir, et Lechy Elbernon, qui le menace de mort. Désespérée et pressentant le malheur, Marthe lance une longue plainte, où elle demande justice face à Dieu et à l’univers. Mais le destin s’accomplit.

Lechy Elbernon se venge : elle fait assassiner son amant, ramené mort sur son cheval, et elle incendie la maison de Thomas Pollock, ainsi ruiné. Elle s’écroule ivre-morte sur le sol tandis que Marthe accepte la main tendue de Thomas Pollock.

 

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16 déc. 2018
8,5/10
1 0
Je n’ai pas hésité une seconde. La distribution était trop belle : sur les quatre acteurs réunis sur la scène des Gémeaux, trois font partie de mon panthéon personnel, ou presque. Ils sont en tout cas trois noms qui résonnent pour moi avec le mot excellence, et je ne voulais pas rater cette nouvelle occasion de découvrir Claudel. Pour l’instant, mes rencontres avec l’auteur ne s’étaient jamais avérées très fructueuses. Nouer un lien avec lui, retrouver Schiaretti et ses acteurs qu’il connaît bien, et découvrir le Théâtre des Gémeaux par la même occasion : voilà qui promettait une belle soirée.

La scène s’ouvre sur Louis Laine et sa femme, Marthe. Ils sont seuls, près de la cabane dans laquelle ils ont élu domicile, en Amérique. On sent déjà que malgré leur apparente proximité, quelque chose les sépare en profondeur : alors qu’elle lui semble entièrement dévouée, lui adressant tous ses regards, il est moins avec qu’elle qu’il n’y paraît, aspirant déjà à une liberté qu’il revendiquera tout au long de la pièce. Cette liberté ne tardera pas à entrer en scène, sous la forme de Lechy, ancienne actrice, et de son époux, Thomas Pollock Nageoire. Elle est la Femme dans toute sa splendeur, il est l’optimisme permanent. Et, quelque part, ils semblent lui donner envie.

Pour quelqu’un qui, comme moi, a du mal à se confronter à Claudel, c’est assurément l’une des meilleures mises en scène permettant de l’aborder. Schiaretti, ne s’encombrant d’aucun artifice, ni décor ni vidéo, parvient à créer cette force presque magnétique qui régit les personnages de Claudel. A plusieurs reprises, il impulse de réels accents claudéliens à son spectacle, comme mettant en scène non plus des psychologies mais des allégories. Certaines tirades sont grandioses, et j’ai eu l’impression, soudainement exaltée, de toucher au sublime. Mais cette excellence a des ratés, et, à plusieurs reprises, ce « quelque chose » qu’il était parvenu à créer retombe.

La faute d’abord à un texte qu’il aurait fallu couper, notamment dans les parties de Marthe dont les tirades sont peut-être les plus conceptuelles. Mais on imputera également ces longueurs à Louise Chevillotte, encore un peu verte pour le rôle. Il lui manque l’autorité de Marthe, cette supériorité naturelle qu’elle devrait avoir sur Louis et sur l’ensemble des personnages, que tout le monde ressent dans la pièce alors même qu’elle paraît être la plus bafouée. Ce manque-là nuit évidemment au spectacle en lui ôtant cet aspect fondamental : Marthe doit être déjà ailleurs. Or elle est là, trop ancrée dans le sol, encore un peu trop fade.

Dommage, car, en face, le couple de la maturité en jette. Robin Renucci parvient à dégager de son personnage une certaine humanité que je ne lui aurais probablement pas octroyé à la simple lecture du texte. Il est posé, serein, l’air sûr de lui, et son optimisme n’a rien d’outrageant. A ses côtés, Francine Bergé est tout simplement dingue. Toutes ses facettes – l’Actrice, la Femme, l’Épouse, l’Amante – sont à la fois raffinées et brillantes. La scène d’envoûtement qu’elle partage avec Louis Laine est une perfection absolue, son charme enchantant soudainement l’ensemble de la salle. Elle est d’une beauté démoniaque. Son discours sur le Théâtre résonne encore en moi. Quelle puissance.

La révélation, assurément, c’est Marc Zinga. Révélation, le mot n’est pas le bon : je l’avais déjà découvert et adoré en Edmond dans le Roi Lear, déjà par Christian Schiaretti. Mais je me sens un peu obligée d’utiliser ce mot-là, tant il m’a tour à tour charmée et déçue, fascinée puis indignée. Je suis tombée amoureuse de lui, de cet être de fuite qui n’a aucun attachement et dont le regard m’a comme embrasée. Il a trouvé le souffle claudélien. Désormais il sera pour moi l’image de Louis Laine tant il possède son personnage, lui donnant toutes les couleurs d’une palette qui semble presque infinie : évidemment touchant dans son discours sur la liberté, il fait sentir l’indicible lien qui l’attache à Marthe et parvient même à le différencier de celui qui l’unie à Lechy. Il nous fait donc ressentir l’intensité d’un concept. Et c’est ça, Claudel non ?
9 déc. 2018
10/10
1 0
D'entrée de jeu, les éléments se déchaînent : une pluie fracassante, sonnante et trébuchante comme de l'argent. Le décor d'apparence sobre, situe l'action : la plage de la côte est des Etats-Unis, le bleu de l'océan. Les tâches rouges du sol nous disent l'Annonciation de la tragédie. Le motif de la pluie sera renouvelé à la fin de la pièce : une pluie de dollars consumés en cendres brûlantes.
Quel échange a donc eu lieu entre ces deux pluies massives ?
4 personnages
– 2 couples d'âge différent.
- un couple jeune : Louis Laine et Marthe Louis : magnifiquement interprété par Marc Zinga, a cette innocence brutale et immature de celui qui veut vivre sa vie « ma vie est à moi » mais reste inconstant. C'est un pur-sang. Il a déjà quitté Marthe dans sa tête lorsqu'à la question de celle-ci « est-ce-que tu m'aimes ? », il répond « cela me regarde ». L'argent est déjà au centre de ses préoccupations car il n'y a plus d'argent dans le couple « déjà ! ».
Marthe : la « douce-amère », enfermée dans sa morale chrétienne, se tient droite grâce à ses convictions inébranlables. Elle est sûre de ses valeurs, du don qu'elle a à être une femme : servir. Louise Chaillotte, dans ce rôle, a su faire passer avec brio, le lyrisme poétique des vers claudéliens.
- un couple âgé : Thomas Pollock Nageoire et Lechy. Thomas PN est un homme qui fait de l'argent : « dans la vertu de l'argent, on peut tout avoir, tout a un prix ». Riche, il peut déclarer « Je suis tout (...), je suis (...) comptant » L'interprétation de Robin Renucci permet de faire la dé "monstr" ation du cynisme attendu du personnage. A la question « comment s'appelle sa fille ? », il répondra « Laura, je crois » ...
Cette interprétation clinique, blanche, permet aussi de blanchir les travers de la possession, en préférant la circulation de l'argent à la thésaurisation.
Lechy, l'actrice, celle qui joue à être toutes les femmes jusqu'à en perdre la raison. Machiavélique, elle est aussi celle qui, insidieusement, s'opposera à Marthe, puis à Thomas PN, sorte de Méfistofélès au féminin. L'expérience théâtrale de Francine Bergé (quelle actrice!) enrichit dans son essence même, le souffle de la versification claudienne, jusqu'à décoiffer le spectateur lors du drame final !

Cet échange/échangisme, où les acteurs se dépensent sans compter, présente des moments forts comme par exemple :
- la superbe danse macabre de Louis Lane en transe avec Lechy,
- Marthe en servante prosternée, ventre à terre, Marthe réclamant justice,
- Lechy implorant Louis de l'aimer, au rythme des battements de coeur du tambour,
- Louis s'enivrant de son propre souffle
- la réplique de Thomas PN « est-ce-que toute chose vaut son prix ? »
- « Jamais ! ».
Et un final à vous couper le souffle : Marthe à Thomas PN au sujet du corps de Louis « aidez-moi à le rapporter dans la maison », comme si ce corps était devenu le poids mort signifiant la fin d'une maison de rapports. Pour conclure, dans cette mise en scène, les frottements des échanges verbaux et physiques qui s'intensifient au fur et à mesure dans la violence, et dont la résolution passe par un marché pousse au crime, confinent à l'exaltation d'une esthétique théâtrale : une œuvre d'art.
A consommer sans modération.
20 nov. 2018
8,5/10
10 0
L’échange.

Côte est américaine sur la propriété d’un riche homme d’affaires, Thomas Pollock Nageoire, abritant chez lui deux enfants ayant récemment fait vœux de mariage. Dans une journée dont nous suivrons le cours, le jeune Louis Laine acceptera un échange en abandonnant sa femme à Thomas pour une liasse de billets et en la trompant avec Lechy, l’actrice accompagnant Thomas. Marthe, la jeune femme tour à tour convoitée, humiliée, abandonnée et trahie verra en une journée son monde s’écrouler et son mari payer le prix de sa cupidité.

L’échange de Claudel est une pièce cruelle et dramatique. Elle met en scène la vertu d’une jeune femme face au pouvoir de l’argent et de la vilenie. Son "acquéreur" Thomas ne la touchera finalement pas, quémandant seulement à douce-amère un peu de sa présence et de sa compassion.

En milieu de journée, dans sa longue plainte face à nous et au soleil lorsqu’elle comprend son sort, Marthe (Louise Chevillotte) semblerait presque folle si elle n’était la plus sage de ces quatre personnages. Dans le rôle de Thomas et de Lechy, Robin Renucci et Francine Bergé (qui fête ses 80 ans !) resplendissent. Dans sa posture de cow-boy, Renucci est d’abord un roc immoral et répugnant qui ne peut s’empêcher d’acheter ce qu’il convoite puis un homme seul, cherchant le réconfort dans une simple présence. Et Francine Bergé, d’apparence élégante et chantante, est redoutable et venimeuse telle la menthe religieuse qui tue aussi bien ses rivales que ses amants. Leur cynisme noirci par le temps fait pâlir les convictions vacillantes du jeune Laine (Marc Zinga). Laine l’impétueux veut vivre et se sent étouffé par sa douce-amère qui attend de lui beaucoup plus qu’il ne peut en donner. Jeune et sauvage encore, il renie son âme en croyant embrasser de plus grandes opportunités qui l’entraînent à sa perte.

Dans leur manière de faire sonner tous les « e » muets, les quatre acteurs donnent aux phrases un rythme et un reflux animant la langue drue de Claudel. Parfois les images poétiques sont lancées au spectateur, sans contexte et sans rattachements clairs à l’action qui se déroule. Passé le temps de la surprise face à ce double discours (car c’est mon premier Claudel), la pièce en devient intéressante. La langue s’égare parfois en métaphores éthérées mais demandant un effort qui n’est pas vain. Car le spectateur plonge dans ce drame, saisi d’horreur et de pitié face au dénouement tragique.

Pour sa part, la mise en scène de Christian Schiaretti fonctionne très bien. La scène d‘ouverture où se répand le sable sur le plateau est très esthétique et installe d’emblée une certaine gravité. Le dépouillement de la scène animée seulement de jeux de lumière indiquant l’avancement de la journée participe à nous entraîner dans la chute crépusculaire de Laine. Les couleurs au sol, presque fluorescentes, imprègnent la pièce d’un aura surréelle comme un écho aux envolées du texte.

Ne serait-ce une petite faiblesse du côté de Marthe tout ici rayonne en clair-obscur et conspire au désastre de cette journée remplie de vices. La pièce a fait son chemin dans mon cœur de spectatrice, me laissant même assez songeuse… Une claque à retardement !

A voir pour découvrir- ou redécouvrir Claudel- avec de très grands interprètes.
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor