Le Radeau de la Méduse

Le Radeau de la Méduse
De Georg Kaiser
Mis en scène par Thomas Jolly
Avec Youssouf Abi-Ayad
  • Youssouf Abi-Ayad
  • Blaise Desailly
  • Adrien Serre
  • Blanche Ripoche
  • Maud Pougeoise
  • Romain Pageard
  • Thalia Otmanetelba
  • Emma Liégeois
  • Johanna Hess
  • Rémi Fortin
  • Romain Darrieu
  • Clément Barthelet
  • Éléonore Auzou-Connes
  • Gaspard Martin-Laprade
  • Ateliers Berthier Théâtre de l'Odéon
  • 32, boulevard Berthier
  • 75017 Paris
  • Porte de Clichy ( l.13, RER C)
Itinéraire
Billets de 8,00 à 36,00
Evénement plus programmé pour le moment
Réservation de tickets

Ils sont treize enfants sur ce radeau de fortune, treize enfants qui fuient la violence des adultes, cette violence guerrière qui les a obligés à quitter leur pays avant de devenir naufragés.

Si Georg Kaiser s'est inspiré d'un fait divers tragique de la seconde guerre mondiale – le torpillage d'un navire anglais transportant des enfants vers l'Amérique – ce n'était pas pour travailler à un théâtre documentaire fait de réalités dans un univers de fiction mais pour plonger au coeur même des contradictions humaines.

Quoi de pire que d'assister au spectacle d'enfants se rapprochant du comportement des adultes qu'ils ont fui ? Menacés dans leur existence, en état de survie, ils vont se protéger du danger en éliminant l'un des leurs...

 

En choisissant ce texte dont les personnages sont des enfants pour les jeunes acteurs de l'École du Théâtre national de Strasbourg, Thomas Jolly s'inscrit dans une nouvelle aventure collective. « Leurs énergies, leurs colères, leurs idées, leurs singularités, leurs désirs » sont mis en jeu dans ce huis clos perdu au milieu de l'océan et travaillent à dénoncer les méthodes d'endoctrinement qui enclenchent un mécanisme d'exclusion d'une grande violence.

Car après avoir tenté de créer une petite société égalitaire et solidaire, sept jours leur suffiront pour glisser lentement dans la barbarie. Sept jours de la vie d'un groupe d'enfants réfugiés sur un radeau qui jouent à devenir adultes, le deviennent à leur corps défendant, à l'image d'une tragédie si antique et si moderne.

 

158

La critique de la rédaction : 5/10. Ennuyés par ce texte qui ne nous a ni captivés ni émus.

L'immersion en plein océan Atlantique fait son effet avant même le lever de rideau.
Nous suivons le destin d'enfants naufragés sur une embarcation vétuste. En milieu de scène, elle tourne sur elle-même, changeant ainsi notre angle de vue.

Toute l'action se passe dans la pénombre, nous distinguons à peine les visages des 13 acteurs.
Il se passe des choses, l'histoire avance, mais leurs dialogues n'ont pas grand intérêt.

La mise en scène, jolie, reste trop répétitive en utilisant les mêmes effets tout au long des six premiers jours. Seul le septième et dernier jour de navigation surprend.

C'est dommage, nous nous faisions une joie de découvrir une pièce de Thomas Jolly.

Note rapide
5/10
pour 3 notes et 2 critiques
0 critique
Note de 1 à 3
0%
1 critique
Note de 4 à 7
67%
1 critique
Note de 8 à 10
33%
Toutes les critiques
16 juin 2017
9,5/10
32 2
Les lumières des ateliers Berthier s'éteignent.
Le grand rideau noir s'anime, faseye, grande voile noire sous le vent.
La mer. Sombre, hostile, dévoreuse.
Une voix d'enfant.

Soudain, l'explosion. Les infrabasses, le ventre des spectateurs qui vibre.
Le naufrage. Une voix off nous décrit la catastrophe.

Et le torchon finit par se lever.
La brume a envahi le plateau. Elle va se lever pour que nous puissions découvrir un canot de sauvetage.
Dans cette barcasse, douze enfants, garçons et filles.
Bientôt, un treizième surgira, le benjamin, le « petit renard », eu égard à sa tignasse rousse et son pull rouge, tranchant sur le gris omniprésent des autres costumes.
Ces enfants vont vivre sept jours éprouvants.
Survivre. Ou pas. Et dans quelles conditions.

Bien des questions vont nous être posées.

Ce concentré de jeune humanité pourra-t-il en remontrer aux adultes ?
Ces jeunes, la sauveront-ils, cette humanité ? Eux qui sont des adultes en devenir seront-ils meilleurs que leurs aînés ? Faut-il espérer ?
Tous ces jeunes éduqués dans la foi chrétienne auront-ils la même approche de leur religion, la même interprétation des textes et du dogme ?
Ce canot rempli de jeunes à la dérive ne pourrait-il pas rappeler ceux que l'on voit à longueur de JT ? Des humains à la dérive...
Des questions qui évoquent bien entendu l'actualité brûlante, des questions qui nous interpellent...

Depuis 2004, Thomas Jolly est habité par cette pièce (écrite en 1943) , lorsqu'il était étudiant à l'école supérieur d'art dramatique du Théâtre national de Bretagne.
Aussi, lorsque Stanislas Nordey lui a proposé de diriger l'atelier de sortie du Groupe 42, constitué d'élèves du Théâtre national de Strasbourg, il n'a pas hésité un seul instant.

Ce serait en quelque sorte treize jeunes et un bateau.

Ici, nous sommes durant une heure quarante cinq minutes dans un huis clos : unité de lieu, quand tu nous tiens...
Le canot de sauvetage est en quasi-permanente rotation autour d'un axe central. L'effet est saisissant. Il tourne dans un sens, dans l'autre, plus ou moins vite, et les comédiens sont obligés de composer avec cet effet.

Thomas Jolly a réussi une vraie gageure : comme diriger diriger treize acteurs dans un espace aussi réduit et qui plus est en mouvement ?
Ici, et c'est l'une des forces du spectacle, il parvient à créer de très beaux et très amples mouvements, individuels ou de groupes. C'est là une vraie chorégraphie, un modèle de précision.

Visuellement, le spectacle est très beau.
Beaucoup de fumée, peu d'intensité lumineuse. C'est sombre. On peine à distinguer les visages. Nous sommes dans l'incertitude en permanence. Il faut bien ouvrir les yeux et les oreilles.

Sept tableaux, un par jour, nous seront proposés, annoncés avec l'une des marques de fabrique du jeune metteur en scène : sa désormais célèbre police de caractère en bâtons, sur des cartons qui montent et descendent des cintres.

Autre marque de fabrique : l'éclairage est très soigné, et tient une place capitale.
Beaucoup de contres, de faisceaux latéraux, de clair-obscurs. Coup de chapeau à Laurence Magnée.
Le final est saisissant, avec l'hydravion salvateur qui amerrit dans une grande intensité lumineuse, avec de grands rayons lumineux, autre « obsession » de M. Jolly.

Et puis, il y a bien entendu les jeunes comédiens.
Ces treize-là sont épatants et vraiment crédibles. On croit parfaitement à leur histoire, à leurs histoires. Aucun complexe à avoir : la formation au TNS les a rendus très affûtés. Ils sont prêts.
Une vraie cohésion se dégage du groupe, on sent l'envie d'être ensemble, on sent l'esprit de troupe.
Les deux rôles principaux interprétés par Emma Liégeois et Rémi Fortin sont on ne peut plus convaincants.
De plus, tous chantent à la perfection des sortes de cantiques polyphoniques du meilleur effet.

On l'aura compris, Thomas Jolly persiste et signe. Il poursuit son travail en nous proposant une nouvelle fois son univers si particulier, tellement identifiable, (il y a vraiment une patte Jolly), toujours au service d'un auteur.
De par le sujet, sa mise en scène est ici plus sobre, moins baroque que dans ses productions précédentes. Pour autant cette sobriété nous démontre s'il en était encore besoin l'étendue de sa palette.
Nous avons vraiment la chance d'avoir un jeune et grand metteur en scène, inventif, inspiré, et qui va là où on ne l'attend pas.
22 août 2016
7/10
42 0
Alors que son Henry VI puis son Richard III affichaient une esthétique tapageuse comme des premières œuvres qui veulent contenir tout à la fois, Thomas Jolly surprend les festivaliers en proposant une version toute en sobriété et en émotions du Radeau de la méduse, de l’auteur allemand Georg Kaiser, qu’il monte avec les élèves sortants de l’école du Théâtre national de Strasbourg. Une bien belle entrée dans le métier pour ces acteurs en devenir.

Alors que sa troupe La Piccola Familia poursuit son travail quotidien avec le feuilleton Le ciel, la nuit et la pierre glorieuse, Thomas Jolly met en scène le groupe 42 de l’école du Théâtre national de Strasbourg auquel la scénographie adresse un petit clin d’œil en baptisant la barque de ce même nombre sur lequel six filles et six garçons vont embarquer durant sept jours. Douze enfants livrés à eux-mêmes en pleine mer. Douze ? Pas tout à fait car en réalité, ils seront treize à bord. Mais comme pour Jésus et ses apôtres, être treize ne peut pas apporter le salut à bord de leur embarcation de fortune. Il faudra donc trouver une solution s’ils veulent être sauvés.

Sept tableaux vont se succéder, séparés par un rideau noir comme la mort, tels les sept jours de dérive, de périple et de survie pour ces enfants qui fuient un conflit d’adulte, telles des victimes malencontreuses d’un monde qui n’est pas le leur. Exit l’innocence et l’insouciance et bienvenue dans l’univers cruel des grandes personnes : « Tout un navire plein d’enfants : nous jouons, nous chantons mais nous ne faisons de mal à personne alors pourquoi nous bombarder ? ». Cependant, la langue utilisée n’est pas infantilisée. Au contraire, elle est concise et très réaliste tout au long de ce huis-clos qui s’est déroulé durant la Seconde Guerre mondiale. Une véritable tragédie des enfants qui dérivent après avoir été torpillés par un sous-marin nazi. Dans le fond, le sujet fait écho à l’actualité. Tout débute par une narration dans le noir total avant que nous ne découvrions l’embarcation dans une lumière diffuse. Très vite, la vie s’organise à bord du canot et apparaît un problème religieux au milieu d’une tentative de survie. Epuisés, ils jouent à être adultes. Jouent-ils vraiment ? Pas totalement car « on ne joue pas avec la vie. La vie est une chose sérieuse ». Alors on se marie, on instaure une solidarité, on se fait confiance, on se trahit… Comme des grands mais ce ne sont que des enfants, « à la vie et à la mort ».

Du Radeau de la Méduse, beaucoup connaissent le tableau de Théodore Géricault mais très peu l’œuvre du dramaturge allemand Georg Kaiser. Il faudra désormais composer avec la mise en scène rigoureuse et précise de Thomas Jolly appuyée par la scénographie très picturale de Cecilia Galli et Heidi Folliet, elle-même sublimée par le superbe travail de lumières de Laurence Magnée, tout en clair-obscur. Bien sûr, comme dans toutes pièces, tous les rôles ne sont pas homogènes et deux se détachent des autres mais impossible de ne retenir qu’un seul acteur dans ce groupe dont le collectif fait partie intégrante de la réussite. D’ailleurs, les scènes de chants de louanges, sacrés et envoûtants, avec la polyphonie des douze interprètes, confèrent une dimension très forte à un ensemble déjà poignant dont la dernière image d’une barque voguant sur « les flots de sang » hante encore nos mémoires.

Nous n’avons désormais plus aucun doute sur le fait que la marque de fabrique de Thomas Jolly soit la création d’images fortes et durables et avec ce Radeau de la Méduse, qui sera au TNS puis aux Ateliers Berthier de l’Odéon à Paris en juin 2017, il nous prouve qu’il sait aussi faire les choses avec sobriété et émotion, sans passage en force ou de manière tapageuse et criarde comme cela lui fut souvent reproché dans ses précédentes créations. Nous avons hâte de voir quel chemin il empruntera pour ses premiers pas opératiques à la rentrée de septembre en mettant en scène Eliogabalo de Cavalli. En attendant, une chose est sûre : le jeune metteur en scène a déjà tout d’un grand et n’a pas volé sa place dans le théâtre actuel.
Votre critique endiablée
Nos visiteurs sont impatients de vous lire ! Si vous êtes l'auteur, le metteur en scène, un acteur ou un proche de l'équipe de la pièce, écrivez plutôt votre avis sur les sites de vente de billets. Ils seront ravis de le mettre en avant.
Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor