Le Misanthrope ou la conquête du courage

Le Misanthrope ou la conquête du courage
  • Grande Halle de la Villette
  • 211, avenue Jean Jaurès
  • 75019 Paris
  • Porte de pantin (l.5)
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Dans cette adaptation de la pièce de Molière, Maxime Chazalet propose un parallèle avec notre époque et questionne notre rapport au monde et aux autres.

Le personnage d’Alceste ne supporte plus de vivre dans un monde d’apparence où les hommes frivoles ne sont guidés que par leurs intérêts personnels.

Dans sa quête de vérité, il tente de rétablir des rapports sincères entre les êtres. Cependant, sa tentative s’obscurcit lorsqu’il n’envisage ce changement qu’à l’extérieur du monde.

Fantasme d’un lieu pur et vrai, son intransigeance pourrait bien lui faire défaut. La pièce révèle l’ambiguïté des hommes avec leurs faiblesses, leurs affirmations et leurs contradictions. La question centrale que soulève ici Maxime Chazalet n’est autre que : comment réussir à vivre dans le monde ? et pour cela, il nous faut commencer à entendre les raisons de chacun.

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26 févr. 2020
7/10
23
Elle sort !
Il reste. Seul.


Pour Maxime Chazalet, la metteure en scène, et pour les membres de la Compagnie Stückthéâtre, Alceste est avant tout courageux.
En faut-il du courage pour renoncer sciemment au nom de ses principes, à son refus de toute compromissions face aux charmes de Célimène !
Sacrifier l'objet de son désir à sa soif d'absolu demande ce courage-là.


Cette pièce va nous poser une question fondamentale : de quel courage avons-nous besoin aujourd'hui, pour rester de la plus totale intransigeance avec ce à quoi l'on croit ?
Une question d'une brûlante actualité : il n'est qu'à constater combien de reniements de valeurs, de parole, sont à l'ordre du jour en ce moment.


J'en veux par exemple pour preuve très récente cet homme politique aux deux mêmes initiales qui jura naguère ses grands dieux socialistes de ne jamais se rallier à une ancienne ministre de la santé devenue candidate en marche aux municipales parisiennes, et qui s'empressa voici une petite semaine de la rejoindre sur sa liste.
Passons.

Ce misanthrope, c'est un misanthrope contemporain, donc.
Un très jeune misanthrope.
Il est réjouissant de constater comment une jeune génération de comédiens s'empare d'un chef d'œuvre classique.

Sur le plateau, ce sont des jeunes un peu bobos qui nous parlent. Ils semblent s'être habillés chez The Kooples, et résider dans le XIXème arrondissement de Paris, du côté du Canal Saint-Martin.

Les six entrent côté jardin, et nous fixent un long moment, l'air un peu étonné. Oui, oui, nous sommes-là.
Nous aussi, nous allons être partie prenante de la pièce.
Nous serons l'Humanité, les hommes et femmes à qui s'adresse le message de Molière.
Nous allons être très souvent pris à partie, par le regard ou par des adresses auxquelles nous avons parfois envie de répondre.
D'ailleurs, souvent, les comédiens s'adresseront, non pas à leur partenaire, mais au public, comme s'il était un personnage à part entière.

C'est Célimène qui va ouvrir le bal, en nous lisant un passage de... Musset.
Les confessions d'un enfant du siècle.
Le grand Alfred, dans ce roman autobiographique se pose en effet la question : « Qu'en pensez-vous ? Suis-je un misanthrope ? »
La problématique est clairement annoncée.
(Nous entendrons également des extraits d'Hölderlin et de Pasolini.

Sur le plateau, une petite table avec des chaises, une zone qui matérialise un espace scénique, un praticable au lointain.
Sarah Marcotte à la régie se trouve elle aussi sur le plateau, comme un ingénieur du son retours-plateau. Pour être au plus près des artistes, pour interagir avec eux.

La mise en scène de Maxime Chazalet est souvent physique, avec des chutes, des empoignades, des corps qui existent réellement en tant que tels. Un début de bagarre entre Alceste et Oronte doit être interrompu avant que le sang ne coule !

Des moments drôles émailleront la pièce. La scène du sonnet (avec les excellents Hugo Eymard dans le rôle titre et Justin Jaricot en Oronte qui s'en donnent à cœur joie), cette scène-là est par exemple très réussie.
Tout comme ce qui touche à l'affirmation haut et fort de certaines didascalies, ce qui nous fait rire. (Je vous laisse découvrir.)

Le distribution est très homogène.
Certes, on peut parfois remarquer pour chipoter que certaines tirades résonnent de façon encore un peu « verte ».
Cependant, l'alexandrin coule, fluide, à tel point que nous l'oublions très rapidement.

Philinte est interprété par Mademoiselle Lili Dupuis, qui assume très bien cette transformation transgenre du personnage. En legging bordeaux à rayures blanches et en chemisier noir, elle est tout à fait crédible. Son duo avec Hugo Eymard fonctionne à la perfection.

Au final, j'ai assisté à une bien intéressante adaptation de la pièce de M. Poquelin, qui donne vraiment la parole à tous les personnages, qui tous sont montrés dans une volonté de réel questionnement.

Un questionnement que chacun d'entre nous reprend à son compte.
Quel est la mesure de notre courage, au regard de celui d'Alceste ?
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor