L’Arbre, le maire et la médiathèque

L’Arbre, le maire et la médiathèque
  • Théâtre de la Tempête
  • Route du Champ-de-Manœuvre
  • 75012 Paris
  • Château de vincennes (l.1)
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Comment traduire la douce mélancolie rohmérienne sur un plateau de théâtre ? Un vers de Rimbaud “Où les cœurs s’éprennent” donne son titre au premier diptyque réuni par Thomas Quillardet Le Rayon vert et Les Nuits de la pleine lune. Au centre, deux figures féminines, Louise et Delphine.

L’une réinvente les règles du couple, l’autre s’accroche à son idéal et rêve du grand amour. Chacune, prise au piège de ses contradictions, cherche à repenser la relation à l’autre. Deux univers parallèles en contrepoint. Qu’est-ce qui relie Louise et Delphine au reste de l’humanité ?

Toutes ces agitations sont-elles le fruit du hasard ? Pour La Tempête, un autre scénario de Rohmer sera également présenté, L’Arbre, le maire et la médiathèque joué par les mêmes acteurs. Une création hors cadre ! À Saint-Juire, il n’est pas question d’amour mais de politique. La ville contre la campagne ?

Dans cette fable écologique visionnaire, c’est la beauté d’un saule centenaire qui déclenche la révolte, la quête de l’idéal toujours en filigrane chez Rohmer, mais aussi l’intuition d’une inquiétude, peut-être celle de notre époque.

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7 juin 2021
9/10
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Avec Thomas Quillardet, nul ne pourra nier que le théâtre conduit sur la paille !
En tout cas, en ce qui concerne le public !

C’est en effet sur des ballots de paille disposés en arc de cercle dans une clairière du Parc floral de Vincennes que nous autres spectateurs allons poser notre séant.

Non sans au préalable avoir été accueillis par Julien Dechaumes en personne, le maire socialiste de Saint-Juire, petite commune de Vendée. Le premier magistrat mène campagne flyers à la main pour les élections cantonales de juin 1992.

Quillardet a adapté pour la scène (bucolique) le film éponyme d’Eric Rohmer sorti dans les salles obscures en 1993.

Cette fable écologique et politique va nous conter les mésaventures de cet homme politique local aux prises avec les habitants de son village.

Ce faisant, nous allons constater qu’en 93, Rohmer nous livre son regard visionnaire et acéré en ce qui concerne la place de l’écologie, politique ou non, dans notre société.

Le maire Dechaumes ambitionne en effet de faire construire sur « sa » commune un immense centre culturel, doté notamment de la fameuse médiathèque du titre.
Ce projet de développement pourrait paraître louable en soi, seulement voilà…

Conséquence de cette volonté politique, il envisage de défigurer le village, et surtout d’abattre quantité d’arbres, parmi lesquels un magnifique saule centenaire. (Je précise au passage que la longévité d'un saule est en moyenne d'une trentaine d'années, mais qu'en cas de belle exposition, cet arbre peut parfois atteindre le siècle !)

On l’aura compris, il est donc question ici de choix politiques, mais surtout de choix humains.
Des choix de vie, individuels et collectifs.

Quelle est la place des idéaux dans cette fin de XXème siècle, et que léguer aux futures générations ?

La question, obsédante, résonne évidemment fortement à nos oreilles contemporaines, et n’est pas sans nous renvoyer à quantité de problématiques actuelles.

L’adaptateur-metteur en scène a donc eu la judicieuse idée de nous inviter à suivre son épatante petite troupe de comédiens en plein air.
Il a utilisé avec une délectation évidente toute la topographie de cette clairière jouxtant le théâtre de la Tempête, avec notamment tous les sentiers empruntés par les comédiens, soit à pied, soit à bicyclette.

La petite troupe est épatante, disé-je, avec notamment un Guillaume Laloux aux cheveux gramouillés pour l’occasion, omniprésent en premier édile ceint de l’écharpe tricolore.


Il est notamment formidable dans la scène où il exprime sa déception d’avoir été battu aux Cantonales.
Il nous fait rire, certes, mais on ne peut s’empêcher de s’interroger, à l'aune de notre contemporanéité, sur le pourquoi de ces rires face à cet homme politique qui ne peut retenir ses sanglots.

Son principal opposant, l’instit du village, est incarné par Florent Cheippe qui lui aussi est parfait.
(Sa « scène du prunus » est hilarante. Je n’en dis pas plus…)


Thomas Quillardet a su retrouver et transcrire sur son plateau herbeux l’humour parfois amer et acide de cette parabole.

Il a également mis en exergue la notion de libre-arbitre, d’indépendance, et notamment celle des femmes.

Malvina Plégat incarne en effet de fort belle manière la « first lady » du village, la compagne du maire Dechaumes.
Petit à petit, nous comprenons, grâce à la subtile progression de la comédienne, la distance « émancipatoire » que le personnage prend vis à vis du projet de son municipal chéri.

La mécanique dramaturgique de cette entreprise artistique fonctionne à la perfection, avec en particulier une grande scène très réussie, celle de l’assemblée du village consacrée à l’exposition du projet aux habitants.
J’ai pensé à la même scène chez Pagnol, dans Manon des sources.

Nous devenons par ailleurs nous-mêmes les villageois, pris à partis et apostrophés.


Il faut également noter la très belle prestation de la jeune Liv Volckman, qui joue la fille de l’instituteur.
C’est elle qui aura le dernier mot, au propre comme au figuré, après une petite scène musicale joliment troussée.

Je vous invite vivement à assister à cette petite heure de « théâtre champêtre », qui nous interpelle vraiment quant à ce que nous comptons collectivement léguer aux générations futures.

Rohmer peut dormir sur ses deux oreilles !

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Thomas Quillardet propose parallèlement et en "œuvre-miroir" une autre adaptation de Rohmer, toujours à la Tempête, "Où les cœurs s'éprennent"
Qu'on se le dise !
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Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor