L'adversaire

L'adversaire
De Emmanuel Carrère
Mis en scène par Frédéric Cherboeuf
  • Théâtre des Quartiers d'Ivry
  • 69, avenue Danielle Casanova
  • 94200 Ivry-sur-Seine
Itinéraire
Billets à 21,00
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La Vérité existe-t-elle ?
Sujet du Bac de philo de 1971.
Jean-Claude Romand obtient 16 / 20.

Le 9 janvier 1993, Jean-Claude Romand tue sa femme, ses enfants, ses parents, puis tente, mais en vain, de se tuer lui-même.
L’enquête révèle très vite qu’il n’était pas médecin comme il le prétendait et, chose plus difficile encore à croire, qu’il n’était rien d’autre. Il mentait depuis dix-huit ans, et ce mensonge ne recouvrait rien.
Près d’être découvert, il a préféré supprimer ceux dont il ne pouvait supporter le regard.
Il a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité.

Fasciné par cette histoire, Emmanuel Carrère décide d’en faire le sujet d’un récit qui mettra plus de cinq ans à aboutir : ce sera L’ Adversaire, une enquête dans laquelle la dérangeante fascination de l’auteur pour son sujet se mêle à son dégoût d’écrire sur le “ monstre ”. La compassion pour le bourreau devient une forme de complicité et Emmanuel Carrère nous entraîne avec lui dans cette plongée en Enfer.

 

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La critique de la rédaction : 7.5/10. Terrifiants et fascinants faits réels. Nous redécouvrons le triste parcours de cet homme qui a menti toute sa vie, tué femme, enfants, parents, chien ( ! ).

Cette pièce de théâtre est bien construite entre les scènes de la vie de Jean-Claude Romand, les passages où l'auteur Emmanuel Carrère décide d'écrire sur le criminel, le procès et les témoignages. Elle nous fait astucieusement voyager dans le temps, de 2016 à 1993, puis en 1996...

Très réussie, son sujet et sa noirceur font qu'elle est à notre sens plutôt adressée à un public averti et aux adeptes de faits divers macabres. Les décors et la mise en lumières sont sobres, mais la mise en scène possède assez de ressources pour que nous ne décrochions pas une seconde pendant ces deux heures.

Au début, nous trouvons les acteurs bons, puis ils rentrent avec seulement un petit accessoire dans la peau d'autres personnages très différents... Alors nous les trouvons excellents.

Nous avons apprécié être témoins du combat intérieur d'Emmanuel Carrère qui s'en veut d'écrire sur un homme si cruel mais semble poussé par une curiosité malsaine. Le tueur effraie, révulse ceux qui ne le connaissent pas mais séduit tous ceux qui le côtoient, ils lui pardonnent un petit peu ses crimes. Troublant, n’est-ce pas ?

Nous sortons du théâtre plein d'interrogations. L'Adversaire fait réfléchir sur l'engrenage du mensonge, se demander à quel point on connait ses proches, nous rendre compte une fois de plus que l'homme peut être cruel…

Cette pièce est captivante, elle nous a donné envie de lire le livre dont elle est tirée.

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2 avr. 2016
9,5/10
97 0
C’est par une très belle mise en abyme théâtrale que démarre la représentation : le metteur en scène vient chercher la bénédiction d’Emmanuel Carrère pour monter un projet sur les planches.

Pour lui, le texte est un théâtre et Romand est un acteur. Il a trouvé les décors et l’art de mentir : il est donc pleinement dans l’essence même de l’existence du théâtre. Bien plus que de faire une simple adaptation du roman, Frédéric Cherbœuf propose une introspection du ressenti de l’écrivain, partagé entre la honte, le dégoût, la compassion, la fascination mais aussi la culpabilité de percer à jour ce qui apparaît comme un monstre aux yeux de tous. Il nous donne la possibilité, à défaut de pouvoir comprendre comment on peut en arriver là, de nous faire notre propre avis sur le drame de janvier 1993 mais aussi sur tous les paramètres ayant mené à une telle issue. Les témoignages des proches de Romand se succèdent et permettent d’imbriquer les pièces les unes avec les autres et ainsi tenter de reconstituer un puzzle improbable. Si très vite nous avons le sentiment d’avoir affaire à un pervers narcissique manipulateur, la vérité semble bien plus complexe qu’elle n’y parait (ironie du sort lorsque l’on sait qu’au sujet du bac de philo 1971 « La Vérité existe-t-elle ? », Romand a obtenu la note de 16/20) et nous amène à une réflexion plus profonde, qui s’apparente à établir une intime conviction plutôt qu’une instrumentalisation médiatique. Et nous voilà, nous aussi, plongés dans les tourments de cette affaire. « Ecrire cette histoire : est-ce un crime ou une prière ? » peut-on se demander.

Vincent Berger est impressionnant : à la fois Carrère et Romand, comme pour souligner et accentuer l’ambiguïté de leur relation, le trouble et la confusion qu’ils ont l’un comme l’autre dans leur esprit (Carrère étant une sorte de double de Romand en endossant la responsabilité d’amener dans la lumière du jour une personnalité aussi vertigineuse et sombre). Au sein d’une démarche fascinante qui tente de justifier l’inexplicable, des questions émergent à notre conscience : comment peut-on vouloir comprendre l’indéfendable et chercher ce qui a bien pu se passer pour engendrer un acte aussi odieux, prémédité sans le savoir par un monstre en sommeil depuis tant d’années ? Car en effet, Jean-Claude n’a cessé de mentir et cela est parfaitement mis en avant. Il se peut qu’il n’ait jamais eu l’occasion ou le courage de tout avouer et que, pris dans cette spirale infernale, il n’ait eu d’autres solution que celle de supprimer tous les spectres de sa vie bâtie sur de l’air, du sable mouvant mais tout de même, en arriver à une telle extrémité est révoltant, même si nous ne saurons jamais réellement les fondements de l’énigmatique personnalité d’un être qui a dû beaucoup souffrir : « quand on est pris dans cet engrenage de ne pas vouloir décevoir, le premier mensonge en appelle un autre, et c’est toute une vie... ». En dehors de cette figure du double, nous croiserons Luc, l’ami de toujours qui tente de faire le deuil de la confiance, celui qui malgré lui a peut-être enclenchée la spirale infernale du mensonge ou du moins l’a entretenue et qui devra vivre jusqu’à sa mort avec le poids de la culpabilité (Jean de Pange nous touche dans ce rôle), sa femme Cécile (incroyable Alexandrine Serre également bluffante dans le rôle de Mlle Milo l’institutrice), Corinne, la maîtresse de Romand (bouleversante Grétel Delattre lorsqu’elle narre la tentative de meurtre auquel elle a échappé), les journalistes, Marie-France, visiteuse de prison (charismatique Maryse Ravera, transcendée) ou encore le Président de la Cour de justice (Frédéric Cherbœuf lui-même), assis parmi les spectateurs, faisant basculer la représentation dans une dimension à la fois captivante et éprouvante, allant même jusqu’à des moments anxiogènes. Le montage est quasi cinématographique avec une succession de plans ponctués par la présence de Camille Blouet au piano.

La scénographie de Jean-Claude Caillard, agrémentée d’une scène centrale surélevée, symbolisant le prêtoir de la Cour d’Assises, se compose de meubles épars, recouverts d’un drap, comme les corps des victimes de Romand qui erreraient dans l’espace scénique telles des formes spectrales. Au fur et à mesure que l’on lève le voile sur ce que Carrère appelle « la tragédie », les chiffons disparaissent et les meubles deviennent des accessoires scéniques. La mise en scène propose une immersion totale du spectateur au cœur de l’affaire, permettant de nous faire un avis propre, en notre âme et conscience, comme si nous étions membre du jury. Nous ressortons des deux heures de représentation comme sonnés, après avoir porté un jugement incertain sur un homme déshumanisé grâce aux témoignages de chacun, observateurs et acteurs d’un enquête qui dépasse l’entendement. Une brillante et passionnante création qui fait triompher la Vérité.
20 mars 2016
10/10
133 0
« Le 9 janvier 1993, Jean-Claude Romand tue sa femme, ses enfants, ses parents, puis tente, en vain, de se tuer lui-même. L'enquête révèle très vite qu'il n'était pas médecin comme il le prétendait et, chose plus difficile encore à croire, qu'il n'était rien d'autre. Il mentait depuis dix-huit ans. »

Un fait divers pas comme les autres qui a défrayé les chroniques il y a plus de vingt ans et qui continue de marquer, intriguer, passionner, fasciner tant les faits sont stupéfiants et semblent sortir tout droit de l'imagination d'un romancier. Or, comme le dit Emmanuel Carrère dans le récit qu'il a publié à propos de « l'affaire » , les faits sont tellement incroyables que tout auteur racontant cette histoire serait taxé de non vraisemblance, d'hérésie, d'absurdité....

Et pourtant c'est une histoire vraie. Un faux médecin a vécu une fausse vie pendant plus de vingt ans, a eu de vrais enfants et une vraie femme, mais la véracité de sa vie s'arrête à ces deux derniers points. Le reste était du vent, de l'air, de la poudre aux yeux, et c'est ça qui a fasciné le romancier au point de lui faire écrire une lettre à Jean-Claude Romand, qui lui répondit deux ans après.

Vincent Berger et Frédéric Cherboeuf ont décidé de porter ce récit à la scène en s'interrogeant à la fois sur les faits, l'histoire, autant que sur le travail de l'écrivain : pourquoi est-il fasciné par le personnage ? Qu'est ce qui le pousse à essayer de comprendre ? Est-il subjugué ? Dégoûté ? Comment écrire et sous quel angle, comment retranscrire sans juger, l'empathie implique-elle une approbation tacite ? Quelle est la part de voyeurisme, de fascination, de création dans sa démarche ? Doit-il juger ? Comment, d'ailleurs, écrire sans juger ni excuser ? Quelle est sa légitimité à raconter cette histoire ?

La plongée dans le travail et les doutes de l'écrivain sont remarquablement transcrits. Dans un décor qui mélange adroitement l'appartement de Carrère en cours de déménagement, le tribunal où sera jugé Romand, un café où les journalistes couvrent le procès, des cartons, des meubles recouverts de draps évoquent une vie en transition, une vie faite de fantômes et de mensonges. Dans cet univers évoluent Carrère, Romand, ses voisins, amis et maîtresses, … Sous la direction de Frédéric Cherboeuf tous les comédiens jouent avec une justesse remarquable, notamment le formidable et impérial Vincent Berger qui incarne à la fois Romand et Carrère : une paire de lunettes, un dos un peu plus voûté, une voix légèrement plus tremblante et le comédien caméléon se transforme. Bluffant. Les autres sont au diapason, de Gretel Delattre en maîtresse fatiguée des mensonges mais fascinée par son amant, à Maryse Ravera en visiteuse de prison passionaria aveugle ou Alexandrine Serre en institutrice manipulée-vexée. Camille Blouet interprète la femme de Carrère et s'installe régulièrement au piano, dos au public : des intermèdes qui accompagnent fort à propos les comédiens en contrepoint à l'ignominie des faits. Quant à Frédéric Cherboeuf, installé au coeur même du public, il intervient, interroge Carrère, Romand, les témoins. Un procédé qui plonge habilement le spectateur au coeur même du procès mais aussi des doutes de l'écrivain : nous sommes spectateurs, observateurs, témoins privilégiés, oreilles attentives.

Bref, L'adversaire est une mise en abyme remarquable de justesse et de précision qui grâce à la large palette de procédés théâtraux, sa mise en scène brillante et son interprétation remarquable offre au spectateur un prisme polymorphe édifiant et haletant sur la nature humaine.

Remarquable.
17 mars 2016
8,5/10
146 0
L’adversaire est une pièce haletante et pleine de surprise.

Et pourtant quelle difficulté de faire une pièce sur une affaire qui a suscité tant de couverture médiatique ! Et quelle affaire ! Celle d’un homme qui ment à sa famille pendant 18 ans et qui finit par la tuer.

Il est vrai que je n’ai pas lu le livre d’Emmanuel Carrère mais je connaissais l’affaire et on se demande comment elle va être mise en scène. Quel sera le point de vue ? Comment les meurtres vont être dépeints ? Quelle surprise pour moi de voir le point de vue de l’auteur sur cette affaire et on y trouve une double lecture.
Celle du meurtre et de la recherche de la psychologie de Jean-Claude Romand et celle sous-entendue, celle de la fascination de l’auteur pour ce « monstre ». Et c’est d’autant plus fort qu’il n’y a qu’un acteur pour les deux rôles.
Les acteurs sont très bons et particulièrement Vincent Berger qui arrive véritablement à nous transmettre ses émotions. On est particulièrement frappé lors de la scène où il essaie d’étrangler sa maîtresse. La scénographie est finalement peu présente et plutôt dépouillée mais assez bien pensé. La pièce nous est presque racontée comme un conte. Il y a un juste équilibre entre horreur des faits et le grotesque de certains personnages (pourtant vrais eux-aussi) et on se demande comment peut-il exister des histoires pareilles dans la vraie vie !

On en ressort de cette pièce enchantée par le spectacle, bouleversée par l’ignominie humaine et presque paranoïaque ! Et si quelqu’un de proche nous mentait ?

Une très belle réussite qu’est cette pièce, encore mieux qu’un Faites entrer l’accusé !
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Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor