La Pluie

La Pluie
De Daniel Keene
Mis en scène par Alexandre Haslé
Avec Alexandre Haslé
  • Alexandre Haslé
  • Lucernaire
  • 53, rue Notre-Dame-des-Champs
  • 75006 Paris
  • Notre-Dame-des-Champs (l.12)
Itinéraire
Billets de 14,00 à 32,00
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En parlant de la pluie, Daniel Keene parle de voyage. Ce voyage, j’ai voulu le faire avec des marionnettes. Parce qu’elles vivent dans un autre monde et qu’il m’a semblé que le récit d’Hanna était aussi dans un autre monde : sa mémoire.

En papier mâché ou en chiffon, petites ou grandes, elles peuvent dormir dans un étui à violon ou vivre dans un sac à main. Et parce qu’elles sont vivantes, elles nous racontent des histoires que nous voulons croire. Alors, des objets que va manipuler Hanna, vont naître les gens qui les lui ont donnés, et qui, sans la marionnette, n’existeraient plus que dans sa mémoire.

Le comédien fait corps avec ses personnages dont il a façonné les visages. Les marionnettes apportent à ce récit d’une grande pudeur et d’une grande poésie une dimension dramatique inattendue.

 

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Daniel Keene est un auteur contemporain australien que nous connaissons en France depuis plus de vingt ans. À chacune des lectures, des pièces courtes ou longues tirées de son œuvre, nous ressentons le même éblouissement face à ses textes intenses. Même effet pour LA PLUIE. Les messages portés par l’auteur nous parlent avec force dans une intimité parfois cruelle, toujours juste. LA PLUIE est une pièce courte de 9 pages, écrite sans ponctuation ni didascalies.

Le public s’installe, une vieille femme est là, on dirait une marionnette. C’est une marionnette. Elle prend soin de chacun de nous comme d’un ami qu’elle reçoit chez elle. Pliant le vêtement de l’un pour le ranger sur les genoux, essuyant les lunettes d’une autre pour les lui rendre aussitôt, offrant un bonbon à un plus jeune… Elle sonne la cloche pour annoncer le début du spectacle et part, nous laissant seuls avec le comédien et ses marionnettes. Nous la retrouverons à la fin du spectacle pour nous offrir du vin chaud pendant une discussion avec le comédien.

C’est l’histoire d’Hanna. Hanna se souvient devant nous de trains bondés qu’elle voyait partir sans jamais revenir. C’était il y a longtemps, quand elle était jeune mais c’est toujours présent pour elle, indéfectible.

Elle fait ressurgir de sa mémoire les objets abandonnés par ces voyageurs de la fin. Objets qu’elle a recueillis chez elle, les rangeant et les nettoyant avec soin chaque jour, jusqu’à la fin de sa vie. « Un jour, quelqu’un m’a donné la pluie ! ». Un garçon, un petit garçon à la crinière noire lui a tendu une petite bouteille dans laquelle il a récolté de la pluie. Il compte sur Hanna pour la retrouver quand il reviendra. Hanna lui dit qu’elle la gardera jusqu’à ce qu’il revienne. Il est monté dans le train.

Hanna réinvente le passé avec ces bouts de vies laissées et nous le livre en parlant avec délicatesse comme pour ne pas nous blesser avec des mots de l’horreur. Nous voyons, nous comprenons. Elle fait revivre ses souvenirs pour ne pas les oublier, pour que nous ne les oublions pas aussi. La douleur s’est faite pudeur pour raconter l’indicible. Ce que nous comprenons charrie les émotions. Ces confidences meurtries et troublées nous touchent profondément.

De silences impressionnants et lourds de sens, aux effets percutants des objets de toutes sortes qui s’animent, nous sommes cueillis du début à la fin, sans violence ajoutée, avec bienveillance même, portés par le récit et cette voix calme et posée.

À partir du texte digne et grave de Daniel Keene, Alexandre Haslé construit une admirable théâtralité utilisant la magie fictionnelle et poétique de la marionnette. Il joue lui-même tout en manipulant les marionnettes, brouillant ainsi les frontières entre le réel et l’imaginaire avec une précision et une efficacité remarquables. L’histoire nous emporte dans un univers onirique. Les messages sont limpides et transmis avec le désir évident de partager cette mémoire. Notre Mémoire.

Nous ne pouvons que comprendre pourquoi Alexandre Haslé a accepté de rejouer ce spectacle dont la première création remonte à 2006. Pour nous transporter, encore et encore, dans cette inhumanité insolente et crasse qui ne tirera donc jamais les leçons du passé. Pour que nous revoyions aujourd’hui au travers des migrations forcées et des concentrations subies ce qu’Hanna a vu.

Un spectacle intense et émouvant nous laissant pétris de colères sourdes. Un spectacle simplement et terriblement beau. Nécessaire pour rester conscients. À voir absolument.
14 oct. 2016
8,5/10
29 0
La Pluie, c’est avant tout un voyage. Un voyage inattendu, Un voyage qui nous fait remonter, non pas le temps, mais la mémoire d’Hanna. Qu’a-t-elle vécu ? De quoi fut-elle le témoin privilégié ? Peu à peu, au fil de son discours, elle revit avec nous toutes ces rencontres, à la fois furtives et intenses. La femme en noir et au bouquet de fleurs jaunes, le gros homme à la pomme, le violonniste et le saltimbanque, la très jeune femme (une autre Hanna ?...), tous ont leur propre histoire.

Des histoires très diverses, avec toujours la même fin. Un épilogue terrible, un point d’orgue qui les relie à Hanna. Avant la fin, avant de monter dans le train, toutes ces vies entrevues lui ont laissé des objets qu’elle a entassés au fur et à mesure. Des objets qui ne furent jamais réclamés, des petits morceaux de vie devenus orphelins. Parmi tous ces trésors, il en est un qui la fait souffrir encore plus que les autres. Une ombre qu’elle peine à ranimer. Celle du petit garçon qui, un jour, lui apporta la pluie…

Pour donner vie à Hanna et aux fantômes qui la hantent, Alexandre Haslé a eu la parfaite idée de créer des marionnettes à partir des personnages évoqués par Kenne. Le résultat est bouleversant, poignant, troublant, captivant, hynotique. Un spectacle dont on ne ressort pas indemne. Un spectacle essentiel, indispensable, fondamental.
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Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor