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La nuit juste avant les forêts

La nuit juste avant les forêts
De Bernard-Marie Koltès
Mis en scène par Jean-Pierre Garnier
  • Théâtre de Poche Montparnasse
  • 75, boulevard du Montparnasse
  • 75006 Paris
  • Montparnasse (l.4, l.6, l.12, l.13, Trans N)
Itinéraire
Billets de 16,00 à 35,00
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Un garçon tente de retenir par tous les mots qu’il peut trouver un inconnu qu’il a abordé au coin d’une rue, un soir où il est seul, seul à en mourir.

Le garçon pourtant n’est « pas tout à fait d’ici ». Il semble étranger. Il lui parle de son univers.

Une banlieue où il pleut, où l’on est étranger, où l’on ne travaille plus ; un monde nocturne qu’il traverse, pour fuir, sans se retourner ; il lui parle de tout et de l’amour comme on ne peut jamais en parler, sauf à un inconnu comme celui-là, un enfant peut-être, silencieux, immobile.

 

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3 critiques
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Toutes les critiques
7 janv. 2017
7/10
25 0
Un très beau texte de Koltès superbement porté par la performance physique du jeune Eugène Marcuse et une mise en scène toute en clair obscur et jeux de lumières qui renforce l'immersion aux cotés du jeune héros.

L'aspect monologue peut perdre parfois le spectateur en cours de route mais on reste accroché par certaines images du texte (comme la métaphore de la forêt du titre, par exemple) qui continuent de faire mouche, même 40 ans après la publication du texte.
18 déc. 2016
8/10
21 0
Dénicher de nouveaux talents reste l’une des grandes joies du théâtre. Le jeune Eugène Marcuse, première année de conservatoire seulement, est l’une de ces pépites inédites. Dans la petite salle du Poche, il illumine le plateau d’une fièvre de loup déchaîné dans La Nuit juste avant les forêts. Koltès aurait sans doute approuvé le choix de ce comédien très engagé dans sa gestuelle et dans son regard.

Pas de prénom, aucune identité. Seulement le statut d’« étranger ». Il pleut dehors, les vêtements sont gorgés d’eau, les mouvements sont entravés. Dans cet environnement hostile et lugubre, un jeune homme recherche désespérément un contact, une main tendue pour briser une pesante solitude. Tout l’enjeu ici est de parvenir à nouer un dialogue, qui n’arrivera jamais d’ailleurs puisque l’adresse restera lettre morte.

La Nuit juste avant les forêts traduit une urgence : une seule phrase déroulée sur soixante pages. Apnée à la lecture. La pièce de Koltès est sans concession, d’une grande violence. On assiste au monologue d’une âme rageuse, en souffrance qui rejette un système dont elle se trouve à la marge. Inutile de le cacher, le texte est ardu : le dramaturge n’a jamais été un adepte de la facilité malgré des mots finalement très quotidiens.

Sur scène, on attend de voir ce que peut dégager celui à qui incombe la lourde tâche de s’envelopper dans les haillons de ce miséreux à la verve facile. Eugène Marcuse relève le défi haut la main. En s’installant dans la salle, on le remarque immédiatement. Il a l’air possédé : il transpire le mal-être. Quand il prend la parole, on est attiré par cette voix loin d’être harmonieuse, un peu écorchée. Entouré par des carreaux transparents, le comédien ressemble à Quasimodo : il disloque son corps à l’envi, araignée humaine aussi terrifiante qu’émouvante. On peut décrocher rapidement du texte mais Marcuse nous ramène toujours sur les rails par sa présence. Il ira loin. Jean-Pierre Garnier, qui le dirige avec assurance, a eu du flair.
9,5/10
34 0
Errer ainsi dans la rue la nuit se parlant à soi-même en s’adressant à un autre, recherchant sa présence pour apaiser son désarroi, trouver un peu d’amour, surmonter ses désirs et oublier la peur d’être battu… Seule une incommensurable solitude sans espérance peut y conduire un homme et l'entrainer plus loin encore jusqu’au bout de sa vie.

C’est une longue et belle logorrhée vive et puissante, rythmée au son de phrases scandées, murmurées ou simplement dites, aux mots incisifs et violents, cruels et désespérés. La douleur porte le moment jusqu’à son terme comme un tragique adieu à la vie sur un chemin magnifié. Est-ce la folie d’un homme au délire discursif ? Un délirium éthylique en pleine agitation ? Un long cri de douleur ? Un dernier appel au désir d’amour ? Quelle que soit sa source, le texte nous trouve et nous transperce.

Ce soliloque écrit en 1977 par Bernard-Marie Koltès tient une place importante dans son œuvre. Il marque une césure entre ses textes antérieurs et ceux qui suivent, qu’il revendique désormais comme les plus importants. Il y écrit avec un style qui devient sa plume, fait de répétitions en forme de leitmotiv, de mélange entre la langue parlée et la langue écrite. Il y imprègne les thèmes qui lui sont chers comme la solitude, le désir, la recherche de soi, la peur de la maladie, la difficulté de demander et l’exclusion.

Le jeu d’Eugène Marcuse touche au cœur, nous troublant profondément. Il nous semble voir une dissection du désespoir avec ses cris étouffés de souffrances rentrées rendant impossible tout redressement salvateur. Ce jeune comédien de 20 ans habite ce texte difficile avec une maîtrise sidérante, il est cet homme. Son corps nous parle autant que la parole. Il semble se fondre sur le plateau comme un mime jouant un fantôme sans habit (marcher sur le trottoir, raser les murs et se consumer dans son propre corps). Un travail d’interprétation impressionnant et remarquable.

La mise en scène de Jean-Pierre Garnier situe ce soliloque sur un parcours brouillé. Des lumières qui surgissent et s’éloignent ; des miroirs qui jonchent le sol, se posent sur le corps du comédien ou sur les murs du plateau. Comme pour éclairer et refléter la tension palpable et parsemer le discours de suspensions inquiétantes.

Un spectacle qui fait mal comme un coup de poids dans le ventre tellement il nous saisit. Un superbe et beau travail fait d’épure et d’intensité au service d’un texte majeur de Koltès. Incontournable.
12 nov. 2016
9,5/10
118 0
Eugène Marcuse !

Voilà un tout jeune comédien dont il va falloir suivre attentivement la carrière !
Voici pourquoi.

Les portes de la salle s'ouvrent.
Il nous attend déjà, prostré sur une multitude de petits carreaux miroirs.

Il s'anime, dans une gestuelle quasi-chorégraphique, faite à la fois de tension et de grâce.
Tel une sorte de pantin plus ou moins désarticulé, il prend des poses étranges comme pour annoncer ce qui va suivre, il dilate le temps pour enfiler son blouson.

Les spectateurs ont fini de s'installer, il peut commencer.
Le texte peut être dit et joué.

Ce texte de Koltès, c'est une seule phrase qui dure soixante pages, sans ponctuation.
Au metteur en scène et au comédien de se débrouiller pour mettre tout ça en forme, avec bien entendu une absence totale de didascalies.

Un garçon, une nuit pluvieuse, en pleine banlieue.
(En 1977, date de la création de la pièce, on disait « banlieue ». De nos jours, on parlerait de « cité » …)

Il est étranger, et essaye de retenir un inconnu qu'il a abordé au coin d'une rue avec ce dont il dispose seulement : ses mots.

Durant cette heure et quinze minutes, Eugène Marcuse m'a véritablement subjugué !
Seul en scène, seul avec ses mots, seul avec ses moments quasi-hypnotiques, il fascine le public.

Oui, il nous parle de l'étranger, de tout ce qui nous différencie, nous « ces cons de Français », pour citer le texte de Koltès.

Oui, dans le pays où il vit, cet étranger, un homme se lave à chaque fois le zizi après avoir fait pipi. Et ce n'est pas pour faire boire son zguègue au lavabo, précise bien l'auteur !

Ce texte n'a pas pris une seule ride.

Il évoque bien entendu les discriminations, qui hélas sont encore tellement d'actualité, mais aussi la solitude des êtres, avec cet appel à l'Autre, cette quête d'amour dans notre monde qui n'est finalement qu'un gigantesque bordel, mais une quête qui ne trouvera aucun écho.

Le caractère dérisoire des mots, également.
Et puis la mort qui n'est jamais très loin.

Le comédien nous envoûte.
Impossible de le lâcher, de le perdre, de le quitter des yeux et des oreilles.

Jean-Pierre Garnier a su se montrer très exigeant ! Il a bien eu raison.
Il a réussi à obtenir de ce jeune homme tout une game de jeux, de la rage à la douceur, en passant par la révolte, le silence, les murmures (une scène très difficile murmurée pendant au moins cinq bonnes minutes...)...

Une vraie performance, mais toujours au service du texte, de l'auteur.
Les applaudissements nourris, les nombreux rappels démontraient bien, au final, cette vraie réussite théâtrale.

Voici pourquoi je vous conseillais plus haut de suivre attentivement la carrière de ce jeune garçon.

Retenez bien son nom : il s'appelle Eugène Marcuse.
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor