L'A-Démocratie, Elf, la pompe Afrique

L'A-Démocratie, Elf, la pompe Afrique
De Nicolas Lambert
  • Théâtre de Belleville
  • 94, rue Faubourg du Temple
  • 75011 Paris
  • Goncourt (l.11)
Itinéraire
Billets à 25,00
À l'affiche du :
7 octobre 2019 au 28 décembre 2019
Jours et horaires
Ajoutez la pièce à votre agenda en sélectionnant une date. Attention, vos espions pourraient l'apprendre !
l m m j v s d
    • HORAIRE
    • 21:15
Achat de Tickets

En donnant corps aux principaux protagonistes de ce scandale politico-financier – dirigeants, politiciens de premier rang et affairistes véreux – Elf… laisse entrevoir financements occultes de la République et construction de la Françafrique.

 

Note rapide
0 critique
Note de 1 à 3
0%
0 critique
Note de 4 à 7
0%
1 critique
Note de 8 à 10
100%
1 critique
8 oct. 2019
9/10
18 0
Enfin un spectacle-bidon que j'adore !
Ce bidon trône sur la scène du théâtre de Belleville, dans lequel Nicolas Lambert reprend son triptyque intitulé L'A-Démocratie.

A, le préfixe privatif. Pas de démocratie. Des pratiques contraires à toute démocratie.
Des pratiques de notre Vème République, qu'en l'occurrence on pourrait qualifier de bananière.

Ce bidon, qui a contenu du pétrole, est l'emblème de la société ELF.
L'affaire ELF, c'est la première partie de la trilogie dramaturgique de Nicolas Lambert, écrite afin de témoigner de ces pratiques ayant eu cours ou ayant cours dans notre République.

Le pétrole, le nucléaire et l'armement. Quel programme !

Ce premier soir, c'est donc le procès de la tentaculaire affaire ELF qu'il va évoquer.

Ce procès, qui s'est tenu de mars à juillet 2003 devant la 11ème chambre correctionnelle du TGI de Paris, il y a assisté.
A toutes les séances. Il a pris des notes, il a retranscrit les dialogues et les échanges des principaux protagonistes. Il a consulté quantité de documentation, il a lu moult ouvrages sur le sujet.

Et puis, il a écrit ce premier spectacle.
Car oui, tout ce qu'il va nous dire a été prononcé au tribunal, tout ce qu'il nous décrit pourrait faire figure de documentaire.
Mais voilà, nous assistons vraiment à une pièce de théâtre.

On a coutume d'affirmer qu'un procès en correctionnelle ou un procès d'assises, c'est du théâtre, ici en l'occurrence, ce sera l'inverse.

Après une petite intro très drôle, (je vous laisse découvrir), Nicolas Lambert prend place derrière le bidon, surmonté d'un petit lutrin avec deux dossiers.

Un rouge, un bleu, comme le logo de la société ELF.

Il va incarner dans un premier temps le président, Michel Desplan, magistrat spécialisé dans les délits économiques et financiers.
(L'instruction de l'affaire avait été confiée, faut-il le rappeler à Eva Joly et Laurence Vichnievsky.)

Il va également incarner les quatre autres principaux protagonistes des sept différents volets de l'affaire ELF.
Loïck Le Floch-Prigent, Alfred Sirven et André Tarallo, les dirigeants d'Elf, ainsi qu'un intermédiaire, André Guelfi, dit « Dédé la Sardine ».

Le comédien est absolument phénoménal ! Je pèse cet épithète !
J'ai retrouvé les intonations de voix, les accents, la gestuelle, les mimiques, la démarche de ces quatre hommes.
Il passe de l'un à l'autre avec une parfaite aisance.
Je vous conseille de regarder ses mains : les tics de vieillesse de l'un, les démangeaisons de l'autre, la façon de renifler du troisième avec sa manche....
C'est ahurissant de vérité.

Il faut rappeler également qu'en France, il est interdit de filmer un procès. (A de très très rares exceptions près, je ne m'étends pas...)
Ici, grâce au théâtre, nous avons réellement l'impression d'être dans la salle d'audience !

Il y a la forme, mais il y a surtout le fond !

Ce que nous allons apprendre pour les plus jeunes, ou réviser pour les autres, tout ceci est le procès de la diplomatie parallèle qu'exerçait ELF en France-Afrique.
Au total, ce seront pas moins de 300 millions d'euros qui seront détournés, par le biais de caisses noires plus ou moins occultes, entre 1989 et 1993.

Des caisses qui vont servir notamment par le biais de surfacturations à verser des commissions occultes, des pots de vin, à des hommes politiques, des proches des dirigeants, j'en passe et non des moindres.

Seront évoqués dans la pièce des noms très célèbres, de tous les bords politiques, dont celui, à plusieurs reprises, d'un ancien président de la République qui vient tout juste de nous quitter.

Nous assistons donc à une vraie dramaturgie à la fois historique et pédagogique, qui est composée de trois actes, trois audiences, séparées de deux moments musicaux, que l'on doit à Jean-Yves Lacombe au violoncelle.
Dans la première, nous avons un pot-pourri d'œuvres très « hémisphère nord », Bach, Chaplin.
Dans la deuxième, un medley de thèmes africains, avec deux citations drôlissimes résumant parfaitement le propos de l'auteur.

Nous ressortons de ce spectacle complètement sonnés par la révélation de ces pratiques.
Ce qui s'est passé a relevé des plus grandes opacité, illégalité, immoralité.
La corruption élevée au rang d' " art majeur "...

Nicolas Lambert nous sidère, nous effare, nous indigne.
Et nous fait rire. Beaucoup. Enormément.
Parce que c'est vrai que devant certaines énormités évoquées, l'on ne peut que rire.

Mais ce rire, à bien y réfléchir, devient glacial, lorsque l'on songe au cynisme immoral de ces hommes (et de certaines femmes qui seront aussi évoquées.)

C'est un spectacle nécessaire, qui témoigne, qui dénonce mais qui nous renvoie également à une certaine forme de culpabilité : ces politiques qui choisissent et cautionnent plus ou moins implicitement de tels personnages malhonnêtes, nous les avons élus !

Tous les étudiants de Sciences-Po ou les apprentis journalistes devraient assister à cette trilogie, et notamment cette première partie !

Vivement le deuxième volet : Avenir radieux, une fission française !
Votre critique endiablée
Nos visiteurs sont impatients de vous lire ! Si vous êtes l'auteur, le metteur en scène, un acteur ou un proche de l'équipe de la pièce, écrivez plutôt votre avis sur les sites de vente de billets. Ils seront ravis de le mettre en avant.
Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor