Histoire de la violence

Histoire de la violence
Mis en scène par Thomas Ostermeier
  • Théâtre des Abbesses
  • 31, rue des Abbesses
  • 75018 Paris
Itinéraire
Billets de 10,00 à 36,00
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Paris, quatre heures du matin, après un dîner de Noël, Édouard rencontre Réda. Tous deux terminent la nuit dans l’appartement d’Édouard.

Ils rient, font l’amour. Au réveil, le téléphone portable d’Édouard a disparu. Soudain agressif, Réda se jette sur lui, le frappe, le viole.

Blessé, traumatisé, Édouard découvre bientôt, auprès de la police, du corps médical, mais aussi de sa soeur Clara à qui il confie ce qu’il vient de subir, la violence autrement sournoise du racisme et de l’homophobie.

De ce récit autobiographique, Thomas Ostermeier livre une adaptation tendue à l’extrême, structurée en forme de mosaïque pour mieux montrer l’omniprésence de la haine de l’autre et de la différence, sociale ou sexuelle. Une transposition scénique d’autant plus forte et efficace que quatre comédiens seulement y interprètent tous les personnages.

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Toutes les critiques
6 févr. 2020
9,5/10
35
Viol au dessus du lit de Loulou...
La violence de ce viol, et son histoire.

Mais une autre violence va surgir, plus sournoise, plus insidieuse, aussi inacceptable que celle physique.
La violence du racisme, de l'homophobie, la violence sociétale, institutionnelle.

Voici ce que raconte le livre éponyme d'Edouard Louis, qu'il a adapté avec Thomas Ostermeir sous le titre « Au cœur de la violence ».
Une histoire vraie. Une histoire autobiographique, douloureusement vécue. Une histoire qu'il faut dire et partager.

Une histoire que nous livre celui qui l'a vécue.
Nous assistons à la rencontre entre Eddy Bellegueule, qui assure la trame narrative, et Reda, un fils d'immigrés kabyles, le soir de Noël.
Les deux jeunes hommes vont passer la nuit ensemble. Au matin, le crime sera commis par Reda.
Eddy ira se faire examiner aux urgences médico-judiciaires, puis ira porter plainte au commissariat de quartier.
Il va alors découvrir les humiliations, les propos racistes et homophobes de ceux à qui il va s'adresser et qui pourtant sont sensés l'aider.

Les âmes sensibles doivent être averties.
Thomas Ostermeir n'est pas du genre à faire dans l'ellipse.
Ici, nous allons la voir, la violence. Et pas qu'un peu.

Nous allons la ressentir, même.
Une scène on ne peut plus réaliste, à la limite du soutenable, nous est montrée. Parce qu'elle est nécessaire, cette scène. Pour dénoncer. Parce qu'il faut dire les choses !

L'une des grandes réussites de cette entreprise artistique est la torsion du temps.
Ici, la trame narrative n'est pas linéaire. C'est à nous de remettre en ordre les pièces du puzzle.
Le découpage des différentes scènes, des différentes séquences, est très habile.
Sont mélangées les scènes de famille (la sœur d'Eddy et son mari, sa mère), les scènes de police (au commissariat ou sur la scène de crime), les scènes de réminiscence de l'arrivée en France de la famille de reda, les scènes aux urgences hospitalières puis médico-judiciaires.
Et bien entendu, les séquences dans la chambre d'Eddy.

Tout ceci est très judicieux et très pertinent.

A son habitude, Ostermeir nous plonge dans la vie, dans la réalité avec ce qu'elle a de plus viscérale, de plus organique. Nous donnant à chaque fois cette impression d'être immergé dans la dramaturgie, alors que la scénographie est réduite à quelques rares meubles.
Les images vidéos, chères au patron de la Schaubühne, sont une nouvelle fois utilisées à très bon escient.
Ces images sont filmées en direct par les comédiens ou bien sont pré-enregistrées, comme ces cartes postales montrant la Kabylie.
Tout ceci est en noir et blanc, ce qui procure une grande puissance évocatrice, permettant de renforcer le côté dramatique de ce qui nous est raconté.

Thomas Witte, à la batterie, va jouer plus ou moins fort durant la plus grande partie de ces deux heures.
Parce que la batterie est un instrument sur lequel on frappe, qui montre lui aussi une certaine forme de violence.

Pour autant, nous allons rire.
Les quatre comédiens, dont les deux qui vont jouer une multitude de personnages, vont souvent être très drôles.
Et notamment l'excellente Alina Stiegler, qui campe en body léopard la sœur. Ses répliques (on peut penser à la mauvaise conscience d'Eddy), ses ruptures, ses mimiques, sa gestuelle (Ah ! Cette remontée de poitrine...), tout ceci nous amuse énormément.

Christoph Gawenda lui aussi, parfait en beauf en claquettes-chaussettes et marcel, en flic raciste gominé, ou en mère du narrateur, nous tire bien des sourires. Sa scène très forte en début de représentation glace les spectateurs.

C'est Laurenz Laufenberg, omniprésent sur le plateau, qui incarne Edouard Louis. Son interprétation intense, tendue, toujours très juste, force l'admiration. Quel rôle !


Renato Schuch est quant à lui Reda. Lui aussi est impressionnant, tout en force et parfois bestialité.

Il me faut évoquer la conclusion de la pièce, qui est assez troublante.
Edouard Louis, refusant dans un premier temps de porter plainte, semble éprouver une certaine compassion pour son bourreau.
Parce qu'il déteste la notion même de prison ? Parce que le violeur est Kabyle ?
Une forme de syndrome de Stockholm ?
C'est à chacun, finalement, de se faire sa propre opinion.

Cette dernière création en date de Thomas Ostermeir est une nouvelle et incontestable réussite, tant sur le fond que sur la forme.
Le metteur en scène allemand nous prouve une nouvelle fois qu'il n'a pas son pareil pour parfaitement cerner les tenants et les aboutissants de la violence au sein d'une société donnée, d'en disséquer et d'en montrer les mécanismes et les conséquences les plus visibles ou les plus insidieuses.
Son parcours et ses choix artistiques relèvent décidément d'une remarquable cohérence.

Il faut donc absolument aller voir cette Histoire de la violence.

Ce ne sont pas les étudiants de la classe Prépa littéraire option théâtre du Lycée Molière présents hier dans la salle qui diront le contraire, eux qui ont participé à mes côtés à réserver une ovation finale à ce spectacle.
6 févr. 2020
9,5/10
34
Viol au dessus du lit de Loulou...
La violence de ce viol, et son histoire.

Mais une autre violence va surgir, plus sournoise, plus insidieuse, aussi inacceptable que celle physique.
La violence du racisme, de l'homophobie, la violence sociétale, institutionnelle.

Voici ce que raconte le livre éponyme d'Edouard Louis, qu'il a adapté avec Thomas Ostermeir sous le titre « Au cœur de la violence ».
Une histoire vraie. Une histoire autobiographique, douloureusement vécue. Une histoire qu'il faut dire et partager.

Une histoire que nous livre celui qui l'a vécue.
Nous assistons à la rencontre entre Eddy Bellegueule, qui assure la trame narrative, et Reda, un fils d'immigrés kabyles, le soir de Noël.
Les deux jeunes hommes vont passer la nuit ensemble. Au matin, le crime sera commis par Reda.
Eddy ira se faire examiner aux urgences médico-judiciaires, puis ira porter plainte au commissariat de quartier.
Il va alors découvrir les humiliations, les propos racistes et homophobes de ceux à qui il va s'adresser et qui pourtant sont sensés l'aider.

Les âmes sensibles doivent être averties.
Thomas Ostermeir n'est pas du genre à faire dans l'ellipse.
Ici, nous allons la voir, la violence. Et pas qu'un peu.

Nous allons la ressentir, même.
Une scène on ne peut plus réaliste, à la limite du soutenable, nous est montrée. Parce qu'elle est nécessaire, cette scène. Pour dénoncer. Parce qu'il faut dire les choses !

L'une des grandes réussites de cette entreprise artistique est la torsion du temps.
Ici, la trame narrative n'est pas linéaire. C'est à nous de remettre en ordre les pièces du puzzle.
Le découpage des différentes scènes, des différentes séquences, est très habile.
Sont mélangées les scènes de famille (la sœur d'Eddy et son mari, sa mère), les scènes de police (au commissariat ou sur la scène de crime), les scènes de réminiscence de l'arrivée en France de la famille de reda, les scènes aux urgences hospitalières puis médico-judiciaires.
Et bien entendu, les séquences dans la chambre d'Eddy.

Tout ceci est très judicieux et très pertinent.

A son habitude, Ostermeir nous plonge dans la vie, dans la réalité avec ce qu'elle a de plus viscérale, de plus organique. Nous donnant à chaque fois cette impression d'être immergé dans la dramaturgie, alors que la scénographie est réduite à quelques rares meubles.
Les images vidéos, chères au patron de la Schaubühne, sont une nouvelle fois utilisées à très bon escient.
Ces images sont filmées en direct par les comédiens ou bien sont pré-enregistrées, comme ces cartes postales montrant la Kabylie.
Tout ceci est en noir et blanc, ce qui procure une grande puissance évocatrice, permettant de renforcer le côté dramatique de ce qui nous est raconté.

Thomas Witte, à la batterie, va jouer plus ou moins fort durant la plus grande partie de ces deux heures.
Parce que la batterie est un instrument sur lequel on frappe, qui montre lui aussi une certaine forme de violence.

Pour autant, nous allons rire.
Les quatre comédiens, dont les deux qui vont jouer une multitude de personnages, vont souvent être très drôles.
Et notamment l'excellente Alina Stiegler, qui campe en body léopard la sœur. Ses répliques (on peut penser à la mauvaise conscience d'Eddy), ses ruptures, ses mimiques, sa gestuelle (Ah ! Cette remontée de poitrine...), tout ceci nous amuse énormément.

Christoph Gawenda lui aussi, parfait en beauf en claquettes-chaussettes et marcel, en flic raciste gominé, ou en mère du narrateur, nous tire bien des sourires. Sa scène très forte en début de représentation glace les spectateurs.

C'est Laurenz Laufenberg, omniprésent sur le plateau, qui incarne Edouard Louis. Son interprétation intense, tendue, toujours très juste, force l'admiration. Quel rôle !

Renato Schuch est quant à lui Reda. Lui aussi est impressionnant, tout en force et parfois bestialité.

Il me faut évoquer la conclusion de la pièce, qui est assez troublante.
Edouard Louis, refusant dans un premier temps de porter plainte, semble éprouver une certaine compassion pour son bourreau.
Parce qu'il déteste la notion même de prison ? Parce que le violeur est Kabyle ?
Une forme de syndrome de Stockholm ?
C'est à chacun, finalement, de se faire sa propre opinion.

Cette dernière création en date de Thomas Ostermeir est une nouvelle et incontestable réussite, tant sur le fond que sur la forme.
Le metteur en scène allemand nous prouve une nouvelle fois qu'il n'a pas son pareil pour parfaitement cerner les tenants et les aboutissants de la violence au sein d'une société donnée, d'en disséquer et d'en montrer les mécanismes et les conséquences les plus visibles ou les plus insidieuses.
Son parcours et ses choix artistiques relèvent décidément d'une remarquable cohérence.

Il faut donc absolument aller voir cette Histoire de la violence.

Ce ne sont pas les étudiants de la classe Prépa littéraire option théâtre du Lycée Molière présents hier dans la salle qui diront le contraire, eux qui ont participé à mes côtés à réserver une ovation finale à ce spectacle.
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Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor