Gardiennes

Gardiennes
  • Théâtre du Gymnase
  • 38, boulevard de Bonne-Nouvelle
  • 75010 Paris
  • Bonne Nouvelle (l.9)
Itinéraire
Billets de 21,55 à 32,00
À l'affiche du :
3 octobre 2019 au 27 décembre 2019
Jours et horaires
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l m m j v s d
    • HORAIRE
    • 20:30
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Elles lèvent le voile, avec honnêteté et humour, sur des secrets et des actes parfois interdits. Des histoires cachées, enfouies, qui ne se disaient et ne se disent la plupart du temps qu'entre femmes.

Sous forme de monologues, c'est une pièce sur la transmission à travers dix récits, dix passages de témoin où Fanny Cabon incarne seule la mémoire de ces femmes dont elle porte l'ADN.

Une traversée de vies, 100 ans d'histoires quotidiennes, tragiques et belles comme les existences peuvent l'être. Au fil des récits, ces femmes deviennent les nôtres : nos grands-mères, nos tantes, nos mères, nos filles, nos descendantes.

Un hommage rendu à ses aînées, une ode à l'amour et à la vie dont les femmes sont des Gardiennes.

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16 nov. 2019
9/10
1 0
« Gardiennes » de Fanny Cabon au studio du Gymnase Marie Bell dans une mise en scène de Bruno Saint Riquier est un réquisitoire sur l’absurdité du petit pouvoir de l’homme sur la Femme.

Le poids des mots, le choc des situations !
Fanny Cabon avec une certaine délicatesse a choisi des mots tendres, cruels, cinglants, imagés, pour nous dévoiler le quotidien de ces femmes qui ont traversé le 20ème siècle et qui vivent d’une génération sur l’autre les mêmes peurs de la grossesse au lieu de la vivre dans la joie de donner la vie.

La très belle affiche de la pièce résume à elle seule ce qu’ont vécu toutes ces générations de femmes sous l’emprise de l’homme, ce qui les touche dans le plus profond de leur intimité.
Un fil de cette pelote de laine que l’auteure déroule sous nos yeux dans une lecture crue de leur univers où ces quelques gouttes de sang ont marqué à jamais leur chair.

Dans un paradoxe effrayant, l’homme est à la fois l’heureux géniteur, l’amoureux, le mari, le compagnon et le bourreau.
Dans cette évocation, nous traversons toute une lignée de femmes de 1920 à nos jours.
Des témoignages poignants de cette lignée que nous pourrions avoir entendus consciemment ou inconsciemment de la bouche de nos grand-mères, mères, tantes, cousines…de ces Gardiennes qui ont doit le dire, l’affirmer, le marteler, sont les seules à pouvoir disposer de leurs corps.

Car qui mieux que les femmes peuvent parler de ces grossesses qu’elles ont vécues avec amour ou avec angoisse.
Beaucoup de ces témoignages que l’auteure a entendus dans ses veillées familiales, au-delà du couple, ont pour objet l’avortement mais aussi les fausses couches.
Un avortement réalisé par ces faiseuses d’anges qui bien souvent débouchait certes sur la mort de l’embryon mais aussi malheureusement sur la mort de la mère, de la femme.

Des avortements clandestins faits dans des conditions précaires pour celles qui n’avaient pas les moyens, autant dire la majorité, de se rendre par exemple en Angleterre ou en Suisse.
Des avortements qui malgré la loi de Simone Veil continuaient à provoquer des malheurs dans les familles. L’homme n’ayant toujours pas compris que la femme est seule capable de pouvoir disposer de son corps, à l’image de ces médecins qui malgré la loi mentent pour asseoir leur pouvoir.
L’homme pense à son plaisir et ne peut concevoir des moyens de contraception, comme par exemple le préservatif ou encore le retrait, pour éviter les angoisses que ces femmes avaient ou ont lors des rapports, pour remplir soi-disant leur devoir conjugal.

Des témoignages des ces femmes, des fragments de vie vécus et enfouis dans la culpabilité, la douleur, dans leurs ventres, qui voient le jour sur scène avec le jeu lumineux et sincère de Fanny Cabon. Des femmes qui malgré ces épreuves gardent le sourire, la joie d’être mères.
Dans ce seul en scène, où la poésie, l’humour et la tendresse ne font pas défaut, elle interprète tour à tour cette dizaine de femmes qui ont pour point commun le lien de sang. Ce sang qui coule ou a trop coulé pour rester en vie.
Elle nous dévoile leurs intimités à bien des égards écorchées, le chiffre effrayant des victimes de ces avortements ratés : une femme meurt toutes les neuf minutes dans le monde, à ajouter à celles qui meurent sous les coups de leurs maris, leurs compagnons.

Mais ne désespérons pas, l’homme peut-être aussi bon, la preuve Fanny Cabon a fait confiance à Bruno de Saint Riquier pour la mettre en scène.
Au fil des générations bercées par leur propre musique, sur un plateau où les accessoires du quotidien de ces femmes viennent ponctuer la mise en scène, il a réussi dans la noirceur de ces tableaux à nous transmettre non seulement les paroles de ces femmes, leurs mots tricotés en famille, sans les appuyer plus que de raison, mais aussi à mettre en point d’orgue une ode à l’Amour, à la Vie.

Certes la société évolue, la nouvelle génération est plus à l’écoute du désir de la femme mais malheureusement il y a toujours des personnes, et il faut bien le dire en majorité des hommes, qui savent ce qui est bien pour le corps de la femme…

Un spectacle élu meilleur « Seul en scène » au Off du festival d’Avignon 2018, qui devrait être diffusé à nos chères têtes blondes dès le plus jeune âge.
2 mars 2019
9/10
35 0
« Et puis y'avait aussi les curetages à vif, pour vous faire passer l'envie, comme disaient les médecins... »
En quelques mots, tout est dit.
En une phrase, le sujet de ce remarquable spectacle est rendu on ne peut plus explicite.

Ces gardiennes, ce sont ces femmes d'avant la loi Neuwirth (1967), avant le manifeste des 343 salopes (1971), avant la loi Veil (1975) qui sont confrontées à leur volonté d'avoir recours à un avortement clandestin.
Pour garder leur propre vie. A elles.
Fanny Cabon est une gardienne de mémoire, elle qui va nous raconter de façon passionnante et passionnée, de façon bouleversante également ces histoires-là.

Des histoires qui vont courir sur un siècle. Des histoires de femmes.
Car ne nous y trompons pas, et la comédienne reviendra à plusieurs reprises sur cet aspect-là, ce sont des histoires dont la plupart des hommes se sont volontairement exclus, estimant n'être pas concernés.

Ecrit-on un tel spectacle par hasard ?
Bien sûr que non. On écrit pour témoigner, pour raconter, pour dire ce qu'ont vécu les femmes de votre famille. On écrit, on joue pour transmettre.
Fanny Cabon a cette démarche à la fois artistique et presque sociologique.

Pendant cette heure et vingt minutes, mise en scène par Bruno de Saint Riquier, l'auteure-comédienne va nous dresser une remarquable galerie de portraits féminins.
A commencer par Mémé Titine, durant les années 20, habitant un petit appartement Porte de Vanves.
Elle va nous dire les nombreuses grossesses non désirées, elle évoquera le fait d'avoir neuf enfants à 33 ans, elle racontera les multiples fausse-couches provoquées, le secret, le non-dit.

Le ton de Melle Cabon n'est jamais dans le pathos de mauvais aloi. Bien au contraire. Les choses sont dites, de bien belle façon, mais elles sont dites.
Elle nous fait sourire, même. Et souvent.

Prenant un accent de titi parisienne, avec des mimiques parfois espiègles, tendres ou graves, elle évoque les expériences en la matière des filles de Titine, ayant recours à l'avortement clandestin, ayant elles-mêmes qui avorté leur sœur, leurs amies, par solidarité, humanité, pour rendre service.

Ce sont des petites scènes de vie qui se déroulent devant nous, séparées par un noir plateau, distillées avec un sens remarquable de la précision, de l'acuité.

Deux couleurs sont omniprésentes sur le plateau. Le noir, la robe de la comédienne, les meubles du décor.
Et le rouge. Un accessoire de cette couleur de sang, à chaque fois différent, viendra symboliser le récit.
Le rouge, le noir, comme un combat entre la vie, la mort, omniprésentes.
L'un de ces accessoires symbolisera très judicieusement la transmission évoquée plus haut.

Et puis, Fanny Cabon nous parlera d'aujourd'hui. De sa propre expérience.
Elle évoquera bien entendu le fait que tout semble plus facile, la contraception, les IVG légalisés, certes, mais elle nous parlera néanmoins des violences psychologiques exercées par certains gynécologues.

Il n'en reste pas moins vrai qu'il ne faut jamais oublier ces histoires clandestines, dont personne ne parlait, surtout pas les hommes, ces histoires de « faiseuses d'anges », la prison, ces sondes, ces aiguilles à tricoter, ces poires à lavement remplies d'eau de javel, ces souffrances endurées, ces hémorragies.

C'est un spectacle que l'Education Nationale devrait parrainer, et qu'il faudrait montrer à chaque élève de lycée, filles et garçons !

Lors du dernier Festival d'Avignon, ce spectacle-là a été élu meilleur seul en scène de l'année.
Vous comprendrez très vite pourquoi.
Je vous conseille plus que vivement d'aller applaudir Fanny Cabon.
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor