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Françoise par Sagan, Caroline Loeb

Françoise par Sagan, Caroline Loeb
De Alex Lutz, Caroline Loeb
Mis en scène par Alex Lutz
Avec Caroline Loeb
  • Caroline Loeb
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Dans ce monologue sensible et attachant, Caroline Loeb s'approprie la parole de Sagan l'indomptable.

Après son spectacle sur George Sand, "George Sand, ma vie son oeuvre" Caroline Loeb s'attaque à une autre grande icône de la littérature française, la Sagan.

A partir des textes de ses interviews publiés chez Stock, "Je ne renie rien", elle tisse un monologue dans lequel l'auteur de "Bonjour Tristesse" se révèle avec toute sa tendresse, son intelligence féroce, et son humour subtil.
Emouvante, drôle, lucide et implacable, Sagan nous parle de son amour absolu pour la littérature, de la fragilité des hommes, de l'importance du désir, de son dédain pour l'argent, de sa passion pour le jeu, et de la mort en embuscade.

 

Note rapide
Toutes les critiques
12 sept. 2018
8,5/10
47
Elle s'appelait Françoise, mais on l'appelait «charmant petit monstre »...
Une idée de François Mauriac, qui en avait beaucoup pourtant, des idées !

Sagan, le charmant petit monstre.
Sagan, l'oxymore à elle toute seule...

Sur le plateau nous attendent un comptoir de bar, côté jardin, un tabouret et un cendrier, côté cour.
Plein le cendrier, forcément.

Le noir s'installe.
Le point rouge incandescent d'une cigarette qui se consume apparaît au lointain.
Elle arrive. Caroline Sagan, Françoise Loeb, à moins que ce ne soit le contraire.

Immédiatement, ce qui saute aux yeux du public, ce sont les cheveux de la comédienne.
La perruque à la frange d'en haut.
Sagan est une icône, au sens propre du terme, l'une des premières stars dont l'apparence a été médiatisée, sur-médiatisée, même.

Je sais bien que le théâtre est l'art des conventions, mais imagine-t-on une Sagan sans cette coupe blonde au bol, sans ces chemisier et pantalon stricts, ce collier doré, sans ces petits mocassins ?
Non, bien entendu...

Caroline Loeb a donc judicieusement choisi de ressembler de façon troublante à l'écrivaine.
Tout en disant les mots de Sagan, Melle Loeb va également adopter la gestuelle, les poses recroquevillées, la voix plutôt haut perchée et les mouvements saccadés de l'auteur de « Bonjour tristesse » .
Troublant, vous dis-je !

La comédienne a voulu dire les mots issus de l'ouvrage « Je ne renie rien ».
Titre on ne peut plus explicite : une femme libre, paradoxale, contradictoire, une femme célèbre très jeune, une femme blessée (à bien des points de vue), spirituelle, drôle aussi, raconte, nous raconte ses vérités.

Qu'on ne s'y trompe pas : la volonté de métamorphose « saganienne » de la comédienne n'est pas le parti-pris principal du spectacle.

En effet, elle va fait siens ces mots qu'elle va dire. Je pense d'ailleurs qu'on ne peut pas les dire, ces mots, sans se retrouver voire se projeter dedans...
Elle le fait avec une grande sensibilité, une forme de vraie pudeur. Les extraits sont choisis avec grand soin, avec beaucoup de pertinence.
Elle ne nous lâche plus, dès qu'elle commence à dire.
Elle devient devant nous cet oxymore vivant, le fameux "charmant petit monstre".

Alex Lutz, son metteur en scène et elle ont eu l'excellente idée de mettre en lumière particulière cet oxymore-là.

Melle Loeb sera en effet très peu éclairée, comme sculptée dans une douce mais assez crue clarté, dans des contres délicats et évocateurs, dans des lumières rasantes qui dégagent très joliment son profil.

Ce sont des poses, entrecoupées de noirs-plateau, qui sont ainsi mises en évidence.
Caroline Loeb bouge sur la scène, bien entendu, mais surtout pendant ces noirs, afin d'adopter telle ou telle posture emblématique, couchée, assise, ou encore penchée sur le comptoir.

L'effet est saisissant, et en tout cas très réussi.

Oxymore également, la bande-son du spectacle.
Les deux artistes ont invité Jean-Sébastien Bach (la lumière, le jour), et Miles Davis (So what, la nuit, le noir).
Là aussi, tout ceci est fort judicieux.

A ma grande honte, je dois avouer que je n'avais jamais rien lu de Sagan.
La performance (car c'en est une) de Caroline Loeb donne immanquablement envie de se plonger dans cette auteure, dans cet univers singulier, fait de profonde légèreté, et de légère profondeur.

Merci beaucoup, Melle Loeb !
9,5/10
17
Alors ?
Tout en humilité, tout en finesse, on boit les paroles de Caroline Loeb comme on passerait une soirée, accoudé au comptoir d'un bar de jazz, avec une femme désespérément séduisante, tout en sachant pertinemment qu'on rentrera seul mais avec le sourire pendu aux lèvres. L'ambiance est feutrée et se prête à la confidence.

C'est incontestablement un bel hommage rendu au charmant petit monstre.
13 févr. 2018
8/10
18
Après George Sand, ma vie, son œuvre (2013/2016) qui avait marqué le début de sa collaboration avec Alex Lutz, Caroline Loeb s'est attachée à une autre grande icône de la littérature française, Françoise Sagan, une nouvelle fois accompagnée et mise en scène par Alex Lutz.

Créé avec succès dans le Off du Festival d'Avignon en juillet 2016 Françoise par Sagan a ensuite été joué au Théâtre du Marais d'octobre à mars 2017. Après une nouvelle série de représentations en Avignon en juillet dernier, la comédienne s'est posée avec bonheur au Théâtre du Petit Montparnasse. Mais c'est dans la très belle salle de l'Allegria du Plessis-Robinson (92) que je l'ai applaudie.

Caroline Loeb arrive sur scène, cigarette à la main, bien sûr. Le public est prévenu : je portais ma légende comme une voilette. Elle nous dit qu'elle aimait la vitesse, minuit, tout ce qui est éclatant, la couleur noire.
Elle énumère ce qui peut l'agacer ... alors on prend un verre (comme d'autre de la ouate pour ne pas entendre).

Elle se confie sans craindre une certaine forme de naïveté : Lorsque je revois un film sur Jeanne d'Arc, chaque fois je me dis - c'est idiot - elle va s'en tirer, ce n'est pas possible ! Elle veut croire qu'entre Roméo et Juliette il n'y aura pas cette mortelle incompréhension. L'imagination est le point de départ de la compréhension. C'est une grande vertu.

Elle raconte, et c'est très savoureux, comment elle s'est affranchie de la contrainte scolaire, pour finalement se retrouver au couvent des oiseaux, mais sans qu'elle en soit semble-t-il perturbée. La petite fille (elle n'a alors qu'une douzaine d'année) quitte une enfance heureuse, très gâtée, mais solitaire parmi des adultes. Elle découvre les fêtards alors qu'elle se rend sagement à sa nouvelle école vers 8 heures du matin. On sent que c'est là qu'elle a sans doute commencé à rêver d'une autre vie.

Et cette vie, elle va se l'offrir elle-même. Passionnée de lecture, elle finit par écrire, un manuscrit qu'elle laisse dormir dans un tiroir puis décide de l'envoyer chez Juillard et Plon. Le premier l'accepte et la convoque par télégramme. La voici auteure, non pas qu'elle en soit très fière mais au moins aura-t-elle pu prouver à sa famille qu'elle était capable de faire quelque chose. Même si la réaction de sa mère n'est pas à la hauteur de l'affaire. Tu ferais mieux d'être à l'heure pour le dîner et d'aller te peigner, lui dit-elle et son père a éclaté de rire.

Caroline est debout, assise sur un pouf dans un décor 1930, accoudée à un comptoir qui la fait ressembler à une enfant, parfois au sommet, couchée, pieds nus ... On retrouve les poses, la manière de poser le coude, de froisser son paquet de cigarettes que l'on avait remarqué chez Françoise Sagan. le mimétisme est frappant sans qu'on ait cherché à copier à l'identique. La photo de l'affiche est de Richard Schroeder. C'est un remake de l'une de celles qu'il avait faites avec l'écrivaine il y a trente ans.

Quand elle nous dit qu'il lui arrive de trouver que la vie est une horrible plaisanterie, on la comprend et on compatit. Son accident de voiture fut une réelle catastrophe. On lui donna l'extrême onction, la croyant mourante. C'est à ce moment là qu'elle a été intoxiquée par les analgésiques. La musique alors tourne en boucle, témoignant de l'enfer. Mais le naturel de Françoise reprend le dessus : un drame amusant, c'est ça la vie non ?

Cette femme de paradoxes l'affirme en souriant : Seuls les excès me reposent, intellectuels et physiques; je suis attirée par tout ce qui n'est pas rassurant.

Elle avoue avoir trop dépensé d'argent, mais parce qu'elle en gagnait peut-être trop. Je n'ai aucun respect pour l'argent. Elle se déchaine (au sens propre puisqu'elle jette son collier) : j'ai claqué des centaines de millions ... anciens.

Françoise détestait tout ce qui appartient à la vie quotidienne (et sans doute domestique)

Il n'empêche que cette femme si talentueuse a beau s'affirmer elle doute tout le temps d'elle. Là encore elle en plaisante : Le doute, c'est ma santé... Elle fait preuve d'humilité en ne prétendant pas avoir été un grand auteur (comme Stendhal ou Proust) mais son amour de la lecture est immense et elle voue une forme d'affection aux mots en nous donnant des exemples incongrus comme balcon, persiennes. Ecrire c'est marcher dans un pays ravissant ou humiliant.

On a le sentiment, tout au long du spectacle, que Françoise répond à une interview, et parfois qu'elle se parle à elle-même. Et pour cause puisque rien n'a été inventé. Il n'y a pas une virgule qui ne soit de Sagan. Caroline l'interprète avec naturel, restituant cette personnalité hors du commun avec ce qu'il faut de nonchalance et d'ironie désabusée, sans occulter l'immense tendresse de Françoise pour l'être humain.

Ceux qui on connu Françoise, au naturel ou par média interposé retrouveront la silhouette, le mouvement de main remontant la mèche blonde, derrière laquelle elle se cachait, les épaules rentrées, et surtout l'attitude à la fois timide et frondeuse. Caroline Loeb n'a pas cherché à imiter sa voix. Fort heureusement car l'écrivaine était parfois à la limite de la compréhension. C'est le rythme surtout qui est restitué. Les clair-obscurs font le reste.

On retient que sa vie aura été difficile mais les derniers mots apportent de la douceur : malgré l'amour et la maladie j'ai été heureuse.

Au salut Caroline retire la perruque comme autrefois Françoise retirait quelques instants le masque de sa légende. J'ai eu le bonheur de vivre un de ces moments que j'avais raconté au moment de la sortie du film Sagan, il y a dix ans déjà.
22 sept. 2017
8/10
18
J'ai été très agréablement surprise par ce spectacle ; j'ai trouvé qu'il y avait eu beaucoup de travail :
- le choix du texte (je ne renie rien) ;
- le jeu de C. Loeb qui a beaucoup travaillé la gestuelle, les attitudes et les regards ;
- la mise en scène avec un éclairage très feutré et quelques décors ;
- le choix musical en fond.
24 juil. 2017
3,5/10
29
Une grande déception.
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Rire
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor