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Dîner en Ville

Dîner en Ville
De Christine Angot
Mis en scène par Richard Brunel
Avec Valérie de Dietrich
  • Valérie de Dietrich
  • Emmanuelle Bercot
  • Noémie Develay‑Ressiguier
  • Jean‑Pierre Malo
  • William Nadylam
  • Théâtre national de la Colline
  • 15, rue Malte-Brun
  • 75020 Paris
  • Gambetta (l.3)
Itinéraire
Billets à 30,50
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Rite social hérité du dîner de cour et transposé à l’aristocratie, capté par la haute bourgeoisie et copié par les nouveaux riches, le dîner en ville aura connu bien des aléas. Jusqu’à voir aujourd’hui certaines catégories sociales le dynamiter, créer leurs propres codes, inventer de nouveaux snobismes.

Rituel indissociable de l’art du dialogue et du trait d’esprit, le dîner en ville porte dans son code génétique l’usage de la civilité, où le non-dit s’y entend mieux que les propos les plus appuyés, pour devenir le théâtre essentiel de la construction des dominations.

Au menu, Christine Angot aborde les notions de pouvoir et d’engagement dans le contexte d’une élection présidentielle française. Le texte est situé dans « l’avant » de cette élection, et dans le fantasme des résultats. Et l’action sert de cadre à la situation personnelle de Cécile, Stéphane et des autres. Un Dîner en ville pour « nous » mettre en scène dans notre réalité quotidienne et affective, dans nos silences, nos absurdités, nos contradictions, nos lâchetés et nos faiblesses.

 

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Toutes les critiques
30 mars 2018
9,5/10
4 0
Un petit bijou de finesse et de causticité !

Angot et Brunel nous proposent un portrait au vitriol de nos élites bien pensantes, vivant en vase clos. C'est hilarant, bien amené et le propos politique est particulièrement saisissant. La lutte des classes est encore bien présente, même si les gagnants semblent le nier. La mise en scène est aussi très réussie.

Seul bémol, les rôles principaux (le couple invité à ce "dîner en ville") sont un peu faiblards face aux trois autres formidables comédiens. Et si on le pardonne facilement à Djibril Pavadé de par sa jeunesse, on est assez déçu d'Emmanuelle Bercot, définitivement pas une comédienne de théâtre.
11 mars 2018
9/10
6 0
On ne m’attendait pas à un tel spectacle ; j’en ai étonné plus d’un en réservant pour cette pièce, et moi la première. Je n’aime pas spécialement Christine Angot, et le personnage qu’elle représente médiatiquement me débecte particulièrement. Mais je ne connais pas du tout l’auteur. Après tout, il ne faut pas mourir idiot : je ne pourrai cerner entièrement la personne qu’en découvrant cet aspect-là de sa personnalité. Sans grande attente, je me suis donc rendue à La Colline pour son Dîner en ville, persuadée que j’allais y somnoler rapidement. Ce fut tout le contraire.

Christine Angot, lorsqu’elle est venue parler de sa pièce lors de la présentation de saison, s’est contentée de ces mots : « c’est un dîner en ville, donc ce sont des gens qui parlent. C’est tout ». On pourrait y déceler une pointe de supériorité, ce sentiment étrange qui émane toujours de l’autrice, comme une éternelle incomprise, comme si le seul dialogue possible entre elle et nous étaient ses mots. Énervants tout d’abord, ces quelques mots jetés sans grande considération, et finalement tout à fait justifiés : parler d’autre chose dans cette pièce, là serait l’arrogance. Un dîner en ville, donc. Une soirée mondaine organisée par Régis, producteur ouvertement homosexuel, à laquelle il a invité Cécile, comédienne de renom venue avec son compagnon Stéphane, noir, ingénieur du son au chômage, autour de qui gravitent Marie, chirurgien pour qui les codes sociaux ne semblent pas toujours acquis, et Florence, directrice d’un petit théâtre subventionné en quête de grandeur.

Que me restera-t-il de ce spectacle ? Une atmosphère surtout. Je ne sais pas si Angot accuse ou si elle juge, j’ai plutôt l’impression qu’elle se fait rapporteur d’une réalité qu’elle observe. On est dans son milieu, là, un milieu artistique assumé avec ses petites hypocrisies et ses codes à respecter. Néanmoins, même nous, personnes lambda, pouvons nous retrouver dans ces dialogues qui, s’ils sont quotidiens, sont loins d’être vides. Au contraire, ils sont ce tout empli de trous d’air qui nous environne constamment. Elle est réellement parvenue à saisir des échanges dont émanent à la fois une nécessité de plaire et de paraître, une éternelle quête de la bonne place, un refus de s’imposer tel que l’on est. On se surprend à être emporté par ses dialogues, incisifs, mordants, étonnamment captivants.

Seul reproche que l’on pourrait faire au texte – mais peut-être est-ce parce que je suis très régulièrement les propos de Christine Angot dans les medias et commence à bien connaître son style – on entend parfois l’autrice par-dessus les dialogues. Particulièrement lorsque les sujets abordés deviennent réellement consistants, comme lorsqu’un débat politique prend place sur le plateau, on l’entend penser et cela jure avec le flou artistique qui régnait jusque-là dans les discussions. Elle réussit bien mieux dans les dialogues plus communs, où la valeur n’est plus mise sur les mots mais bien plus sur le jugement et la qualité qui en ressortent.

Je ne pensais pas dire cela un jour – mais tout arrive : enfin une utilisation intelligente de la forme par tableaux. Habituellement, ce format a tendance à m’énerver, témoin d’une échappatoire face à la difficulté de ce que j’appellerais le « plan séquence théâtral ». L’histoire linéaire se perd au profit de l’ellipse de facilité. Mais ici, enfin, le rythme saccadé instauré par les tableaux de Richard Brunel sied à merveille, pendant visuel des discussions parfois décousues qui se donnent sur scène. De manière générale, la mise en scène est excellente, parvenant avec beaucoup de simplicité à rendre les tensions et les rapports de force qui s’établissent au fil de la pièce, puisant sa force dans le sens et le placement plutôt que dans les mots.

On saluera également la direction d’acteurs de Richard Brunel, qui enferme habilement chaque personnage dans son cliché tout en laissant une ouverture au doute, petite marge d’évolution ou de rébellion accessible à chacun et qu’il utilisera à plus ou moins bon escient. En tête de la distribution, Emmanuelle Bercot est une Cécile dont la banalité jure avec la personnalité qu’elle représente. Touchée au coeur par une maladresse lâchée en début de pièce, le personnage qu’on sent blessée finira par exploser dans une scène orageuse. En face d’elle, Valérie de Dietrich, chirurgienne semblant dépassée par les mondanités qui se déroulent sous ses yeux, est parfaite de classe et d’humanité. Mention spéciale enfin à Jean‑Pierre Malo, irrésistible Régis à l’hyperbole facile, et aux allures à la fois hilarantes et traumatisantes.
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor