top5 (1)

Data Mossoul

Data Mossoul
De Joséphine Serre
Mis en scène par Joséphine Serre
Avec Guillaume Compiano
  • Guillaume Compiano
  • Elsa Granat
  • Estelle Meyer
  • Théâtre national de la Colline
  • 15, rue Malte-Brun
  • 75020 Paris
  • Gambetta (l.3)
Itinéraire
Billets à 28,00
Evénement plus programmé pour le moment
Achat de Tickets

À la façon d’un kaléidoscope, Data Mossoul met en scène une ingénieure du web privée d’une partie de sa mémoire, un bibliothécaire collectant les écrits d’anonymes, une archéologue à Mossoul sauvant des tablettes d'argile millénaires des destructions de Daesh et le roi-scribe assyrien Assurbanipal.

Évoluant dans ces strates de géographies, d’époques et de civilisations, ces quatre personnages sont liés par la notion de conservation des récits et de transmission de l’Histoire.

Avec, en filigrane, la figure de Gilgamesh, roi mythique sumérien dévoré par le désir de trouver l’immortalité et héros du premier récit de l’histoire de l’humanité.

Data Mossoul interroge la puissance de l’écriture dans son rapport à l’intime, mais aussi à la mémoire, aux civilisations, au temps, à l’autre, à la vie, à la mort et à l’absence.

La confusion entre informations et vérité, la prolifération des images, le cheminement vers ce qu’on pourrait appeler une privatisation de la mémoire sont autant de thèmes brûlants que Joséphine Serre explore dans les méandres de ce voyage sur l’écriture, ou la réécriture de l’Histoire.

Note rapide
5,3/10
pour 4 notes et 2 critiques
0 critique
Note de 1 à 3
0%
1 critique
Note de 4 à 7
50%
1 critique
Note de 8 à 10
50%
Toutes les critiques
3 oct. 2019
4,5/10
1 0
J’ai encore du mal à réaliser que ça ne fait que deux ans et demi que je fréquente ce théâtre. Moins souvent déçue qu’ailleurs, presque toujours intéressée, j’avoue ne plus du tout étudier ce que je vais voir et faire confiance à la programmation de Wajdi Mouawad. Je dois assister aux trois-quarts de la saison. Petite et grande salle, sans discrimination. Ça a des bons comme des mauvais côtés. Moi qui aime le côté rassurant de retrouver sur scène des visages connus, ce théâtre chamboule mes habitudes. Et voilà que je me retrouve dans une salle où je ne sais pas ce que je vais voir, où je ne connais ni les comédiens, ni l’auteur et metteur en scène, et que je découvre que le spectacle dure 2h45. Ambiance.

Au début de la pièce, on rencontre Mila Shegg, une data scientist travaillant pour une grande entreprise de data, Geolog. On apprend rapidement qu’elle a perdu la mémoire sur trois ans, de 2014 à 2017, mais qu’elle garde en mémoire le nom de Mossoul, alors même que la ville a été rayée de la carte du monde. Alors quand Geolog, sous l’impulsion du gouvernement, décide de supprimer du Web les pages antérieures à 2025 sous prétexte qu’elles contiendraient essentiellement des fake news, et qu’elle se retrouve en charge d’exécuter l’algorithme menant à la disparition, elle rajoute quelques lignes à son algorithme de façon à ce qui a été publié ces trois années ainsi que ce qui a un lien quelconque avec Mossoul soit sauvegardé. La pièce fera des sauts réguliers dans le temps pour remonter au VIIe siècle avant JC où a vécu Assurbanipal, fondateur de la première bibliothèque de l’humanité. En recherchant Assurbanipal et Mossoul sur internet, Mila Shegg va se retrouver dans un hotel occupé par des hackers et, passant de leur côté, va tenter de contrer le mouvement du gouvernement tendant à effacer purement et simplement des années de publications du Web.

Il y a d’abord la bonne surprise. Le sujet est plutôt intéressant, la mise en scène dynamique. Je me rends rapidement compte que je me plais à suivre cette histoire, et que, comme les scolaires qui ont envahi le premier rang et ont rapidement cessé leurs ricanements avec l’avancée de la pièce, j’ai envie de connaître la suite, je m’attache aux personnages. Le texte, souvent sérieux et suivant son fil directeur, n’oublie pas d’y insérer une dose d’humour bienvenue. Je découvre en Edith Proust une comédienne toute en subtilité, avec des regards d’une intensité rares et qui expriment bien plus que ce que le texte lui donne à jouer. On se perd dans ces regards d’enfance plein de désir de connaissance et d’espoir dans l’avenir. J’ai aimé ces regards.

Il faut quand même se rendre compte que l’autrice a choisi peut-être deux des mots les plus putaclics du moment… pour y cacher quoi, finalement ? Si le point de départ me semble réellement intéressant, c’est ce qu’elle en a fait qui me dépasse. Je ne comprends pas où elle va, je ne vois plus le rapport entre les scènes qui passent et l’intrigue originelle.Si tout se tient plus ou moins scientifiquement dans le point de départ, on s’écarte rapidement de la cohérence du début pour des scènes toujours plus farfelues, des mélanges d’époque, des nouveaux personnages, des histoires dans l’histoire de l’Histoire… Rapidement, j’ai compris que j’étais un peu perdue et, des nombreuses scènes qui s’enchaînaient sous mes yeux, j’ai décidé de ne m’accrocher qu’à l’histoire centrale qui, elle, me semblait encore à peu près claire.

Et puis il y a la très mauvaise surprise. Une très mauvaise surprise qui dure près d’une demi-heure, c’est une très LONGUE mauvaise surprise. Je dois reconnaître que je n’ai pas du tout compris ce qu’il se passait. Tout d’un coup tout se mélange. Les comédiens se mettent à hurler leur texte vainement : la musique est si forte que leur partition n’est plus du tout perceptible. Toutes les époques sont présentes sur le plateau, tout le monde parle à tout le monde, les personnages courent dans tous les sens, la lumière est aveuglante, le son désagréable, c’est une cacophonie sans nom et je me mets à ne souhaiter plus qu’une chose : que tout s’arrête.

On aimerait appuyer, nous aussi, sur DELETE pour cette fin cacophonique…
30 sept. 2019
8,5/10
21 0
000100011001
001100011000
011000000111
>> année 2025 << >> Dystopie }
000011000110
>> }
> Mila Shegg >> (anagramme) { <<
>> Spécialiste informatique quantique, queen of the qubits ! #SchrödingerCatPowaaaaa !!! {
>> Web ingénieure dans l'immense data center californien GEOLOG >> (anagramme)
000100011001
001100011000
011000000111

>> << >> << {end « présentation »}

Elle a la mémoire qui flanche, Mila Shegg. Elle ne se souvient plus du tout des années 2014, 2015, 2016.
Qu'a-t-elle fait ? Où était-elle ?
Suite à cet étrange trouble mnésique, va débuter pour elle une quête haletante.

Mila Shegg sent instinctivement que sa place est ailleurs, et qu'une grand part d'elle même lui a été plus ou moins confisqué.

Joséphine Serre, auteure, metteure en scène et par ailleurs l'une des comédiennes de ce Data, Mossoul, a écrit une vertigineuse et profonde réflexion quant à la mémoire et aux traces écrites, enregistrées.

Dans notre rapport de plus en plus envahissant quant à l'utilisation d'Internet, à qui appartiennent-elles ces traces-là ?
Faut-il les garder, les archiver infiniment et comment ? Faut-il les effacer progressivement ?
Qui doit s'occuper de tout ceci, le cas échéant ?
Comment gérer la prolifération des données et la peur de l'oubli propre à l'Homme ? (l'historien médiéviste Patrick Boucheron a posé de manière très pertinente cette interrogation-là.)
Et puis bien entendu, se pose la question de la place et de la puissance de l'Ecriture.

La réflexion de Melle Serre a été nourrie de plusieurs éléments inquiétants.
Et notamment un.

L'énorme projet Internet Archive : en 1996, des ingénieurs du web ont entrepris d'archiver le web mondial. Mais en 2017, dans les premiers mois de l'arrivée au pouvoir de Donald Trump, le petit groupe d'informaticiens constate avec effarement que des données scientifiques concernant le changement climatique ont été effacées.

Cette démarche d'archivage a de plus résonné en elle avec la volonté quasi-maladive de l'empereur assyrien Assurbanipal, le fondateur durant le VIIème siècle avant J.C. de la première bibliothèque de l'humanité.

Dans sa pièce, elle va donc mixer très habilement le XXIème siècle et l'Antiquité.
Durant deux heures et trente cinq minutes, dans un grand et réjouissant maelström dramaturgique, dans une grande fresque habilement scénographiée, nous allons nous retrouver en 2025, nous irons à Mossoul en guerre, nous verrons les irrémédiables vandalismes historiques dûs à l'EI, nous voyagerons dans le temps pour côtoyer Sîn-Shar-Iskun, Nabû-Bel-Sûnna, Assur-Etîl-Ilâni. (Je vous laisse évidemment découvrir qui sont ces illustres Assyriens.)

L'espace des labyrinthes quantiques n'aura (presque) plus de secrets pour nous.
Sans oublier le détour par le cabinet d'un neurologue californien.

Et puis, surtout, surtout, nous irons dans le Wyoming, dans le Motel Assurbanipal (si si...), siège de hackers anonymes, dont le but est justement d'archiver les données numériques humaines dans...
Là encore, je vous laisse découvrir une excellente idée, qui nous procure bien des sourires.

Des héros, donc, ces pirates du dark-web.
De web-ingénieure anonyme, Mila Shegg va devenir elle aussi une héroïne.

Sept comédiens vont nous emporter dans cette vertigineuse épopée de l'écriture et de la connaissance.
Tous vont jouer plusieurs rôles. La pièce comporte une multitude de personnages.
Nous ne sommes jamais perdus, le texte est suffisamment fort pour nous y retrouver.

Le jeu est physique, avec parfois des moments très intenses, très « remuants »...
Une vraie cohérence règne sur le plateau, avec des acteurs engagés pleinement et qui servent au mieux le texte de l'auteure.
Des projections sur des rideaux de tulle apportent beaucoup d'informations importantes, la neige tombe parfois`en abondance.

Joséphine Serre nous propose donc un vrai moment de réflexion.
Nous sommes en permanence confrontés à la problématique énoncée plus haut, avec un jeu de miroir permettant à la fois une distanciation et une catharsis.
Notre propre rapport à l'écriture dans ce qu'elle a de permanent ou d'éphémère, notre participation propre à la production de données, ces aspects-là de nos vies sont intimement questionnés.

C'est un fort et intense moment de théâtre auquel elle nous confronte très habilement.

Ah ! J'allais oublier...
L'anagramme de Mila Shegg... Ca y est ? Vous l'avez ?
Pensez Mésopotamie...
Votre critique endiablée
Nos visiteurs sont impatients de vous lire ! Si vous êtes l'auteur, le metteur en scène, un acteur ou un proche de l'équipe de la pièce, écrivez plutôt votre avis sur les sites de vente de billets. Ils seront ravis de le mettre en avant.
Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor