Dans la mesure de l'impossible

Dans la mesure de l'impossible
  • Ateliers Berthier Théâtre de l'Odéon
  • 32, boulevard Berthier
  • 75017 Paris
  • Porte de Clichy ( l.13, RER C)
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Avec la riche simplicité qui le caractérise, l’auteur et metteur en scène portugais Tiago Rodrigues tisse ensemble des histoires de vies impossibles.

Écrit à partir d’entretiens avec une trentaine de collaborateurs du Comité international de la Croix-Rouge et de Médecins sans frontières, le spectacle, créé à la Comédie de Genève en février 2022, restitue l’expérience des travailleurs de l’humanitaire.

Quatre comédiens s’adressent à nous comme s’ils répondaient à nos questions : comment diriger un camp de réfugiés ? Comment faire face à un choix de vie ou de mort ?

Comment continuer quand on sait que l’on ne va pas changer le monde ? Loin de notre univers où les choses sont possibles, les personnages évoluent dans celui de l’impossible, où la guerre, la famine et la violence détruisent l’avenir et font basculer les existences dans une autre réalité.

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3 févr. 2023
10/10
1
« Dans la mesure de l’impossible » de et mise en scène par Tiago Rodrigues, dans une traduction de Thomas Resendes, sur la scène du théâtre Quintaou à Anglet, dans le cadre de la programmation de la Scène nationale du Sud-Aquitain, est un savant mélange de non-dits mis en lumière par les témoignages de femmes et d’hommes vivant au plus près des zones de conflits.

De retour sur la scène du théâtre Quintaou après son « Iphigénie » en novembre dernier mise en scène par Anne Théron (cliquez), Tiago Rodrigues nous plonge dans le monde mystérieux de l’humanitaire.
Mystérieux car chacun a sa propre perception de ce monde, théâtralisant les intervenants dans des rôles de héros qu’ils réfutent.

Une mise en scène fluide, simple, révélant un travail d’enquête minutieux afin de coller au plus près de la réalité, de récolter des témoignages constructifs auprès des personnels de la Croix-Rouge ou encore de Médecins sans frontières ; de ce que vivent ces chirurgiens, médecins, infirmiers, collaborateurs, de toutes ces personnes qui gravitent dans ce monde consistant à aider son prochain sans en attendre en retour une quelconque reconnaissance : ils ne font que leur travail.
La fierté d’être utile, de travailler dans une réelle satisfaction, de porter en toute générosité secours aux populations victimes des conflits, des guerres.

Une sensibilité mise en relief par une mère médecin et un père journaliste. Une combinaison qui a eu raison de son cheminement intellectuel pour écrire cette pièce de théâtre. Car il s’agit bien d’une pièce même si le formidable jeu des acteurs laisse penser à une improvisation : telle est la force de ce spectacle.
D’ailleurs l’un des comédiens (deux femmes et deux hommes représentant les « humanitaires ») met tout de suite les pieds dans le plat en s’adressant au public qui est censé représenter les journalistes qui les interviewent : préparez-vous une pièce ou un spectacle ?
Ces humanitaires qui dans le sacrifice de leur vie de famille travaillent et ne voyagent pas pour leur plaisir, toute la complexité de leur action habilement développée dans les deux heures qui composent l’énumération de leurs témoignages, parfois glaçants dans l’insoutenable, parfois légers.
Des témoignages qui mettent sur le devant de la scène toute la violence, la souffrance que peuvent engendrer leurs actions sur le terrain.
Ils nous livrent à travers leurs témoignages, au plus profond de leurs intimités, les outils pour comprendre leurs métiers, leurs présences sur les zones de combats, les choix qu’ils doivent opérer devant l’adversité entre la vie et la mort, leurs débuts dans cette profession : accepter de souffrir pour apprendre de ses erreurs, accepter de pleurer.

Une profession qui pour nous spectateurs lambda, confortablement installés dans nos fauteuils, percevons comme une formidable dévotion à changer le monde, le rendre meilleur, alors que son but est de tout simplement sauver des vies humaines, de gagner du temps sur l’inéluctable, certainement pas de changer le monde.

Des témoignages dépourvus de morale qui opposeront sans cesse le possible à l’impossible, la paix à la guerre, la vie de famille à la vie sur le front dans ses va-et-vient, délivrés en langue française mais aussi en anglais ou encore en portugais, les rendant ainsi plus vrais que nature, donnant du soleil dans ce monde bien sombre que nous décrivent ces humanitaires dans toutes leurs fragilités. Un très joli fado viendra en faire la démonstration.

Une pièce ponctuée par le mouvement d’une toile qui, telle une montagne, un hôpital de campagne, tel un chapiteau aux multiples pointes, ne fera que s’élever dans le ciel, laissant dans une page d’espoir la découverte du musicien qui dans ses percutions donnera un rythme fracassant à tous les témoignages.

Beatriz Brás, Natacha Koutchoumov, Adrien Barazzone et Baptiste Coustenoble donnent dans leurs interventions une vision du monde des humanitaires tout à fait saisissante. Ils incarnent avec justesse et fragilité toute la difficulté de leur profession à trouver la juste mesure pour être opérationnelle à tout moment. Ils sont accompagnés aux percussions par Gabriel Ferrandini qui ne ménage pas son ardeur à souligner les récits.
29 sept. 2022
9,5/10
4
Tiago Rodrigues, c’est un rendez-vous que j’attends toujours avec impatience. J’avais préféré manquer celui de La Cerisaie en voyant les premiers retours, et j’en suis ravie : cela a évité de tâcher le nom de ce metteur en scène portugais que j’adore. Dans cette Mesure de l’impossible, il met en scène les témoignages de travailleurs de l’humanitaire, pour essayer de comprendre leur quotidien, leur expérience sur le terrain, de pouvoir peindre les différentes facettes de ce métier quand c’est toujours sous le prisme du don de soi qu’il est perçu.

Il faut dire quelque chose avant tout, parce que sinon je risque de l’oublier, c’est que c’est un grand spectacle. Mais ce n’est pas un spectacle qui appelle les superlatifs : c’est un très beau spectacle, un spectacle proche d’une certaine forme de perfection, c’est un spectacle essentiel, mais c’est aussi un spectacle que j’ai l’impression de dénaturer un peu en lui rendant cet hommage. C’est presque un peu déplacé. Alors je vais faire en sorte que ma ferveur s’arrête là.

Ce n’est pas très dur, car ce n’est pas un spectacle qui rend enthousiaste. Il nous plonge dans un état étrange, comme une sorte de méditation. Il nous plonge un peu dans l’état dans lequel doivent être les travailleurs de l’humanitaire qui sont face à nous. Ils nous racontent des choses dures, des choses impossible à concevoir, mais à aucun moment ils ne déchargent sur nous leur fardeau. Le poids des mots reste sur scène, et on ne plie pas sous la lourdeur de ce qui nous est conté. Depuis le plateau, ils nous protègent des horreurs qu’ils voient et qu’ils racontent. Ils font écran. J’ai encore du mal à comprendre par quel mystère Tiago Rodrigues réussit ce tour de passe-passe de toucher sans provoquer d’effondrement intérieur.

En fait, il a recourt a ce qui lui a toujours le plus réussi : la simplicité. L’une des trouvailles les plus géniales de ce spectacle, qui lui permet d’être ce qu’il est, c’est de représenter la complexité dans son plus simple appareil. Tiago Rodrigues a su composer une très belle harmonie scénique : un quatuor de comédiens puissant, une scénographie magnifiquement épurée, et une musique qui vient seconder la langue lorsque celle-ci manque de mots. Pas de grand décor, de vidéo, de trucs en tout genre pour accompagner les témoignages. Juste le génie de la nuance entre le possible, le monde des spectateurs, et l’impossible, les zones de conflit évoquées.

Cela devient une évidence, dans le spectacle, une langue commune, un lieu où tout le monde peut se retrouver et s’inventer à la fois, et c’est là l’essence de ce spectacle. Construite autour de ce possible et de cet impossible propres à chacun et liens de tous, la forme théâtrale fonctionne parfaitement. C’est un théâtre documenté, à la fois sérieux et narratif, qui utilise la puissance de l’objet dramatique pour arriver à ses fins, et permettre au spectateur de comprendre le regard des travailleurs humanitaires sur le monde. Sans attendrissement. Sans chichi. Avec simplement une grande humanité.
29 sept. 2022
8,5/10
2
Quatre personnes vont témoigner de leur expérience d’humanitaire afin de monter une pièce de théâtre.
La pièce montre la complexité du témoignage entre « travail comme un autre » et « acte héroïque ». Elle pose le problème du témoignage, de ce qui est intéressant, de ce que l’autre peut et veut entendre. Cela pose bien sûr aussi le problème d’expériences douloureuses. Le texte confronte le monde de l’impossible avec le monde du possible qu’est le nôtre. Il explique comment on peut passer d’un monde à l’autre pour ces humanitaires.
Ce sont quatre personnes différentes, dans leur comportement, dans leur ressenti.
Beaux témoignages recueillis qui m’ont étonné par leur simplicité, leur humilité.
Le décor est magnifique, dans un jeu complexe de poulies. C’est esthétique.
Les acteurs sont fabuleux. J’ai adoré les deux actrices, notamment Beatriz Brès qui est souvent dans les pièces de Tiago Rodrigues. Elle est magnifique et interprète un fado émouvant.
On retrouve la musique qui accompagne traditionnellement ce metteur en scène.
Tiago Rodrigues nous offre un beau spectacle tout en nuances, en subtilité.
C’est fin, précautionneux et on retrouve ce sens du temps qui lui est propre.

Un très joli spectacle émouvant.
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Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor