Daddy Papillon, la folie de l'exil

Daddy Papillon, la folie de l'exil
  • Théâtre de la Tempête
  • Route du Champ-de-Manœuvre
  • 75012 Paris
  • Château de vincennes (l.1)
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Monsieur B aimerait bien vivre une vie de pomme simple et sucrée. Une vision du paradis perdu, d’un chez soi accueillant. Qui est ce Monsieur B ?

Un vieil arabe aux lunettes de soleil jaunes qui marche pieds nus dans la neige et qui ne se sent chez lui, ni ici, ni là-bas. Monsieur B se souvient juste d’avoir été enfant et du goût des figues. Dans un autre pays plus tard, devenu ouvrier dans le bâtiment, il est tombé du toit.

Une chute dont il est sorti malade, fêlé. Avec Daddy Papillon, la folie de l’exil, Naéma Boudoumi dessine le portrait intime et poignant d’un immigré qui ne comprend pas bien ce qui lui arrive. Elle nous entraîne dans un voyage visuel, sonore et poétique, une épopée ubuesque peuplée de personnages hallucinés.

Le théâtre se mêle au cirque pour raconter l’odyssée d’un homme simple, un homme végétal, un homme fleur, un homme papillon, pour qui aller acheter du pain, c’est déjà toute une aventure. La roue Cyr, comme appui acrobatique et imaginaire, traverse les espaces pour raconter une vie qui fait des boucles. Un voyage immobile.

Sur scène, la joie et l’espérance n’ont pas disparu et le chant d’un oiseau peut se révéler bien plus puissant qu’un comprimé de Seresta.

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13 mai 2021
9/10
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Quand le bâtiment ne va pas, rien ne va…


D’un bâtiment, il en est tombé, Monsieur B., chef de chantier de son état.
Du toit, très précisément.

En chutant de sa toiture-jardin d'Eden, Monsieur B. se retrouve parmi les mortels en ayant tout oublié.
De plus, cette descente brutale d'un paradis définitivement perdu va occasionner dans son cerveau des troubles irrémédiables, et notamment des bouffées délirantes.

Lui, l’immigré maghrébin, lui le travailleur qui a quitté son pays et qui va être confronté avec une virginité mémorielle au monde qui désormais est le sien, entre folie, exil, services sociaux ou médicaux.

Tel est le point de départ du schéma narratif de la dernière création en date de Naéma Boudoumi, qui, par l’intermédiaire de ce beau personnage, va nous interroger sur la perte des racines, le nécessaire besoin de mémoire, mais aussi, et c’est là un autre thème important de la pièce, sur les rapports entre le patient, physique ou psychiatrique, et ce qu’elle appelle l’institution politico-médicale.

Il faut dire qu’elle connaît son sujet, Melle Boudoumi.
Son père a été sujet à ces bouffées délirantes, et au discours souvent mortifère de la gent psychiatrique.
Elle a donné. B comme Boudoumi.

Elle va nous entraîner dans un terrible face à face entre Monsieur B., et ses « soignants ».
Les services sociaux, les médecins, les psys, les pompiers, tous ceux qui sont persuadés agir pour son bien, le reléguant du rang de sujet à celui d’objet.

L’objet qui sera matérialisé par le corps humain.

Le théâtre de Naéma Boudoumi est un théâtre charnel.
Les émotions, si elles passent évidemment par son texte, sont magnifiées par l’utilisation du corps humain.
Une symbiose entre texte et mouvements corporels.

Le corps qu’on attire, qu’on repousse, qu’on circonscrit, qu’on brutalise, qu’on asservit.
Le corps qui danse, qui virevolte, le corps enfermé, le corps qui demande à vivre, à exister.

Elle a fait appel à trois comédiens qui ont plus d’une corde à leur arc artistique.

Carlos Lima est Monsieur B.
Comédien et circassien. C’est lui qui va utiliser avec une vraie grâce et une folle adresse son agrès.

Au sol, ce grand cerceau est l’enfermement, notamment dans l’hôpital psychiatrique.
C’est aussi cette roue s’animant grâce à l’artiste, qui permet de visualiser la folie, la confusion du personnage.

Le comédien-circassien incarne cet homme avec une grande justesse et une grande sensibilité. J’étais subjugué par ce qu’il nous disait et nous montrait.
Il rend son personnage très humain, et nous rend compte parfaitement de la situation terrible de cet homme privé de mémoire et de certaines facultés cognitives.

Sa première apparition est de toute beauté, dans un dispositif scénographique très réussi. Et je n’en dirai pas plus.

Maxime Pairault est quant à lui acrobate et danseur.
Lui aussi nous parle évidemment du corps en mouvement.

En grand papillon de nuit plaqué en hauteur et au lointain, incarnant diverses étranges créatures, interprétant différentes formes animales, ou bien en grandiose évocation brésilienne, lui aussi déploie beaucoup d’énergie et de grâce à évoquer la sensualité charnelle, l’omniprésence corporelle.

Et puis Arnaud Dupont va jouer quant à lui plusieurs rôles.
Des hommes, des femmes, qui vont graviter autour de Monsieur B.

Car oui, c’est lui qui interprétera les rôles féminins, objets de fantasmes pour le héros. Elles sont donc à la fois absentes et grandement présentes.

Arnaud Dupont lui aussi se servira du corps de Monsieur B., en médecin perché sur son dos ou ses genoux, évoquant ainsi la domination et le pouvoir du sachant sur celui qui ne sait plus grand-chose.

Le comédien dont on se souvient dernièrement de sa belle prestation dans « Le petit coiffeur » de Jean-Philippe Daguerre, est une nouvelle fois irréprochable.
C’est notamment lui qui distille très finement les touches d’humour qui émaillent le texte.

Je n’aurai garde d’oublier de vous mentionner le rôle du son et de la musique dans cette pièce.
Thomas Barlatier, qui a conçu la création sonore, participe à rendre étrange, onirique, ce qui nous est montré.
Oui, c’est également un spectacle qu’il faut écouter attentivement.

Voici donc un très beau moment de théâtre.
C’est l’un de ces moments qui nous plonge dans des problématiques à la fois sociétales et personnelles.

La rencontre avec ce Monsieur B., cet homme immigré devenu différent et qui se débat dans un univers normé, cette rencontre-là est de celle que l’on n’oublie pas.

Vous reprendrez bien un comprimé de Haldol ? (1 ou 5 mg, au choix...)
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor