Berlin mon garçon

Berlin mon garçon
De Marie Ndiaye
Mis en scène par Stanislas Nordey
  • Ateliers Berthier Théâtre de l'Odéon
  • 32, boulevard Berthier
  • 75017 Paris
  • Porte de Clichy ( l.13, RER C)
Itinéraire
Billets de 8,00 à 40,00
Evénement plus programmé pour le moment
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Romancière, prix Femina pour Rosie Carpe (2001), prix Goncourt pour Trois femmes puissantes (2009), Marie NDiaye écrit aussi du théâtre depuis vingt ans.

La troublante intrigue de sa nouvelle pièce se joue entre la France où elle est née et l’Allemagne où elle réside depuis 2007. Du côté français, une librairie de Chinon tenue par un couple de quinquagénaires, Marina et Lenny.

Du côté allemand, un appartement à Berlin dans un immeuble au-dessus duquel planent des choucas. Une ligne invisible s’est tracée entre les deux villes, celle du destin d’un jeune homme : le fils des libraires, disparu dans la capitale sans plus donner de nouvelles. Marina part à sa recherche. À son arrivée, elle ne se doute pas encore que Rüdiger, son logeur, ne lui a pas tout dit sur les conditions de la location. Son fils a-t-il disparu parce qu’il s’est radicalisé ? Prépare-t-il un crime ?

Dans quelle contrée inconnue Marina elle-même commence-t-elle à se risquer ? Les ombres de Collodi ou des frères Grimm hantent cette quête terriblement contemporaine d’un enfant perdu dans la nuit de l’Europe.

À moins que cette aventure ne soit celle de sa mère, qui finit par renoncer à toute idée de retour en arrière... Depuis trente ans, Stanislas Nordey est l’un des plus ardents défenseurs des écritures contemporaines. Il aborde pour la première fois l’univers inquiétant, la langue altière et suggestive de Marie NDiaye.

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19 juin 2021
9,5/10
5
Chinon-Berlin, le nouvel axe du mal ?

Mais qu’est-ce qui a poussé Marina, cette libraire de la sous-préfecture de l’Indre-et-Loire à se rendre dans la capitale allemande ?
Pourquoi se retrouve-t-elle seule, ayant laissé son mari Lenny et sa belle-mère Esther en France, à louer une chambre au mystérieux Rüdiger dans l’immeuble du Corbusierhaus ?

Voilà la principale question que nous pose Marie NDiaye, avec cette pièce commandée pour l’occasion par le metteur en scène Stanislas Nordey.

Le patron du TNS a proposé pour sujet un seul mot au Prix-Goncourt 2009 : « Terrorisme ».

Marie NDiaye s’est alors emparée de ce terrible substantif en l’associant à l’une de ses fascinations existentielles: la disparition volontaire d’êtres humains.

Oui, durant une heure et quarante minutes, nous allons assister grâce à des indices de plus en plus évidents à une dramatique quête.
La recherche d’un fils disparu, suspecté de radicalisation.

Un fils qui a délaissé le confort bourgeois de cette librairie chinonaise pour aller rejoindre une terrible cause.

Ce faisant, l’auteure nous propose une impitoyable mais essentielle interrogation sur le rôle éducatif des parents.
Culpabilité, responsabilité, évidemment, face à une situation filiale dramatique.

Mais elle prolonge de façon vertigineuse ce questionnement en nous demandant à chacun d’entre-nous jusqu’où être parent.
Peut-on toujours être parent et aimer quoi qu’il arrive un enfant ?

Voici donc les principaux thèmes de ce passionnant et très intense moment de théâtre.

Un moment dramaturgique en noir et blanc, grâce à la très belle et très sobre scénographie d’Emmanuel Clolus.

Noir et blanc, comme les magnifiques photos très contrastées de Jérémie Bernaert, projetées en arrière-plan, et qui font de Berlin une ville anxiogène, déserte. Une ville propice à bien des choses, une ville où tout peut arriver…

Noir et blanc, comme les extraits d’un célèbre dessin animé évoquant un conte italien très connu, et qui met en scène de façon elliptique mais évidente le processus de radicalisation.

Nordey a utilisé un scalpel des plus tranchants pour monter sur un plateau ce texte paru en 2019.

Ici, pas de fioritures, on va à l’essentiel, dans une véritable chorégraphie scénique, basée sur des moments/miroirs et des alternances lointain/devant du plateau, avec des corps en lignes mouvantes qui semblent répondre aux sévères lignes architecturales berlinoises et à celles des étagères de livres.

Deux lieux austères. Deux endroits où des comédiens particulièrement inspirés nous racontent et nous montrent l’histoire.

Hélène Alexandridis est admirable dans le rôle de cette mère.
La comédienne porte dans cette introspection quasi psychanalytique les interrogations évoquées ci-dessus, et nous bouleverse lorsqu’elle crie sa rage finale de revendiquer son état de mère.
Une mère quoi qu’il arrive.

A l’opposée, Annie Mercier en belle-mère impitoyable, est comme à l’accoutumée impressionnante.
De sa voix grave, parfois caverneuse, son personnage accable père et mère, coupables à ses yeux de n’avoir pas su, de n’avoir pas pu empêcher son petit-fils de devenir un terroriste.
C’est elle, Melle Mercier, qui dans une tirade glaciale, va rendre également responsables les livres de la librairie familiale d’avoir perverti le gamin.

La comédienne fait alors froid dans le dos, dans ce rôle-miroir. Une sacrée performance !

Autre couple « symétrique », celui formé par Claude Duparfait (Rüdiger) et Laurent Sauvage (Lenny, le père du garçon).

Les deux comédiens sont eux aussi d’une profonde intensité à défendre le point de vue de leur personnage respectif.
Claude Duparfait sait faire pointer les traits d’humour néanmoins contenus dans ce drame.
Sa scène de traduction d’une fidélité discutable (je n’en dis pas plus...) est particulièrement réussie.

Irréprochables également les comédiennes du troisième duo/symétrique Dea Liane au visage filmé en très gros plan, dans le rôle de la compagne berlinoise et Sophie Mihran, la cliente prof bobo à Chinon.

Il faut absolument aller voir ce bouleversant et poignant spectacle !
Un spectacle qui démontre s’il en était encore besoin à quel point le théâtre peut s’emparer de nos questions de société contemporaines.

Hier soir, sous la coupole de l’Odéon, on aurait entendu voler un choucas !
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Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor