top5 (1)

Adieu la mélancolie

Adieu la mélancolie
Mis en scène par Roland Auzet
  • Théâtre des Quartiers d'Ivry
  • 69, avenue Danielle Casanova
  • 94200 Ivry-sur-Seine
Itinéraire
Evénement plus programmé pour le moment
Achat de Tickets

« Sous prétexte d’aller de l’avant, nous feignons d’avoir oublié ». Cette remarque acerbe du poète Luo Ying est le noyau du nouveau spectacle de Roland Auzet sur la négation collective en vigueur dans la Chine contemporaine de la terreur rouge impulsée par Mao avec la Révolution culturelle. Comment un pays en passe de devenir la première puissance économique mondiale continue d’occulter les heures les plus sombres de son histoire récente ? Cette question troublante dont la Chine ne pourra faire indéfiniment l’économie est au coeur d’Adieu la mélancolie.

168

Inspirée du récit Le Gène du garde rouge – Souvenirs de la Révolution culturelle de Luo Ying, cette création du dramaturge et compositeur Roland Auzet confronte de jeunes Chinois ayant réussi socialement aux années sombres vécues par l’auteur, ancien garde rouge devenu poète et homme d’affaire, sous le pouvoir tyrannique de Mao.

Note rapide
9/10
pour 1 note et 1 critique
0 critique
Note de 1 à 3
0%
0 critique
Note de 4 à 7
0%
1 critique
Note de 8 à 10
100%
1 critique
7 oct. 2022
9/10
2
Dans une mise en scène éblouissante, Roland Auzet nous propose une pièce totalement hybride mêlant poésie, philosophie, politique, histoire, concert rock , érotisme, arts plastiques, performances et vidéo.
Les acteurs sont époustouflants ( Yann Collette, Lucie Zhang, Thibault Vinçon, Yiling Yan,Yves Yan, Hayeth Darwish et une troupe de jeunes acteurs très performants qui participent en alternance.
Le metteur en scène se définit lui même comme un écrivain de plateau.
La mise en scène est brillante et échevelée:

La scène s'ouvre sur un atelier filmé en vidéo ( signée Nicolas Compe) rassemblant Pierre, le metteur en scène de la future pièce à voir, et son équipe de travail.
Celle ci réunit aussi bien la traductrice et l'adaptatrice que les acteurs, les musiciens et d'autres intervenants . Chacun présente son point de vue ( à son tour ou dans le plus grand chaos) selon l'angle de vue à privilégier selon lui.
La pièce est complexe: il s'agit d'adapter le livre de l'écrivain Luo Ling "Le gêne du garde rouge, souvenirs de la Révolution culturelle " en la situant dans son contexte actuel : la mutation de la société chinoise maoïste devenu le pays "des nouveaux milliardaires " , sans qu'on puisse véritablement étudier la jonction entre ces deux antipodes.

Pierre est perplexe: enfant de parents maoÏstes autrefois très engagés , il a constaté une dissolution de tous ces révolutionnaires radicaux , dans les plus hauts postes du management de grandes sociétés de niveau international. Qu'est devenue toute cette gauche radicale qui n'hésitait pas à travailler en usine pour sensibiliser les travailleurs à une prise de conscience politique ?
Munis de leur petit livre rouge, ils multipliaient les meetings , puis ont mis à profit leur expérience politique pour s'emparer des postes du pouvoir et rejoindre le clan des nantis qu'ils dénonçaient autrefois.

De même , pourquoi ne dénonce t-on pas plus le drame des 17 millions d'étudiants, de paysans, disparus en Chine ? Si ce drame historique est à peine commenté, c'est que les forces capitalistes qui auraient pu les dénoncer, préfèrent pactiser avec les dirigeants actuels, qui leur ouvrent tout grand les portes d'un marché immense.
Entre milliardaires, on finit bien par s'entendre.

Du texte paru chez Gallimard , surgissent quelques pépites "pourquoi voudrait -on exiger que les oeuvres d'art aient un sens alors que nos propres vies n'en n'ont pas ? "
Le mystère historique reste entier :
"Sous prétexte d'aller de l'avant, nous feignons d'avoir oublié. Dans notre société, personne n'est indemne .
Le poète est régulièrement appelé à l'écran ( merveilleuse scénographie de Cédric Delorme -Bouchard).
Il intervient pour recadrer les débats . L'ancien garde rouge mis en exil se souvient . A la mort de Mao, il a pu revenir à Pékin et poursuivre ses études. Il est devenu maintenant milliardaire,lui aussi, et consultant international.Luo Ying , de son vrai nom chinois Huang Nubo ( né Huang Yuping , ( mais il a préféré transformer son nom pour exprimer sa colère). Il représente toutes ces contradictions de la société chinoise . Il a vu ses parents chassés et terminer leur vie de façon misérable) mais tous les étudiants étaient dupes , avant d'être eux mêmes pourchassés à leur tour. Puis les plus chanceux ont pu rejoindre l'université et même être engagés pour assurer la communication du parti et devenir à leur tour la nouvelle élite , exploitant sans vergogne tout ce qui peut rapporter de l'argent. L'argent est la nouvelle idole des chinois et ils sont prêts à conquérir le monde.
Roland Auzet a su bien s'entourer pour adapter ce texte: Pascale Ferran, qui en signe la co-adaptation, mais aussi les acteurs et actrices dont il s'inspire pour créer des personnages crédibles quittant la Chine pour la France. Certains pour poursuivre leur rêve de théâtre ou de cinéma, d'autres leurs recherches d'un havre politique ou d'une sécurité si leur vie privée le nécessite.
Ainsi ce brillant acteur gay qui cherche l'amour, ou cette jeune actrice qui apprend toute une pièce par coeur pour réciter quelques répliques .
un groupe rock intervient régulièrement et rend la pièce encore plus dynamique. Les interventions de Yann Colette ponctuent régulièrement la frénésie du plateau. L'air de rien, c'est une magnifique leçon de mise en scène presque en direct sur le plateau.

Une pièce puissante où on aborde des sujets sérieux tout en se réjouissant de ce feu d'artifice.
Votre critique endiablée
Nos visiteurs sont impatients de vous lire ! Si vous êtes l'auteur, le metteur en scène, un acteur ou un proche de l'équipe de la pièce, écrivez plutôt votre avis sur les sites de vente de billets. Ils seront ravis de le mettre en avant.
Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor