Critiques pour l'événement Tu seras un homme Papa
25 oct. 2018
9/10
40 0
Treize jours. Une vie.
C'est court, une vie de treize jours...
Treize jours entre naissance et décès.

C'est cette brève existence que va nous raconter Gaël Leiblang, le papa de Roman.
Roman est né atteint du syndrome CHARGE, une série d'anomalies congénitales multiples.

Vous l'avez compris, c'est une histoire vraie.
Une tragédie à la terrible unité de lieu qu'est le service de réanimation néo-natale, au deuxième étage de l'hôpital Necker.

Gaël Leiblang a écrit ce texte. Pour témoigner ? Pour surmonter ? Pour faciliter la résilience ?
Lui seul le sait. Lui seul peut vraiment nous dire ce besoin de mettre en mots son histoire, et la nécessité de nous les faire partager.

L'homme est sportif.
C'est par la métaphore du sport, de l'épreuve qui fait souffrir que ces mots sortiront.
Thibault Amorfini, le metteur en scène, a donc axé son travail sur la mise en images sportives de la lutte intérieure du personnage.
Le comédien exécutera une série de représentations mimées de différents sports afin de symboliser tous les moments déchirants vécus à Necker et en famille.

Il commence avec un échauffement.
Torse nu, Gaël Leiblang saute à la corde, comme un boxeur. C'est l'annonce à ses deux autres enfants la naissance de leur petit frère.

Puis, ce sera une course intense, une analogie très parlante avec le marathon. Un marathon infernal de treize jours.
Le comédien réalise alors une vraie performance corporelle, en plus de celle liée à son art.
Difficile de hurler sa rage tout en courant, pas évident de caler respiration et texte à interpréter.
C'est un exploit à la fois physique et intérieur.

Et puis, il y aura un combat de boxe.
Il enfile avec dextérité des bandelettes de crêpe rouge sang et va mimer la chorégraphie du noble art.
Il se déplace en sautillant, enchaîne sans répit directs du gauche, du droit, se protège, esquive, décoche une série d'uppercuts à l'adversaire invisible et si présent.
On sait tous qui est cet adversaire-là...
Et le tout en racontant, encore et toujours.

C'est alors un moment d'une incroyable beauté formelle, un moment inoubliable de théâtre.
J'étais hypnotisé par cette danse de vie et de mort.

Et de poursuivre avec à la fois beaucoup de force et de pudeur la narration de l'incompréhension, de l'irrémédiable.
Aucune étape de cette histoire-là ne nous sera cachée.

Bien entendu, ce qui nous est raconté suscite l'émotion, mais nous sommes bel et bien au théâtre. C'est avant tout le jeu et l'interprétation de Gaël Leiblang qui font que nous sommes complètement pris et captivés. Le comédien est bouleversant dans sa façon de témoigner.

Il terminera par une magnifique scène mimée, une autre scène qui restera marquée très longtemps dans la mémoire des spectateurs en général, et cette de votre serviteur en particulier.

Nous aurons tous d'ailleurs beaucoup de mal à nous lever de notre siège, cette heure et quinze minutes ayant été tellement intense. Il faut du temps pour revenir.

Je vous recommande plus que vivement ce spectacle.
Un père raconte ce qui ne devrait pas avoir besoin d'être raconté.
Un papa devenu un homme.
15 oct. 2018
9/10
6 0
Une course, un combat contre la mort, une lutte pour la survie de cet enfant. Une histoire que l’on écoute sans oser respirer trop fort, de peur de troubler la confession, de gêner cet homme qui se raconte.
Un texte fin et original : l’utilisation du sport dans le récit lui donne une force et une intensité toute particulière. Le comédien et auteur Gaël Leiblang nous plonge dans son univers sans nous laisser d’échappatoire.

Un moment intense !
Une pièce coup de poing dont on ne sort pas indemne.