Critiques pour l'événement Les Voisins
Il y a longtemps que j'apprécie l'écriture caustique de Michel VINAVER. Je ne pouvais donc que me précipiter au Poche en cette rentrée.

Dans LES VOISINS il nous interpelle avec sa plume acérée, ses dialogues précis et son humour acide, sur nos rapports de voisinage, et au-delà sur notre relation à l'autre, sur la qualité et la profondeur de la connaissance que nous avons de ceux qui nous sont le plus proches, du degré de confiance que l'on peut leur accorder, sur le fonctionnement des rapports humains et de la société.

Les deux protagonistes, Blason et Laheu, sont voisins depuis de nombreuses années. Depuis si longtemps que cette terrasse qu'ils partagent est devenue une pièce commune, une extension de leur leur espace, de leur vie, de leur famille. L'un a une fille, l'autre un fils. Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles. La vie coule plus ou moins paisiblement, avec les aléas de la vie professionnelle. Et s'ils ont de nombreux points de divergence et des manières d'appréhender la vie très différentes, Blason et Laheu n'en sont pas moins des amis fidèles. Jusqu'au jour où l'imprévisible et l'incroyable survient, remettant tout en cause. A moins que...

Dans cette fable sur le quotidien Michel VINAVER nous emporte avec malice et subtilité dans les méandres des relations humaines mises à l'épreuve de l’appât du gain et du pouvoir de l'argent.

La mise en scène très sobre de Marc PAQUIEM crée un huis-clos parfois oppressant, et met en valeur le texte et le jeu des comédiens. Patrick CATALIFO livre une prestation remarquable, toute en puissance, alternant retenue et explosion, face au jeu plus introverti de l'excellent Lionel ABELANSKI. Face à ces talents confirmés les deux jeunes comédiens Alice BERGER et Loïc MOBIHAN) font plus que tirer leur épingle du jeu et apportent un peu de candeur à une vision globalement sombre comme souvent chez VINAVER.

Si le rythme est parfois lent et si le final en laissera certains sur leur fin, LES VOISINS est une des ces pièces de grande qualité qui font le succès du POCHE MONTPARNASSE depuis sa réouverture il y a deux ans et qui font de ce lieux un de mes préférés tant on y est quasiment jamais déçu.
23 oct. 2015
8,5/10
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Connaît-on vraiment les gens qui nous sont proches ?
Connaît-on vraiment ses voisins avec qui l'on partage une terrasse commune depuis au moins quinze ans ?

C'est à cette principale question que nous fait réfléchir Michel Vinaver, ce jeune et indispensable auteur de théâtre de 88 ans, dans cette pièce écrite en 1983 et créée trois ans plus tard dans une mise en scène d'Alain Françon.

Blason et Laheu, en effet, les personnages principaux, se côtoient depuis pas mal d'années.
Une soudaine péripétie va les pousser à se découvrir l'un vis-à-vis de l'autre, tout en rapprochant leurs deux enfants, et en mettant en exergue l'une des fascinations de Vinaver : le pouvoir et les dangers de l'entreprise et de l'argent. (Ici, l'or, en l'occurence...).

Marc Paquien nous propose une magnifique et subtile mise en scène « minimaliste », qui met incroyablement en valeur Lionel Abelanski et surtout Patrick Catalifo.
Les deux acteurs, chacun dans leur registre font passer toutes sortes d'émotions pendant cette heure et demie que dure la pièce. (Catalifo tout en force et en véhémence, Abelanski étant plus dans l'intériorisation...)
Mais les deux « petits jeunes », Alice Berger et Loïc Mobihan, sont eux aussi épatants : la scène « à quatre pattes » est assez bouleversante...
( Je rappelle également que lors de la création, le rôle de Mobihan était interprété par un certain.... Charles Berling, Anouk Grinberg, la propre fille de l'auteur interprétant celui d'Alice. )

Paquien, dont on se souvient de la sublime « Antigone » voici trois saisons à la Comédie Française, va à l'essentiel : le texte, le texte, le texte !
J'ai été véritablement subjugué par la façon qu'il a de faire s'approprier à ses comédiens un texte apparemment anodin, et pourtant lourd de sous-entendus, de chausse-trappes, d'évocations de personnages absents mais récurrents...
Et il le fait en leur demandant énormément de subtilité, sous d'apparents gros traits de caractère.
Ça sonne juste, ça sonne vrai, ça sonne bien !

Dans la plaquette qui est remise avant le spectacle, le metteur en scène évoque l'évidence et son envie de travailler un texte de Vinaver. On comprend bien pourquoi.

Alors évidemment, il y a cette fin.
Cette fin « ouverte », cette fin qui n'en est pas une et qui pose peut-être la vraie question : le pourquoi de tout ça ?
Je ne dévoilerai évidemment pas mon point de vue, et/ou ce que je pense avoir compris, mais l'un des mérites du théâtre de Vivaver est à mon sens de continuer une fois les applaudissements terminés.

C'est bien entendu le propre des grands auteurs, et c'est le propre des grands metteurs en scène de permettre aux spectateurs que nous sommes ce paradoxe théâtral.
12 sept. 2015
8/10
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Fasciné par le talent de Vinaver à entrecroiser mythe et banalité, Marc Paquien profite de l’écrin étroit du Théâtre de Poche pour accentuer l’effet anxiogène de sa version.

La scénographie simple et pertinente de Gérard Didier et Ophélie Mettais-Cartier, évoquant des maisons de poupée en carton-pâte, renvoie aux bizarres symétries de ces deux familles pas si dissemblables que cela.

Paquien débute à dessein pianissimo (peut-être un brin trop), esquisse lentement mais sûrement une atmosphère lourde de menaces malgré une apparente convivialité. Le malaise s’instaure ensuite plus brutalement, avec des pointes colériques terrifiantes, pour finalement coller au retournement plus apaisé, amorcé au milieu de la pièce. Gérés avec doigté, ces grands écarts rythmiques régulent une construction dramatique bâtie sur la dualité (ce qui peut indubitablement entraîner une impression de redite parfois pesante).

Seul petit bémol, des fondus au noir trop fréquents ankylosent la dynamique de l’ensemble.

Se jouant des codes du huis-clos, Paquien resserre cette inquiétante étrangeté autour d’un quatuor enlevé et cohérent, rassemblé autour des deux figures tutélaires paternelles : Patrick Catalifo ne paye de prime abord pas de mine, tiré à quatre épingles, mais son jeu tout en puissance rentrée puis déversée, bouillonne comme un volcan en éruption. Lionel Abelanski, lui, s’exprime plus dans l’intériorité. Immédiatement plus sympathique que son ami, il n’en demeure pas moins intrigant. Les deux font la paire tout comme Alice Berger et Loïc Mobihan. Si la première est encore un peu verte, elle dégage une indéniable fraîcheur alors que son camarade se montre plus assuré, plus troublant, plus ambigu dans son interprétation de fils perdu, obsédé par la mort de sa chienne.

Vous ne regarderez indéniablement plus vos voisins de la même façon en sortant du Poche. Porté par l’écriture vinaverienne, Marc Paquien dresse avec une confondante vérité le portrait des relations humaines confinées dans une proximité étouffante, parfois aliénante mais aussi riche d’une amitié durable. La vie, en somme.
10/10
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Subtil et agréable spectacle.

Tout n'est pas perdu ! Michel Vinaver le proclame dans son écriture simple et profonde, dans ses situations au bord du réel et proche du rêve, de la fable, du conte.

La mise en scène de Marc Paquien accompagne le spectateur dans cette découverte du texte, avec précision et sobriété.

Les comédiens, tous très bons, jouent de leurs talents, du sourire aux éclats et nous offrent une pièce colorée de toutes les nuances du jeu.

A noter, un remarquable Patrick Catalifo.