Critiques pour l'événement Le Cas Sneijder
19 avr. 2017
8/10
48 0
Le texte est bien écrit.
La pièce est bien interprétée, même si tout tourne autour de Pierre Arditi, cela pouvant provoquer quelques longueurs.
18 avr. 2017
8,5/10
55 0
Il ne faut pas être phobique des ascenseurs pour apprécier ce spectacle... Le cas Scneijder raconte ce qu'est devenu un homme après un terrible accident et l'objet est au centre des préoccupations.

Mais si Didier Long, le directeur de l'Atelier, prend la parole pour rassurer le public c'est à propos des fumées qui déborderont sur la salle et qui sont inoffensives pour la santé.

Paul Scneijder est l'unique survivant d'une chute incroyable qui a couté la vie à sa fille. Il a émergé du coma mais rien dans sa vie ne peut reprendre un cours "normal" et le brouillard n'est pas là par hasard. Il représente la confusion dans laquelle il tente de survivre.

Je devrais être mort depuis le mardi 4 janvier 2011. Et pourtant je suis là, chez moi, dans cette maison qui m’est de plus en plus étrangère, (...) repensant à une infinité de détails, réfléchissant à toutes ces petites choses méticuleusement assemblées par le hasard et qui, ce jour-là, ont concouru à ma survie.

L'homme couvre les murs de son appartements de formules mathématiques et de croquis qui font penser aux illusions anamorphiques de type trompe-l'œil ... Plus tard il s'acoquinera avec un éleveur de chiens de concours obsédés par les nombres palindromes (qui se lisent pareillement de gauche à droite comme de droite à gauche).

Les ascenseurs décident de nos vies. Leurs câbles tirent les ficelles. On le voit boiter. On sent combien il souffre psychiquement de sa position de rescapé. Ses priorités ont évolué. Sa position lui offre l'occasion d’une retraite spirituelle pendant laquelle il va remettre toute son existence en question. Il faut dire qu'il y a de quoi, entre un travail qui ne peut plus lui apporter de satisfaction, une épouse qui le trompe et des fils jumeaux qui n'ont aucune empathie à son égard.

Tout lui devient peu à peu indifférent. L'homme au bord de la folie parle à voix haute (de dos et en voix off) pour évacuer toutes les pensées négatives, parfois très drôles. Pressentant néanmoins le danger supplémentaire de l'inactivité il cherche un (petit) boulot et devient promeneur de chien. On se demandera ultérieurement qui promène qui, de l'homme ou du chien...

Didier Bezace, que l'on a connu dirigeant le théâtre de la Commune d’Aubervilliers, a mis la pièce en scène. Il y donne la réplique à Pierre Arditi, qu'il dirige pour la quatrième fois. Je me souviens en particulier des Fausses confidences de Marivaux.

Didier Bezace interprète l'avocat chargé de convaincre son client de demander réparation. Paul acceptera-t-il de se battre sur ce registre ou préférera-t-il un autre terrain ?

Pierre Arditi est formidable dans ce registre d'homme blessé, mais encore capable d'humour, autant à l'égard de sa femme (qui rapporte systématiquement un poulet rôti après avoir rendu visite à son amant) que de ses garçons, que de son nouvel employeur. On ne l'avait encore jamais vu dans ce registre de drôlerie, à la limite du tragique. On comprend qu'il soit nominé pour le Molière du Comédien dans un spectacle de Théâtre privé (il a déjà reçu le Premier prix Jacques Toja pour le théâtre).

Le décor est bien pensé, comme ces boites que les magiciens ouvrent et referment sans cesse, faisant à chaque fois apparaitre un objet qu'on croyait perdu.
20 mars 2017
10/10
37 0
Je crois en toute simplicité que les personnes qui trouvent des longueurs dans cette pièce ne suivent pas assez Paul Sneijder dans son cheminement, un peu de sensibilité suffit.
La troupe est parfaite et Pierre Arditi, tout en retenue est totalement bouleversant de talent.
8,5/10
47 0
Paul est un survivant. Un rescapé. Le seul d'un accident d'ascenseur dans lequel il a perdu sa fille.

Depuis il traîne sa carcasse cabossée comme son esprit. Sa femme Anna lui reproche constamment son attitude. Ses jumeaux de fils la soutiennent. Alors il trouve un travail : promeneur de chiens. Et personne ne comprend cette décision qui semble tellement irrationnelle. Jusqu'où le conduira cette chute vertigineuse entamée dans cet ascenseur de malheur ?

Sur la scène trois pans de mur délimitent l'espace. Tableaux noirs sur lesquels Paul dessine avec rage des mécanismes d'ascenseur. Par-ci par-là des citations de Confucius, Spinoza, Nietzsche, sur le hasard, le travail, la liberté. Au centre une porte coulissante s'ouvre sur le salon ou la chambre de l'appartement de Paul, le bureau de son employeur, la rue.

Pour sortir de sa solitude, incapable d'être en contact avec les hommes dans ce qu'il appelle cette société verticale construite autour des ascenseurs, Paul démissionne du poste que sa femme lui avait permis d'obtenir et choisit un travail qui étonne son entourage : il promène des chiens. Un surtout, Charlie, avec lequel naît une grande complicité. Mais ni sa femme ni ses fils ne comprennent les choix de Paul, ses besoins, ses colères, sa douleur. Alors Paul devient "un cas", un individu unique, complexe, attachant.

En adaptant le livre de Jean-Paul DUBOIS, Didier BEZACE nous plonge dans l'esprit d'un homme fragilisé par un drame. Comment Paul peut-il comprendre et accepter d'être le seul survivant d'un accident d'ascenseur, lui qui a 61 ans, alors que sa fille de 20 ans figure parmi les 4 victimes. Il nous propose plusieurs niveaux de lecture, de notre relation à la machine, au malheur des autres, au travail, à notre place dans la société. Une adaptation sombre tant par l'humour noir que par l'univers étrange, onirique renforcé par la scénographie, les fumées qui envahissent le plateau, les déclenchements intempestifs d'une alarme qui a fait défaut lors de l'accident.

Confronté à une femme tyrannique, insensible, égocentrique, froide (Sylvie DEBRUN, agaçante d'égoïsme et de détachement), Paul lutte contre sa culpabilité, ses doutes, ses cauchemars, s'interroge sur le sens de sa vie, sur la verticalité de la société, l'emprise des machines, l'impossibilité de la transmission, la filiation, l'amour, le rapport aux autres. La scénographie imaginée par Didier BESACE et Jean HAAS reflète l'enfermement intérieur de Paul, ses délires tragi-comiques. Tel un funambule Pierre ARDITI semble constamment à la limite de l'équilibre. Sommes-nous dans le monde réel ? Paul a-t-il déjà sombré dans la folie?

Pierre ARDITI interprète un Paul subtil, fragile, confus, empreint d'autodérision face à l'infidélité de sa femme, de cynisme face à ses fils jumeaux qui le méprisent et multiplient les occasions de créer la confusion (mais qui crée cette confusion ?). Il jette un regard désabusé sur la vie. Avec humour, gravité, justesse il crée un personnage attachant, tant par sa présence physique que par sa voix off qui nous enveloppe.

Le reste de la distribution est de la même justesse. Didier BEZACE est parfait dans le rôle de l'avocat de la compagnie d'ascenseur tout aussi ambiguë (ou peut-être pas) que Paul. Thierry GIBAULT, empathique propriétaire de DogDogWalk, est le moteur qui fait bouger le rescapé. Morgane FOURCAULT est un magnifique fantôme. Quant à Charlie, superbe border Collie, il apporte une touche de poésie, de calme et de sérénité dans l'univers de Paul.

Le cas Sneijder est lauréat du 1er prix Toja de la Fondation Jacques Toja pour le Théâtre.

En bref : Didier BEZACE réalise une fidèle et belle adaptation du livre de Jean-Paul DUBOIS. Entre onirisme et réalité Pierre ARDITI interprète brillamment un homme en rupture avec la société, refusant de se plier à une vie étriquée, préférant la solitude et la liberté. Une interprétation juste, subtile. Une réflexion qui ne laisse pas indifférent. Une des réussites de la saison théâtrale 2016/2017.
3 mars 2017
8/10
35 0
Contrairement à certains, je trouve l'adaptation fidèle au roman. Certes le grand nord Canadien sur scène pas évident quand même !
Oui, c'est lent, oui c'est sombre, mais après tout l'histoire est terrible, un homme culpabilise comme peuvent l'être les survivants d'un terrible accident. Sa fille Marie, d'un premier mariage, rejetée par sa belle-mère et ses frères. Paul a tout accepté quand même.
Pierre Arditi est tour en douleur, tendresse quand même avec le chien.
Didier Bezace assure la mise en scène ainsi que le rôle de l'avocat, tout en subtilité. Sylvie Debrun a la froideur de son personnage.
Il y a parfois des moments amusants sans être à hurler de rire, les bouffées d'humanité sont là avec le "dogdogwalk" et Charly.
Par contre les fumigènes sont trop présentes, et Arditi en a fait les frais me semble-t-il...
J'avais vu l'année dernière le film avec Thierry Lhermitte, très attachant également, mais par contre la fin n'avait rien à voir avec le roman.
De plus, on a attendu longtemps avant de pouvoir rentrer dans le théâtre - vigipirate oblige - et donc la pièce à débuté en retard, ce qui en a énervé plus d'un !
Un spectacle sombre et drôle, douloureux et léger où cauchemar, réalité et fiction se chahutent au gré de nos compréhensions, de nos imaginaires et de nos inconscients qui sans aucun doute se trouvent interpellés ici avec une manifeste envie de nous bousculer.

Les paradoxes du texte nous interpellent avec ironie, nous interrogent avec acuité et nous séduisent comme le plaisir d'apercevoir, au réveil d’un rêve troublant, qu’il ne s’agit que d’un rêve. Et pourtant, comme ce rêve est révélateur de nos peurs, de nos doutes, de nos attentes et de nos arrangements raisonnables avec la réalité.

Paul Sneijder est blessé, rompu à jamais, meurtri pour toujours. Il est la victime rescapée d’un accident d’ascenseur. Sa fille en est morte. Il ne peut s’en remettre. Depuis son propre réveil du coma, il a changé. Il ne voit plus le monde comme avant ni les gens comme ils étaient. Son rapport au réel est faussé. Son refuge est son imaginaire dans lequel il construit, il élabore, il réinvente la normalité, ne pouvant plus supporter celle qu’on lui impose de retrouver.

Le chagrin, la culpabilité, le dégoût pour sa deuxième famille qui a rejeté sa fille de son vivant et qui l’agresse au quotidien, l’épuisent, ronge ses forces et ses désirs. Il faut tout changer, il change tout.

De sa recherche compulsive sur la raison de la chute de cet ascenseur, en passant par ce job de promeneur de chien qu’il exerce un temps jusqu’à la rencontre avec cet avocat de la société des ascenseurs, il vogue et vient, il divague et joue de lui-même pour se jouer des autres. Enfermé du dehors par les autres, prisonnier du dedans par sa douce folie qui s’installe peu à peu comme un contrepoids de la réalité, quel sera son devenir ?

L’adaptation du roman homonyme de Jean-Paul Dubois, paru en 2011, est réalisée par Didier Bezace qui met en scène la pièce sans trahir le roman, sans porter de jugement et en choisissant un parti-pris qui nous semble privilégier l’empathie avec Sneijder, ses émotions et son regard sur la réalité.

Didier Bezace interprète l’avocat de la société responsable de l’accident, avec la clairvoyance d’un homme qui semble être le seul à comprendre et tenter de protéger Sneijder, portant un regard acide et cruel sur le monde. Il donne à son personnage l’humanité qui manque tant aux autres, attachant autant d’importance à un arbre chinois qu’aux affaires qui l'occupent. il étonne, il rassure.

Sylvie Debrun joue la dernière épouse avec le désarroi et la vacherie d’une femme face à ce mari que se liquéfie, qui lui échappe. Elle nous la montre plus emprunte de quête de puissance que de compassion et d’amour. Elle sait nous faire détester cette femme avec simplicité et justesse.

Morgane Fourcault joue la fille. Elle déborde d’affection pour ce père perdu pour les autres mais pas pour elle. Elle se fait aimer autant que nous pouvons aimer son personnage.

Thierry Gibault nous présente un jeune patron goguenard et sympathique, apportant une touche de franchise et de diversion dans ce monde irréel tant il est réaliste, qui entoure Sneijder. La touche rieuse de l’histoire.

Pierre Arditi resplendit. Il incarne Paul Sneijder comme seul un monstre sacré du théâtre peut le faire et il le fait ! De mains de maître ! Du grandiose !... Nous sommes subjugués par son jeu, sa permanente crédibilité, le trouble dont il sait nous envelopper comme les traits d’humour caustique qu’il ne loupe jamais. Du grand art.

Un spectacle captivant et troublant, merveilleusement bien joué. Incontournable.
2 mars 2017
8,5/10
63 0
La piste de Schindler ?
On Koné la chanson ?

Non.
Voici le portrait d'un homme complètement brisé, moralement et physiquement.

Paul Sneijder est cet homme-là, spécialiste en matière de systèmes à commande vocale, un homme qui a fait une chute grave.
Une chute d'ascenseur. Un système de sécurité défaillant qui n'a pas joué son rôle.
Il a survécu miraculeusement à cet accident, alors que sa fille n'a pas eu cette chance.
Un procès se profile...

Cette chute sera le symbole de l'aliénation et de l'annihilation de l'individu par la technologie galopante de nos sociétés qu'on dit modernes.

Sneijder est accablé. Sa voix off nous le démontre en permanence.
Il songe tout d'abord à se reprendre, à lutter, en acceptant un petit boulot chez « DogDogWalk » (je vous laisse découvrir de quoi il s'agit...)
Puis, une terrible prise de conscience et une remise en question de ses valeurs familiales vont précipiter une descente aux enfers qui le conduira à l'hôpital psychiatrique.
Sneijder est devenu un cas.

Didier Bezace a choisi d'adapter le célèbre livre de Jean-Paul Dubois, et dans la foulée, il met en scène, et joue sur scène (très bien, très en finesse) l'avocat de la société ascensoriste.

Il a très bien fait d'adapter ce texte-là.
Il a parfaitement su traduire sur un plateau l'écriture acérée et sans concession de cet auteur majeur.

Pour incarner Sneijder il fallait un sacré comédien.
C'est évidemment le cas de Pierre Arditi, totalement convaincant dans cette fable tragique, émaillée de moments et de réparties très drôles.
C'est un rôle difficile, car la palette exigée est assez restreinte, d'où une vraie difficulté et un vrai risque : celui de rester dans une sorte de caricature.
Ici, nous en sommes très loin.

Arditi est très souvent bouleversant en homme brisé complètement détruit, qui va vouloir lutter, mais en vain.
Ses répliques acerbes, d'un rire désespéré, du tac au tac, font mouche à tout coup !

Ses camarades de jeu sont à l'avenant, avec notamment une magnifique prestation de Thierry Gibault en patron d'une société de services canins où il faut beaucoup ramasser...

La mise en scène de Bezace est efficace, à la fois simple et sophistiquée, en totale symbiose avec la scénographie de Jean Hass.
Une scénographie qui repose sur un grand panneau gris en trois parties, recouvert de symboles et dessins techniques, avec au milieu une porte à battants coulissants, (le symbole est évident).
Les portes s'ouvriront à chaque fois sur une sorte de cabine/décor. Une vraie trouvaille.

Bien entendu, on pourra reprocher peut-être l'usage intensif de fumée de scène, à tel point qu'avant la représentation, un ouvreur est obligé de préciser que cette fumée respecte les normes européennes en vigueur. (Si si, c'est comme je vous le dis ! )

Et puis, il y a Fox, le chien, qui déclenche des « ohhh ! » et des « ahhh ! » de la part de certaines spectatrices. Lui aussi est très bon.
On aura compris qu'il est le plus cabot des comédiens ce soir-là...

C'est la deuxième fois cette saison, à ma connaissance, après la pièce « Hôtel des deux mondes », que l'un des personnages principaux est un ascenseur.
Qui osera dire après ça que le théâtre, ça n'élève pas !
24 févr. 2017
10/10
117 0
EXCELLENTE PIÈCE DE THÉÂTRE...
Aucune déception, c'est du vrai, du bon et du sublime théâtre.
Subtilité, émotion, cynisme et belle vue sur le monde et la société en générale pour le texte.
Pierre Arditi ne fait pas du Arditi, il joue avec intelligence, vérité, tel un excellent acteur qu'il est...

La mise en scène très réussie, à une importance fondamentale, et la régie porte en haut de l'affiche un travail remarquable..
On en ressort étonné, troublé et CETTE PIÈCE laisse un souvenir profond, presque indélébile...
C'est aussi cela le vrai théâtre... Merci pour ce travail commun fantastique.
23 févr. 2017
9/10
101 0
Très émouvante cette histoire d'un homme détruit par la technologie.

Tout est bien pensé, les décors, la fumée, le chien et la voix off.

Un beau moment de théâtre.