Critiques pour l'événement Cyrano de Bergerac (Porte St Martin)
29 mai 2016
9/10
178
Cyrano de Bergerac est fou, fou d’amour pour la belle Roxane, l’une de ses cousines qui est aimée en secret par Christian de Neuvillette, un jeune noble.

Lorsqu’elle partage ses sentiments et l’avoue à Cyrano, ce dernier accuse le coup et cache sa déception. Qu’à cela ne tienne ! L’amoureux transis, que son physique disgracieux empêche de se déclarer, fait alliance avec son rival, incapable de bien parler d’amour : « Je serai ton esprit, tu seras ma beauté. ». Mais parfois, à voir être un autre que soi-même pour plaire à autrui, on risque de se rendre malheureux éternellement.
Cependant, Cyrano restera fidèle à ce qu’il pense jusqu’à sa mort.

Un carrelage blanc aux joints noirs, lumière crue, quelques tables et quelques chaises. Au centre, dans un fauteuil, dos au public qui s’installe, Philippe Torreton somnole. Seul son bandage à la tête émerge légèrement, symbole d’une blessure psychique de longue date. Il assistera à des entrées précipitées et en cascade par la porte battante en fond de scène, sur la mélodie Summer in Siam du groupe The Pogue, avant que Montfleury, en mauvais orateur, ne parvienne à le sortir de sa torpeur et de sa léthargie pour le plus grand bonheur de ses compagnons d’infortune qu’il distrait inlassablement.

Bienvenue dans le foyer d’un asile ou plutôt d’un hôpital psychiatrique, lieu de toutes les folies. Et cela tombe bien car dans cette transposition moderne, chacun ose tout puisque chacun est fou.
Dominique Pitoiset a eu le nez fin et un flair infaillible pour assumer jusqu’au bout un tel parti pris et cela fonctionne parfaitement. Son Cyrano, qui alterne les phases d’euphorie et de dépression, semble dessiner les contours d’une bipolarité naissante. Philippe Torreton, Molière du meilleur comédien 2014 qui a reçu également le prix Beaumarchais et celui de la critique la même année, fait preuve d’une très grande aisance. Son jeu, fougueux et passionné, est littéralement magistral. Il fait souffler un vent d’humanité sur son personnage, qui nous apparaît dès lors attachant et même émouvant à bien des égards.

Cyrano est proche du misanthrope et le panache de Philippe Torreton nous permet de partir à la redécouverte de ce texte classique. Il nous fait passer du rire aux larmes. Sa formidable diction nous scotche durant près de 2h45 sur notre fauteuil rouge. A peine quelques petites longueurs de temps à autre mais dans l’ensemble, nous sommes captivés. Est-il fou ? A-t-il rêvé qu’il était Cyrano jusqu’au dernier souffle de sa vie ? Impossible de trancher avec certitude mais toujours est-il que sa folle énergie emporte notre adhésion. Tour à tour fulminant et frénétique, il est formidable et juste. A ses côtés, Julie-Anne Roth campe une Roxane juvénile mais sensible. La scène du balcon, qui se déroule via Skype, lui donne de la profondeur mais ce n’est que dans la scène finale, où la beauté du texte explose vraiment, qu’elle parvient à s’imposer réellement face à Cyrano « libre dans sa pensée autant que dans ses actes ». Leur duo est alors si fort qu’il nous bouleverse totalement. Quant à Patrice Costa, c’est un Christian un peu fade en comparaison des deux autres mais il garde le cap face au roc Torreton. Le reste de la distribution devient presque secondaire mais apporte une fluidité à un ensemble divin et drôle sans pour autant en devenir ridicule ou désinfecté de toute émotion.

Quel incroyable et fou Cyrano que celui de Dominique Pitoiset à la Porte Saint-Martin ! La cohérence et la pertinence de sa transposition rendent une nouvelle beauté aux vers d’Edmond Rostand. Nous ressortons de cette époustouflante représentation plein de compassion pour un Cyrano grandiose qui a su nous toucher à la fin de l’envoi.
26 mai 2016
8,5/10
203
Il fallait oser : pas d’entracte pour une pièce de 2h40, une mise en scène qui transpose l’action dans un asile psychiatrique de nos jours, une interprétation qui sublime un Cyrano qui ressemble fort à un misanthrope.

Je ne sais ce qui m’a le plus charmé dans cette pièce : la troupe de comédiens autour de Cyrano qui jouent sans surjouer les aliénés de l’asile, cette mise en scène moderne réussie avec des idées qui m’ont fait sourire comme le balcon ou bien le jeu de Philippe Torreton qui est fabuleux du début à la fin (comme d’habitude me direz-vous) mais aussi les silences éloquents et les choix musicaux totalement en phase avec l’ambiance.

Bien sûr pour une longue pièce, il y a des moments où on décroche un peu mais cela semble normal.

Et puis il y a ce moment magique où l’émotion de la dernière scène nous submerge et a emporté la fatigue due aux 2h40 de spectacle sans entracte et nous nous levons pour acclamer les comédiens avec des yeux qui brillent.
11 mai 2016
8,5/10
143
S'il fallait ne trouver qu'une raison pour y aller, je choisirais le jeu exceptionnel de Philippe Torreton. Il magnifie par son jeu le texte et nous rappelle combien la pièce est admirablement écrite.

La mise en scène dépouillée et inattendue n'apporte rien de plus mais a l'avantage de laisser au texte une place centrale.

A voir !
6 mai 2016
8/10
79
Version magnifique.

Philippe Torreton est exceptionnel (comme toujours, ce qui n'est pas peu dire), toute la distribution également, avec une mention particulière pour Julie-Anne Roth, sublime Roxane. La mise en scène audacieuse de Dominique Pitoiset fait mouche, elle donne à voir Cyrano sous un angle quasi misanthrope qui est certainement la partie la plus intéressant du personnage. "Non, merci", "ne pas monter bien haut, peut-être, mais tout seul". Tout est dit.

Le spectacle atteint des sommets, et on est les plus heureux du monde de monter avec lui. Près de 120 après, Rostand est plus moderne que jamais, le théâtre de la Porte Saint Martin est toujours là, et le public présent.

Un sérieux shoot d'optimisme et d'espoir. Shakespeare, Molière, Rostand, le théâtre reste le plus grand plaisir qui soit. Merci.
2 mars 2016
8,5/10
195
Jouer un texte comme une partition doit surement enivrer. La beauté ainsi scellée semble éternelle et on la réveille d'un souffle.

Sur la page blanche d'un hôpital psychiatrique, Cyrano va vivre et mourir une autre fois. Un vieux fauteuil en cuir l'accueille, la salle commune s'anime, le texte flambe, le panache brille. On oublie le décor et on retrouve le texte qui se propage comme un "déjà vécu", comme si la mémoire prenait forme de façon parcellaire, transposée, réhabitée.

La mise en scène prend le parti du moderne, du contemporain, la scène du balcon est étonnante. Le cape et d'épée est une bagarre de rue chambrée, les personnages secondaires se mélangent deviennent des papillons blancs autour de la lumière de Cyrano. Cyrano restera central, du fauteuil initial au final, il est le juke box à parole qui fait le pendant au jukebox à chanson qui envoie ses intermèdes ou ses sous titres émotionnels.

Torreton est bien sûr d'un engagement sublime, en énergie athlétique dans son costume initialement débrayé, toujours en justesse, servant totalement le texte. Soirée extraordinaire.

Cyrano revit demain soir... éternellement même.
12 févr. 2016
9/10
250
A moi, comte, un seul mot : BOU-LE-VER-SANT !

Toujours aussi bouleversant !
Il s'agit en effet de la reprise de la création à l'Odéon de cette version pour le moins détonnante de la célèbre pièce de Rostand.

Dominique Pitoiset le metteur en scène et Philippe Torreton, dans le rôle titre, ont bien compris une chose : de nos jours, un type de la carrrure et de l'acabit de Cyrano se retrouverait directement en hôpital psychiatrique, sans passer par la case théâtre.

Car en effet, plus de suprise désormais, l'action se déroule dans le réfectoire d'un HP, dans une lumière crue et au milieu de carrelages blancs.
Le tout n'étant pas sans rappeler "Vol au dessus d'un nid de coucou" de Forman...
Et ceci va conférer une humanité incroyable aux personnages et aux situations. Nous sommes en effet dans une universalité tangible des caractères, tant sont dépouillés et épurés ces personnages en quête de docteur.

Torreton est toujours aussi formidable, magistral, époustouflant. Il va, vient, virevolte, déclame, murmure, éructe....
Tour à tour, il fait rire, émeut, bouleverse !!!
Ses petits camarades, bien évidemment, lui donnent une impeccable réplique.
La mise en scène de Pitoiset est implacable de cohérence, de trouvailles scénographiques, avec une magnifique idée qui renouvelle pour toujours la scène du balcon.

Je n'imaginais pas un jour redécouvrir de façon si radicale ce texte, cette pièce tant de fois vue.
C'est pourtant le cas.
Un grand merci à Domique Pitoiset et à Philippe Torreton.
10 févr. 2016
10/10
91
L'adaptation parfaite : bien vue, mise en scène, décors, jeux...

Tout est au rendez vous dans ce Cyrano revu mais respecté.

A ne pas manquer.
8 mai 2014
9/10
98
« Je serai ton esprit, tu seras ma beauté.». Cette belle formule cristallise à elle seule l’esprit de Cyrano de Bergerac. Par l’expérience du miroir et du fusionnement, le classique d’Edmond Rostand dénonce le monde des apparences et ovationne le pouvoir de l’écriture et des bons mots.
Cette pièce hybride sur le drame de l’incommunicabilité renvoie à notre propre condition humaine : faut-il avouer ses sentiments et violer la mémoire de ses proches ou décider dans le sublime du renoncement de laisser passer sa vie sans avoir pu pleinement la savourer ? Dominique Pitoiset explose les codes de ce drôle de monument et questionne la santé mentale de ce cher Cyrano. Est-il en pleine mesure de faire la part des choses ou s’abîme-t-il dans un rêve éveillé après tout ? Dirigeant avec brio le torturé Philippe Torreton, coincé dans un asile de fous, le metteur en scène dissèque de façon clinique cette pièce culte et en propose une vision neuve,trash et cohérente de bout en bout.
En sortant de l’Odéon, il y a fort à parier que vous ne verrez jamais plus ce classique sous le même angle. À voir d’urgence !